"Si tout Etat a des devoirs envers l'humanité, il a des devoirs prioritaires envers la nation, ses intérêts, sa prospérité, son inscription dans la durée." (Jean-Louis Harouel)
mercredi 31 mai 2017
mardi 30 mai 2017
Le droit de rester dans son pays est antérieur à celui d’immigrer
Le « droit de rester » dans son pays est « antérieur » à celui d’immigrer, a déclaré Mgr Bernardito Auza, observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations-Unies à New-York. Si « les moteurs de la migration sont adéquatement abordés », les gens ne se sentiront pas « forcés de quitter leur domicile », a-t-il affirmé.
Eminents ambassadeurs et panélistes,
Au paragraphe 43 de la Déclaration de New York, la communauté internationale s’est engagée à aborder « les facteurs qui créent ou exacerbent de grands mouvements » afin de « coopérer pour créer des conditions qui permettent aux communautés et aux individus de vivre en paix et dans la prospérité dans leurs pays d’origine ».
À cet égard, le Saint-Siège continue d’insister sur le droit de tous de rester dans leur pays en paix et avec une sécurité économique. Si les conditions d’une vie décente sont satisfaites et que les moteurs de la migration sont adéquatement abordés, les gens ne se sentiront pas forcés de quitter leur domicile.
Ma délégation demande donc instamment que le Pacte mondial souligne le droit de rester avant le droit d’émigrer. Cela ne signifie pas qu’un droit soit plus important que l’autre, mais qu’en assurant ce droit antérieur, les flux migratoires deviendront volontaires, réguliers et sûrs et par conséquent plus faciles à gérer et durables. Lorsque le droit de rester est respecté, la migration devient un choix plutôt que quelque chose de forcé ou d’involontaire. Toutefois, pour que ce droit soit efficace, les facteurs qui contraignent les personnes à émigrer doivent être pris en charge par une coopération internationale fondée sur la confiance, la responsabilité et la solidarité mutuelles.
Il n’y a pas de pire crise causée par l’homme et conduisant les gens à migrer de force ou les populations à se déplacer intérieurement que les guerres et les conflits violents. Plus de la moitié des réfugiés du monde, des migrants forcés et des personnes déplacées ont été forcés d’abandonner leurs maisons et leurs propriétés et, en effet, de fuir leur pays, à cause des conflits et de la violence, dont l’énorme impact négatif se poursuit dans l’odyssée des victimes. Ils font face aux dangers de la traite des personnes, de la famine et de nombreuses formes d’abus. En arrivant à leur destination, au lieu de trouver un refuge, dans de nombreux endroits, ils trouvent la méfiance, le soupçon, la discrimination, le nationalisme extrême, le racisme et un manque de politiques claires régissant leur acceptation. De toute évidence, le moyen le plus efficace d’arrêter les mouvements massifs de migrants forcés et de réfugiés est d’arrêter les guerres et les conflits violents qui les causent.
En outre, des facteurs tels que l’extrême pauvreté, le manque de biens et de services de base, ainsi que la dégradation et les catastrophes environnementales graves sont également des facteurs majeurs de la migration. Aider les populations en détresse là où elles sont, plutôt que de faire traîner en touchant du bois, est le moyen le plus efficace d’empêcher leur migration involontaire. Cela pourrait également être le moyen le plus rentable de les aider et de leur épargner toutes les formes d’exploitation. Lorsque les individus et les populations vulnérables sont forcés de se déplacer, les violations des droits de l’homme et la violence sexuelle contre les femmes et les enfants deviennent bien trop fréquentes ; les familles sont séparées ; beaucoup sont détenus de force dès leur arrivée ou sont victimes de la traite des êtres humains et d’autres formes d’esclavage moderne. Pendant leur transit et surtout à leur arrivée dans les pays de destination, les migrants forcés sont souvent perçus comme profitant des communautés d’accueil, plutôt que comme des personnes malheureuses qui méritent une assistance et des sympathies humaines.
Ma délégation tient à souligner que les énormes pertes culturelles, sociales et économiques qui sont actuellement subies dans de nombreux pays d’origine en raison de crises causées par l’homme et d’autres moteurs de migration rendent encore plus pressante l’adoption d’un Pacte mondial pour la migration. Les migrants qui traversent massivement les frontières internationales, les migrants forcés à la recherche d’une sécurité et d’une protection, et les nombreux millions de personnes déplacées à l’intérieur de leur pays attendent de nous un espoir et une action. La façon la plus complète et la plus coopérative de les aider serait de disposer d’un Pacte mondial solide et efficace sur les migrations.
lundi 29 mai 2017
dimanche 28 mai 2017
La Vérité est le modérateur de la Liberté
Le chrétien en politique met la liberté des hommes au-dessus de tout - à l'image de Dieu, qui est allé jusqu'à donner son propre Fils pour que l'homme blessé par le péché à cause d'un mauvais usage de sa liberté y revienne par le libre exercice de sa foi en Jésus-Christ, mort et ressuscité pour lui (non par la force ni par la contrainte).
