jeudi 4 mai 2017

Le naufrage d'un débat présidentiel

On ne va pas se mentir. Le débat d'hier soir entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron s'est révélé catastrophique. Indigne d'un débat présidentiel.

La déception est d'autant plus cruelle que l'affiche était prometteuse.

On attendait une confrontation entre deux projets politiques, deux visions du monde, deux philosophies ; des échanges argumentés ; une opposition de fond entre libéralisme et protectionnisme, euro-mondialisme et nationalisme, émancipation et enracinement.

Au lieu de quoi ce fut un empilement de slogans...

(Marine Le Pen : "Je suis la candidate du pouvoir d'achat"
Emmanuel Macron : "Je suis le candidat de la compétitivité"
avec cela, nous étions bien avancé...)

... et une suite d'imprécations et d'injures.

Aucune élévation d'esprit, aucun respect de l'interlocuteur ni des téléspectateurs, aucune tentative de convaincre par les idées.

Un véritable désastre.

La responsabilité de Marine Le Pen dans ce naufrage est écrasante. C'est elle qui a donné le "la" en se situant d'emblée sur le registre de l'invective et du harcèlement continuel de son adversaire. Avec pour objectif évident de multiplier les signaux à l'adresse des électeurs de Jean-Luc Mélenchon, son coeur de cible.

En se comportant comme un Poutou devant l'icône du capitalisme financier, Marine Le Pen cherchait manifestement à draguer l'extrême-gauche. Elle en a sacrifié sa carrure présidentielle qui lui avait naguère valu les éloges de Philippe de Villiers ; et anéanti sa crédibilité auprès des électeurs de droite - jusque dans son propre camp.

On retiendra de son affligeante prestation ses dérisions moqueuses, son sourire carnassier, son manque d'intérêt pour la défense de son programme (un comble pour une avocate!), ses approximations, ses erreurs, son amateurisme.

Elle devra porter dimanche le boulet de ce fiasco retentissant - et pour de longues années à mon avis.

En une soirée, elle aura stoppé net sa bonne dynamique de la première semaine de campagne, ruiné toutes chances de l'emporter après des mois d'une campagne jusqu'alors admirable, et endossé une image qui lui collera longtemps à la peau - à des années-lumières de celle d'un chef de l'Etat.

Les idées nationales méritaient mieux hier soir que la figure d'une candidate perdue dans ses fiches, au comportement potache et aux propos acerbes.

S'il s'avère dimanche soir que Marine Le Pen enregistre un score inférieur à celui que lui attribuent les sondages, le Front national devra s'interroger sur son leadership au sein du parti dans la perspective des prochaines échéances électorales, notamment les présidentielles de 2022.

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