vendredi 12 mai 2017

Aimer le monde - mais non pas l'adorer

Dieu seul est l'Être absolu - en Lui seul réside la plénitude de la vie, de la joie, de la vérité, de l'amour. Lui seul mérite d'être adoré - car Il est l'unique Incréé. Tous les autres êtres procèdent de Lui par Création ; reçoivent de Lui l'existence et leur nature ; se trouvent dans un lien de dépendance ontologique avec Lui.

Aussi, toutes les réalités créées sont contingentes et relatives. Aucune ne peut être absolutisée. L'absolutisation de quelque réalité finie constitue le péché d'idolâtrie dans la Bible - contre lequel tonitruent les prophètes d'Israël à longueur de pages.

Un catholique désireux de se situer dans la Cité aura donc à coeur de ne pas rechercher dans la politique la solution à tous les maux et tous les problèmes. Car la politique n'est pas tout - et tout n'est pas politique. Aucune idéologie, aucune doctrine d'aucune sorte ne remédiera jamais à toutes les difficultés de notre pauvre humanité - toutes sont irrémédiablement marquées du sceau de la limite. Le catholique devra faire des choix - et aucun de ceux qu'il pourra faire ne sera pleinement satisfaisant. La perfection n'est pas de ce monde.

Cette affirmation de l'Absoluité de Dieu et de la relativité contingente du monde nous permet de comprendre en quoi réside le juste rapport au monde.

1. Nous devons aimer le monde

Puisque le monde est l'Oeuvre de Dieu, nous devons le recevoir avec gratitude comme un don de son Amour.

Nous devons le contempler, le scruter, chercher à le mieux connaître, à le mieux comprendre ; dégager les lois immanentes qui le régissent ; l'ausculter, l'écouter ; le respecter ; le penser - à partir des données concrètes et objectives qu'il nous livre.

Et puisque Dieu nous le confie, nous devons le garder : nous en sommes les gérants - les responsables.

Toute pensée fondée sur la haine du monde tel qu'il est ; toute philosophie articulée sur le primat de la culture et le déni de la nature ; toute idéologie visant à transformer radicalement le monde au mépris de ses lois ; sont irrecevables pour un catholique.

Car "Dieu a tant aimé le monde..." (Jn 3. 16)

2. Nous ne devons pas adorer le monde

Pour autant, nous ne devons pas idolâtrer le monde. Nous devons l'aimer - non pas l'adorer. Car le monde n'est pas Dieu. Il est imparfait, inachevé. Il est criblé de défauts. Cette situation s'est aggravée depuis la faute originelle de nos premiers parents. Depuis lors, "toute la création a été soumise au pouvoir du néant" (Rm 8. 20).

Le monde reste fondamentalement bon - puisque créé et voulu par Dieu ; mais il est désormais cassé, abîmé : il n'est plus le monde que Dieu avait imaginé pour l'homme - ce monde qui était sorti de Ses main à l'aube de la Création.

Le catholique ne doit donc pas considérer les évolutions du monde comme nécessairement bonnes en soi. Qu'il s'agisse par exemple de la mondialisation de l'économie ou de la libéralisation des moeurs, les phénomènes ne doivent pas être considérés a priori comme bénéfiques au seul motif qu'ils sont portés par le courant de l'histoire. Ils doivent être jugés à l'aune de la raison et de l'amour. Et s'il apparaît que tel phénomène conduit l'homme sur une mauvaise voie, alors il devra être corrigé.

L'homme a le pouvoir d'influer sur le cours des événements et de changer les mentalités. Que l'on songe par exemple à la loi Evin qui a bouleversé en profondeur nos habitudes en matière de tabagisme sur le lieu de travail. Ou à l'abolition de la peine de mort par François Mitterrand au début des années 1980 alors qu'une majorité de Français y était hostile : aujourd'hui, ce n'est plus le cas - les Français se sont faits à l'idée. Le corps social s'est adapté à ces nouvelles normes - non parce qu'elles étaient imposées d'en haut mais parce qu'elles étaient bonnes, conformes à la nature de l'homme.

Le catholique récusera donc tout fatalisme dans le domaine politique.
Il cherchera le vrai bien de l'homme et de la société.
Il se refusera à subir, résigné et impuissant, les évolutions pernicieuses.

Parce qu'il aime le monde, il ne cherchera pas à en bouleverser la structure fondamentale.
Parce qu'il n'absolutise pas le monde, il cherchera à l'améliorer autant que possible.

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