lundi 15 mai 2017

La politique, c'est la charité en acte

Puisque le monde dans lequel nous vivons n'est pas la patrie définitive, le chrétien est invité à s'en détacher. Ses principales ressources, il doit les consacrer à la Cité céleste dont il est devenu citoyen par le baptême. "Tendez vers les réalités d'en haut, et non pas vers celles de la terre." (Col 3. 2) Son principal effort consistera à aimer - Dieu et ses frères -, à développer ses capacités d'amour pour ressembler chaque jour un peu plus à son divin modèle Jésus-Christ.

Mais se détacher du monde ne veut pas dire le mépriser, le rejeter, le fuir. Au contraire : c'est dans le monde que le chrétien est appelé à vivre du Ciel. C'est dans le monde qu'il est appelé à aimer ses frères et à les servir. C'est le monde même qui est le lieu de son apprentissage de l'amour - non le désert ou le cloître (sauf vocation spéciale). "Je ne prie pas pour que tu les retires du monde, mais pour que tu les gardes du Mauvais. Ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi, je n’appartiens pas au monde." (Jn 17. 15-16)

Le chrétien ne peut donc pas se désintéresser de la politique - au sens noble du terme -, car la politique est un service rendu aux hommes - l'exercice d'un amour de Charité. La politique, c'est la Charité en acte en tant qu'elle s'intéresse au sort des hommes pris collectivement et à leur avenir commun.

L'homme est un animal social ; il est dans sa nature de s'unir à d'autres hommes et de se constituer en communautés (familles, entreprises, nations...). On ne peut donc aimer les hommes en vérité si on n'aime pas les communautés qu'ils forment ensemble et desquelles ils reçoivent une part de leur identité personnelle - un part de leur être. Se mettre au service d'une communauté humaine, chercher son bien, c'est se mettre au service des tous les hommes qui la composent, c'est vouloir leur bien à tous, personnellement.

L'action politique chez le chrétien participe donc de son élan d'amour vers le monde, de la geste du Christ le soir du Jeudi Saint qui se ceint d'un linge pour laver les pieds de ses disciples. S'engager en politique pour un chrétien, c'est se faire le serviteur de tous à l'image du Christ. "Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir" (Mc 10. 45).

C'est la raison pour laquelle "être catholique, ce n'est pas être politiquement neutre", comme le rappelait récemment Mgr Dominique Rey. Un catholique vivant dans la Cité ne peut être indifférent à la Chose publique. L'idée qu'il se fait de l'homme et du Bien commun le conduit à exercer un jugement sur la manière dont sont conduites les affaires publiques ; et il ne lui est pas défendu - bien au contraire - de prendre parti pour tel homme politique ou telle formation lui paraissant s'en rapprocher le plus.

Mais le catholique dans la Cité doit être lucide. Les erreurs et le péché se nichent dans toute oeuvre humaine. Aucune doctrine politique n'est parfaite - ni aucun acteur de la vie politique. Il faut donc composer avec l'ivraie. Sans se laisser étouffer par elle.

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