dimanche 21 mai 2017

Gouverner les hommes à la manière de Dieu

Dans le domaine politique, le catholique - intérieurement inspiré par l'Evangile et intellectuellement éclairé par la doctrine sociale de l'Eglise - se mettra au service de ses frères pour leur assurer un mieux-être matériel, culturel et social autant qu'il lui sera possible, avec les moyens qui seront à sa disposition - nécessairement limités.

Le catholique n'est pas Dieu. Il doit bien avoir conscience des limites de son pouvoir. Sa mission, avons-nous dit, n'est pas d'instaurer le Royaume de Dieu sur la terre - mais de bâtir la Civilisation de l'Amour qui est une réalité spirituelle qui grandit à mesure que l'on répond à l'appel de Dieu et que l'on fait sa volonté d'Amour sur la terre.

Il y a un lien indéfectible entre la vie éternelle - déjà commencée en Jésus-Christ et qui se déploie dans l'Eglise - et la vie ici-bas. C'est par nos actes concrets de chaque jour que nous travaillons à notre salut (Ph 2. 12) et que nous édifions la Cité céleste qui sera l'oeuvre conjointe de Dieu et des saints - dont les mérites resplendiront comme des pierres précieuses (cf. Ap 21. 19).

Le chrétien en politique est appelé par Dieu à une mission de service. C'est une belle et grande vocation, car il n'est rien de plus beau sur la terre que de servir ses frères.

Cette mission ne vise pas à imposer de force l'Evangile au peuple dont on a la charge. On pourrait s'en étonner a priori. Car la volonté ultime de Dieu est que l'humanité toute entière vive selon l'Evangile. On pourrait donc s'attendre à ce que Dieu demande aux chrétiens qu'ils usent du pouvoir temporel dont ils disposent pour accomplir Ses Voies. C'est du reste ainsi que les musulmans conçoivent leur relation au politique. Le pouvoir temporel est conçu dans l'islam comme l'instrument de la mise en oeuvre pratique de la Loi divine qui, seule, doit régir la vie des hommes, qu'ils y consentent... ou pas. Car le monde ne trouvera la paix que lorsque l'humanité toute entière sera soumise aux Commandements de Dieu. Le mot "islam" signifie tout à la fois "paix" et "soumission". La paix, pour un musulman, se trouve dans la soumission à Dieu. Et la soumission à Dieu conduit à la paix.

Dans le christianisme, la paix ne se trouve pas dans l'observance de la Loi - qui est impossible en l'état actuel de notre condition humaine (même si nous devons y tendre et y aspirer) - mais dans la grâce que Dieu nous fait, à nous pécheurs (qui transgressons sans cesse la Loi), de son Fils Jésus-Christ, mort et ressuscité pour notre salut. "En lui, par son sang, nous avons le rachat, le pardon de nos fautes" (Ep 1. 7). Saint Paul, à ce sujet, a une parole audacieuse : "Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire miséricorde à tous." (Rm 11. 32) Quant à Jésus, il dira à Sainte Faustine dans une révélation privée : "L’humanité ne trouvera pas la paix tant qu’elle ne se tournera pas avec confiance vers Ma miséricorde" (PJ 300).

La politique pour un chrétien n'est donc pas vu comme un moyen d'imposer l'Evangile. Cela tient du reste à la nature même de l'Evangile qui ne se reçoit et ne porte fruit que dans des coeurs libres et consentants (cf. Mc 4. 3-20).

Si le pouvoir politique est l'exercice par l'homme d'un pouvoir divin par délégation (cf. Gn 1. 28 ; Jn 19. 11), alors le catholique doit gouverner les hommes comme Dieu lui-même les gouverne.

Qu'est-ce à dire?
Que fait Dieu lorsqu'il gouverne les hommes?

D'abord, il les aime. L'Amour est premier dans le gouvernement de Dieu. On ne peut pas faire de la politique selon le Coeur de Dieu si l'on n'aime pas les hommes que l'on ambitionne de servir.

Parce que Dieu aime les hommes, il respecte entièrement leur liberté. Et c'est là un point fondamental. Dieu pourrait par exemple nous empêcher de faire le mal - nous amputer du pouvoir de pécher. Cela diminuerait sensiblement le nombre des malheurs sur cette terre. Mais ce faisant, il nous ôterait aussi la liberté... Il faut vraiment que la liberté soit une valeur cardinale du point de vue de Dieu pour qu'il sacrifie - temporairement - le bonheur de ses créatures sur la terre. Mieux vaut l'homme libre et souffrant, semble-t-il, que l'homme esclave et heureux. Et cela se comprend aisément : il ne peut y avoir de bonheur véritable sans liberté.

Mais Dieu ne se contente pas de nous voir faire le mal. Dans l'expérience de notre vie terrestre, Dieu nous enseigne, Dieu nous éduque, Dieu nous instruit - que nous en ayons conscience ou pas. Tout le travail de Dieu dans chacune de nos vies consiste à former peu à peu notre volonté de telle sorte qu'au Ciel, elle soit entièrement ordonnée à l'Amour et dans l'incapacité de pécher - non par défaut de liberté, mais par excès. Un alcoolique peut difficilement résister à l'attrait du bruit des glaçons dans un verre de whisky ; un homme sobre, si. Parce qu'il jouit d'un surcroît de liberté par rapport à l'homme alcoolique. Ainsi en sera-t-il au Ciel, lorsque Dieu nous aura désintoxiqué du péché (qui rend l'homme esclave et malheureux - cf. Jn 8. 34).

A l'image du gouvernement de Dieu sur les hommes, le catholique en politique doit tenir compte de l'état de l'opinion du peuple dont il a la charge - il ne doit pas brutaliser sa liberté. Mais tel un bon berger, il doit montrer un chemin ; il ne peut se contenter de suivre son troupeau - il méconnaîtrait alors sa tâche de pasteur qui est de conduire, non de laisser faire ni de laisser aller.

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