dimanche 28 mai 2017

La Vérité est le modérateur de la Liberté

Le chrétien en politique met la liberté des hommes au-dessus de tout - à l'image de Dieu, qui est allé jusqu'à donner son propre Fils pour que l'homme blessé par le péché à cause d'un mauvais usage de sa liberté y revienne par le libre exercice de sa foi en Jésus-Christ, mort et ressuscité pour lui (non par la force ni par la contrainte).

La liberté est un don de Dieu. Et les dons de Dieu sont sans repentance (Rm 11. 29). Rien de beau, rien de grand ne se fera dans le plan de Dieu sans la liberté de l'homme. C'est avec elle - non sans elle ni contre elle - que Dieu veut établir son Royaume.

Si Dieu était à l'image de l'homme - s'il était le Zeus grec ou le Jupiter romain - qu'aurait-Il fait de cette humanité tout juste capable de faire subir au plus beau de ses enfants un tel déferlement de haine, d'outrages cruels et de violence assassine? Assurément, il l'aurait anéantie. Qu'espérer d'une telle humanité homicide, sinon qu'elle perpétue sans fin ses crimes?

Et pourtant... le dernier mot de Dieu ne sera pas la destruction de l'humanité pécheresse, mais sa rédemption - et sa complète métamorphose. En Jésus-Christ, Dieu veut sauver la liberté de l'homme en lui infusant son propre Esprit, afin de lui communiquer les ressources dont elle a besoin pour se détourner du mal et de choisir le bien. Mais même cela ne se fera pas contre l'assentiment de l'homme - d'une manière purement passive. L'homme malade doit consentir à la médication prescrite par le divin médecin pour guérir. Ce qui suppose la reconnaissance du médecin en tant que tel, et de la valeur de la médication proposée. Autrement dit : la foi - qui est un acte libre de l'homme tout autant qu'une grâce de Dieu.

De cette sacralité de la liberté de l'homme, il faut tenir compte dans le domaine de l'action politique. Même si cette liberté conduit au mal, nous n'avons pas le droit de l'entraver par des moyens illégitimes. Parce que nous ne sommes pas Dieu - nous n'avons pas à nous mettre à sa place. Et que Dieu lui-même n'y met point d'obstacle. Il faut consentir à la liberté des hommes - et respecter leurs choix. Religieusement. Quel qu'en soit le prix.

Cela dit...

Il n'est de liberté authentique que dans la vérité.

Beaucoup se méfient de cette notion de vérité. D'abord parce qu'à l'instar de Pilate, ils ne savent pas bien ce que c'est - quels en sont les contours, quel en est le contenu (cf. Jn 18. 38 : "Qu'est-ce que la vérité?"). Ensuite parce qu'ils la voient comme une limitation de la liberté. Le propre de la vérité en effet est de s'imposer. A la vérité, on ne peut rien opposer - que le mensonge. La vérité oblige. De ce point de vue, la vérité serait l'ennemie de la liberté. Mais on sent bien, au moins intuitivement, qu'il ne peut en être ainsi. La vérité est tout aussi désirable que la liberté. Des hommes consacrent leur vie à la rechercher. Notamment dans le domaine des sciences. Et rien n'est plus important pour eux que de parvenir à la connaître. Pour eux, la liberté consiste précisément à rechercher la vérité.

Imaginons un instant qu'un astrophysicien déclare à ses confrères : "Vous m'apportez la démonstration que la terre est ronde. Puisque c'est la vérité, vous m'obligez à le penser. Mais ce faisant, vous enchaînez ma liberté! Comme je pense que rien n'est plus important que ma liberté, eh bien, au nom de celle-ci, je déclare que la terre est plate!" Outre le ridicule d'une telle affirmation et la négation même de la démarche scientifique qu'elle comporte, peut-on raisonnablement penser que cet astrophysicien s'affranchissant de l'évidence expérimentale sera plus libre que ses confrères? Certes non. Restant dans la nuit de l'ignorance, il ne pourra qu'accumuler les erreurs et emprunter de fausses routes en se privant d'une lumière qui lui en aurait révélé d'autres, plus fertiles ; tandis que ses confrères, ayant assimilé la vérité de la dimension sphérique de la terre, pourront poursuivre leur quête de la Vérité et avancer dans leur pérégrination. La Vérité découverte leur donnera accès à d'autres chemins de la connaissance - qu'ils ignoraient jusqu'alors. Ils en seront d'autant plus libres.

La Vérité n'enferme pas, car sa richesse est inépuisable. Si elle contraint, ce n'est pas pour asservir, mais pour permettre à la Liberté de cheminer et de progresser. La liberté n'est donc pas l'absence de toute contrainte. La contrainte est du reste ce qui permet précisément à la liberté de se préserver elle-même. On le voit très bien en économie. Dans une société de concurrence pure et parfaite, les forts finissent par manger les faibles, et on se retrouve dans des situations oligopolistiques ou monopolistiques où la concurrence pure et parfaite n'existe plus.

La liberté ne peut se déployer que sous la contrainte nécessaire de la vérité. Livrée à elle-même, elle finit par se retourner contre elle-même. La liberté ne possède pas en elle-même le radar qui lui permet de s'orienter vers le bien de celui qui l'exerce. Ce radar, c'est la vérité.

La Vérité est le modérateur naturel de la Liberté.

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