Le chrétien qui exerce un pouvoir politique doit en user selon les voies de Dieu. Il est appelé à gouverner ses frères à la manière de Dieu - c'est-à-dire avec amour, et un infini respect pour la liberté des hommes qui lui sont confiés.
Le chrétien ne peut envisager d'imposer sa politique de manière brutale, contre l'assentiment de ses concitoyens. Ce serait de toute façon contre-productif tant il est vrai que l'homme vomit ce qu'on cherche à lui faire avaler de force.
La manière chrétienne de gouverner doit être empreinte d'écoute, de dialogue. La tâche de l'homme politique chrétien consistera essentiellement à convaincre et... à se laisser convaincre le cas échéant, car "toute vérité dite par qui que ce soit vient de l'Esprit Saint" disait Saint Thomas d'Aquin. Cela ne signifie pas que le chrétien soit dénué de convictions fortes. Mais en politique, il n'est pas dogmatique. Il est à l'écoute de la voix de Dieu telle qu'elle s'exprime dans le tréfonds de sa conscience, et telle qu'elle peut se manifester aussi - telle une lumière jaillissante - dans le feu d'un débat contradictoire.
Parce que personne ne détient le monopole de la vérité en politique et que chacun peut apporter une contribution utile au débat public, le chrétien croit dans la vertu du pluralisme des idées politiques et de leur expression.
Parce qu'il sait que la liberté est un don de Dieu inscrit dans la nature même de l'homme, le chrétien croit dans la vertu de la démocratie et du suffrage universel. Il réprouvera a contrario tout passage en force, toute contrainte, toute violence. Il combattra avec la dernière énergie les systèmes totalitaires et les régimes dictatoriaux.
Bien entendu, le catholique peut se désoler quotidiennement de constater les effets délétères de la démocratie sur l'évolution du monde et de la société. Devant la pente mauvaise que prennent un certain nombre de pays, il peut avoir la tentation de se dire que la démocratie est décidément une chose trop sérieuse pour pouvoir être confiée au peuple. Il s'interrogera sur la maturité humaine, spirituelle et politique de ses contemporains et pourra mettre en doute leur discernement. Mais à l'instar de Winston Churchill, il gardera en mémoire que "La démocratie est le pire de tous les systèmes... à l'exception de tous les autres!" ; et que Dieu Lui-même se comporte ainsi avec nous : il nous laisse agir, même quand nous nous trompons, même quand nous faisons mal, même quand nous faisons le mal.
Le peuple est au chrétien engagé en politique ce que l'homme est pour Dieu. L'objet de toutes ses faveurs, de toutes ses prédilections, de toutes ses attentions ; mais aussi celui de toutes ses désillusions et de toutes ses déceptions. Le peuple que nous sommes appelés à servir peut être raide de nuque et dur de coeur - comme est l'homme pour Dieu. Il peut bien grogner, pleurnicher, récriminer, résister. Il n'empêche. C'est lui le souverain.
Le peuple n'a pas toujours raison. Mais c'est lui qui décide.
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