La mission spécifique du chrétien dans le monde est de contribuer à l'édification de la civilisation de l'amour - pour reprendre une expression chère aux papes Paul VI et Jean-Paul II. Un chrétien engagé en politique doit l'avoir particulièrement à l'esprit.
Mais qu'est-ce à dire?
Une parole de Jean-Paul II peut nous aider à comprendre : "L'Eglise sait qu'aucune réalisation temporelle ne s'identifie avec le Royaume de Dieu - que toutes les réalisations ne font que refléter, et en un sens anticiper, la gloire du Royaume que nous attendons à la fin de l'histoire, lorsque le Seigneur reviendra. Mais cette attente ne pourra jamais justifier que l'on se désintéresse des hommes dans leur situation personnelle concrète et dans leur vie sociale, nationale et internationale, parce que celle-ci, - maintenant surtout - conditionne celle-là." (Jean-Paul II, Sollicitudo rei socialis, 1988)
Bâtir la civilisation de l'amour ne veut donc pas dire établir le Paradis sur la terre. "L'Eglise sait qu'aucune réalisation temporelle ne s'identifie avec le Royaume de Dieu..."
Le chrétien n'est pas millénariste - ni messianiste : il ne croit pas en la possibilité d'instaurer un monde parfait ici-bas. Il connait trop la fragilité de l'homme, ses limites, son péché. Il se méfie de tous ceux qui veulent faire l'ange, car l'expérience lui enseigne que "qui veut faire l'ange fait la Bête" comme disait Pascal.
Le chrétien est donc fondamentalement un réaliste. Il prend le monde tel qu'il est. Il sait qu'il ne le changera pas. Que l'homme restera toujours l'homme, avec ses grandeurs et ses bassesses. Que rien ni personne ne pourront rien y changer - sauf Dieu, au terme de notre parcours terrestre, à l'heure de notre divinisation.
Le chrétien en politique ne doit donc pas se tromper de combat.
Le Seigneur Jésus-Christ est venu pour sauver l'humanité et lui ouvrir les portes du ciel - non pour instaurer un régime politique sur la terre. Le dessein de Dieu sur le monde n'est pas politique. Ainsi, les préceptes divins communiqués à l'homme n'ont pas vocation à s'imposer à lui par la loi civile - ni leur transgression à être sanctionné pénalement par les tribunaux. En cela, le christianisme se distingue fondamentalement de l'islam. Il n'existe pas de Charia chrétienne.
La loi évangélique n'est pas destinée à devenir du droit positif ni à régir le comportement des hommes par la contrainte extérieure ; elle vise à transformer le coeur des hommes qui lui obéissent librement afin de les conformer davantage au Dieu vivant et de les prédisposer ainsi à recevoir le salut éternel au terme de leur pèlerinage terrestre.
Le christianisme distingue donc nettement ce qui relève de la vie religieuse, intérieure, spirituelle, et ce qui ressort de la vie politique, publique, temporelle. Dieu révèle à l'homme le chemin qui conduit au Ciel ; mais il ne nous donne aucune directive détaillée sur la manière de conduire la communauté des hommes sur cette terre. Nous avons suffisamment de ressources dans notre nature créée pour pouvoir exercer, dans la justice, notre mission de gouvernance de la terre (cf. Gn 1. 28). C'est du reste par cette mission déléguée ("Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l’avais reçu d’en haut", Jn 19. 11) que nous sommes véritablement à l'image de Dieu.
Cela dit : distinction ne signifie pas séparation. Comme le corps ne peut vivre séparé de l'âme, l'ordre politique ne peut se déployer en roue libre indépendamment de l'ordre religieux - ni a fortiori contre l'ordre religieux. Laisser la politique divaguer loin de l'ordre religieux ou s'en émanciper complètement exposerait l'humanité à tous les dangers. Car l'homme est un être religieux. Privé de son gouvernail religieux, il pourrait bien vite devenir inhumain.
Notre foi, qui nous commande de ne rien entreprendre pour établir la Cité parfaite sur la terre (en raison de son irréalisme dans l'état actuel de notre condition), nous sollicite vigoureusement afin que l'on ne "se désintéresse [pas] des hommes dans leur situation personnelle concrète et dans leur vie sociale, nationale et internationale." Il ne s'agit pas pour un chrétien de vouloir imposer ses convictions religieuses à des gens qui n'en veulent pas, mais au nom de ses convictions religieuses, et mû par elles, de contribuer activement au mieux-être terrestre des hommes qui, s'il n'est pas une fin en soi, est néanmoins souhaité par Dieu qui veut le bien de tous ses enfants.
Notre foi, qui nous commande de ne rien entreprendre pour établir la Cité parfaite sur la terre (en raison de son irréalisme dans l'état actuel de notre condition), nous sollicite vigoureusement afin que l'on ne "se désintéresse [pas] des hommes dans leur situation personnelle concrète et dans leur vie sociale, nationale et internationale." Il ne s'agit pas pour un chrétien de vouloir imposer ses convictions religieuses à des gens qui n'en veulent pas, mais au nom de ses convictions religieuses, et mû par elles, de contribuer activement au mieux-être terrestre des hommes qui, s'il n'est pas une fin en soi, est néanmoins souhaité par Dieu qui veut le bien de tous ses enfants.
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