mardi 9 mai 2017

Refonder la droite nationale

Marion Maréchal Le Pen vient d'annoncer sa décision de se retirer pour un temps de la vie politique.

C'est évidemment bien triste pour tous ceux - dont je suis - qui l'aimaient beaucoup et voyaient en elle une nouvelle Jeanne d'Arc.

J'ai toujours été frappé pour ma part de son immense popularité, bien au-delà des frontière du Front national. Je me souviens en particulier de l'ovation reçue à la conférence de Philippe de Villiers à Versailles le 16 décembre 2016 à laquelle elle avait tenue à participer. C'est la première fois que je voyais un Le Pen acclamé en dehors d'une enceinte Front national! J'avais remarqué aussi la très grande courtoisie des journalistes à son égard, qui contrastait avec l'extrême dureté qu'ils manifestaient habituellement à l'égard de Jean-Marie ou de Marine.

Dans l'esprit de beaucoup, Marion Maréchal-Le Pen incarnait indubitablement l'avenir du Front national - voire l'avenir de la France. Son retrait de la vie politique - officiellement pour des motifs d'ordre personnel - fait donc l'effet d'un électrochoc dans les milieux nationaux.


Pourtant, comme je l'ai écrit le soir du 7 mai, la défaite cuisante de Marine au second tour de l'élection présidentielle doit conduire à une remise en question de la stratégie et des hommes qui assument aujourd'hui une responsabilité dans cet échec.

Malgré tous les efforts consentis par Marine Le Pen pour dédiaboliser le Front national, il apparaît évident aujourd'hui que les noms de "Le Pen" et de "Front national" restent un repoussoir. C'est bien entendu injuste et regrettable - un signe manifeste de l'immaturité politique de nombre de nos concitoyens. Il n'empêche. Il faut en prendre acte.

Le Front national doit renoncer à son nom pour adopter une appellation moins guerrière et plus rassembleuse. On est certes ici dans l'ordre du symbolique. Mais c'est important. Le nom dit quelque chose de l'être que l'on nomme - et ce ne sont pas les chrétiens qui me démentiront! :)

Le Front doit renoncer aussi à mon avis, au moins pour un temps, aux Le Pen. Chacun sait ce que le courant national doit à Jean-Marie, puis à Marine Le Pen. L'un et l'autre ont fait émerger le Mouvement national du néant pour le conduire jusqu'aux plus hauts sommets. Nous leur en garderons une gratitude éternelle. Mais après 45 ans d'exercice du pouvoir au sein du FN, il y a clairement besoin de renouveau et de sang neuf. Pour grandir et vivre sa vie d'homme, un enfant doit quitter son père et sa mère. Il est temps, me semble-t-il, que la droite nationale s'émancipe de la famille Le Pen pour se développer et s'épanouir.

L'expérience que Marion accumulera dans le monde de l'entreprise ne pourra que lui être bénéfique - elle profitera un jour aussi au Mouvement national. Parmi les causes de la défaite sans doute trouve-t-on aussi un discours politique trop politicien et insuffisamment enraciné dans les réalités de la vie quotidienne. Un ressourcement pour quelques années dans la vie civile ne pourra que bonifier une Marion que l'on reverra assurément jouer un rôle politique majeur en France. Je lui vois un destin et peut-être sera-ce elle qui conduira finalement la droite nationale à la victoire.

En attendant, il faut travailler à la refondation du FN pour en faire une authentique force de gouvernement - ce qu'il fut à l'époque de Bruno Mégret, mais ce qu'il a cessé d'être après que nombre de ses cadres soient partis avec le "félon".

Pour cela, il faudra revoir la ligne politique et procéder à un rééquilibrage en remettant l'immigration et les enjeux démographiques au centre du projet politique, et en rétablissant le volet sur la politique familiale et le combat pour les valeurs.

Pour autant, je ne suis pas d'accord avec Robert Ménard pour renoncer à la sortie de l'euro et faire l'impasse sur l'économique et le social. Sur le plan de la stratégie purement politicienne, ce serait contre-productif puisque l'euro cristallise - à juste titre - le mécontentement des Français bien au-delà des clivages ordinaires. Vers qui se tourneraient ces électeurs hostiles à l'euro si le FN s'y ralliait - contre toute raison, car une politique authentiquement nationale ne peut être autrement que souveraine? C'est le mérite de Florian Philippot que de l'avoir compris.

Pour aller plus au fond : le Front national doit présenter un programme économique solide, cohérent et réellement alternatif au libéralisme mondialiste. Il doit à mon avis préconiser un libéralisme national, seul à même de garantir une politique sociale généreuse et solidaire. Mais dans son essence, ce libéralisme-là est en opposition avec la politique de l'Union européenne. Les tensions seront donc inévitables - et le bras de fer inéluctable. N'en déplaise à Robert Ménard, on ne pourra pas faire l'économie d'une confrontation avec l'UE. Ce qui effraiera toujours les pusillanimes.

On peut certes envisager de différer la sortie de l'euro. Proposer un premier contrat aux Français excluant la sortie de l'euro - pour un premier quinquennat par exemple. Puis, dans le cas où le premier contrat aurait donné satisfaction, suggérer un second qui inclurait, lui, la sortie de l'euro. Mais cela suppose deux choses :
1°) que l'UE consente au libéralisme national de la France (ce qui est douteux) de manière à ce que nous puissions décider librement par exemple de nos tarifs douaniers (autrement dit : que l'UE puisse survivre aux revendications nationales d'un de ses principaux Etats-membres - étant entendu que si ça n'était pas le cas, alors c'en serait fini de l'UE, et donc de l'euro) ;
2°) dans l'hypothèse où la première condition serait remplie : que l'euro existe encore au moment où le second contrat serait proposé aux Français (ce qui est encore plus douteux : l'euro finira par exploser tout seul, ce qui est la plus mauvaise manière d'en finir avec la monnaie unique, mais réglera une bonne fois les problèmes métaphysiques de la droite nationale à ce sujet).

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