La liberté est un don de Dieu. Et les dons de Dieu sont sans repentance (Rm 11. 29). Rien de beau, rien de grand ne se fera dans le plan de Dieu sans la liberté de l'homme. C'est avec elle - non sans elle ni contre elle - que Dieu veut établir son Royaume.
Si Dieu était à l'image de l'homme - s'il était le Zeus grec ou le Jupiter romain - qu'aurait-Il fait de cette humanité tout juste capable de faire subir au plus beau de ses enfants un tel déferlement de haine, d'outrages cruels et de violence assassine? Assurément, il l'aurait anéantie. Qu'espérer d'une telle humanité homicide, sinon qu'elle perpétue sans fin ses crimes?
Et pourtant... le dernier mot de Dieu ne sera pas la destruction de l'humanité pécheresse, mais sa rédemption - et sa complète métamorphose. En Jésus-Christ, Dieu veut sauver la liberté de l'homme en lui infusant son propre Esprit, afin de lui communiquer les ressources dont elle a besoin pour se détourner du mal et de choisir le bien. Mais même cela ne se fera pas contre l'assentiment de l'homme - d'une manière purement passive. L'homme malade doit consentir à la médication prescrite par le divin médecin pour guérir. Ce qui suppose la reconnaissance du médecin en tant que tel, et de la valeur de la médication proposée. Autrement dit : la foi - qui est un acte libre de l'homme tout autant qu'une grâce de Dieu.
De cette sacralité de la liberté de l'homme, il faut tenir compte dans le domaine de l'action politique. Même si cette liberté conduit au mal, nous n'avons pas le droit de l'entraver par des moyens illégitimes. Parce que nous ne sommes pas Dieu - nous n'avons pas à nous mettre à sa place. Et que Dieu lui-même n'y met point d'obstacle. Il faut consentir à la liberté des hommes - et respecter leurs choix. Religieusement. Quel qu'en soit le prix.
Cela dit...
Il n'est de liberté authentique que dans la vérité.
Beaucoup se méfient de cette notion de vérité. D'abord parce qu'à l'instar de Pilate, ils ne savent pas bien ce que c'est - quels en sont les contours, quel en est le contenu (cf. Jn 18. 38 : "Qu'est-ce que la vérité?"). Ensuite parce qu'ils la voient comme une limitation de la liberté. Le propre de la vérité en effet est de s'imposer. A la vérité, on ne peut rien opposer - que le mensonge. La vérité oblige. De ce point de vue, la vérité serait l'ennemie de la liberté. Mais on sent bien, au moins intuitivement, qu'il ne peut en être ainsi. La vérité est tout aussi désirable que la liberté. Des hommes consacrent leur vie à la rechercher. Notamment dans le domaine des sciences. Et rien n'est plus important pour eux que de parvenir à la connaître. Pour eux, la liberté consiste précisément à rechercher la vérité.
Imaginons un instant qu'un astrophysicien déclare à ses confrères : "Vous m'apportez la démonstration que la terre est ronde. Puisque c'est la vérité, vous m'obligez à le penser. Mais ce faisant, vous enchaînez ma liberté! Comme je pense que rien n'est plus important que ma liberté, eh bien, au nom de celle-ci, je déclare que la terre est plate!" Outre le ridicule d'une telle affirmation et la négation même de la démarche scientifique qu'elle comporte, peut-on raisonnablement penser que cet astrophysicien s'affranchissant de l'évidence expérimentale sera plus libre que ses confrères? Certes non. Restant dans la nuit de l'ignorance, il ne pourra qu'accumuler les erreurs et emprunter de fausses routes en se privant d'une lumière qui lui en aurait révélé d'autres, plus fertiles ; tandis que ses confrères, ayant assimilé la vérité de la dimension sphérique de la terre, pourront poursuivre leur quête de la Vérité et avancer dans leur pérégrination. La Vérité découverte leur donnera accès à d'autres chemins de la connaissance - qu'ils ignoraient jusqu'alors. Ils en seront d'autant plus libres.
La Vérité n'enferme pas, car sa richesse est inépuisable. Si elle contraint, ce n'est pas pour asservir, mais pour permettre à la Liberté de cheminer et de progresser. La liberté n'est donc pas l'absence de toute contrainte. La contrainte est du reste ce qui permet précisément à la liberté de se préserver elle-même. On le voit très bien en économie. Dans une société de concurrence pure et parfaite, les forts finissent par manger les faibles, et on se retrouve dans des situations oligopolistiques ou monopolistiques où la concurrence pure et parfaite n'existe plus.
La liberté ne peut se déployer que sous la contrainte nécessaire de la vérité. Livrée à elle-même, elle finit par se retourner contre elle-même. La liberté ne possède pas en elle-même le radar qui lui permet de s'orienter vers le bien de celui qui l'exerce. Ce radar, c'est la vérité.
La Vérité est le modérateur naturel de la Liberté.
samedi 27 mai 2017
vendredi 26 mai 2017
jeudi 25 mai 2017
Un aliment de croissance humaine, spirituelle, personnelle et communautaire
Nous commençons aujourd'hui la lecture du Compendium de la Doctrine Sociale de l'Eglise, qui alimentera de temps à autre notre réflexion. Le catholique engagé en politique ne doit pas oublier que la doctrine sociale de l'Eglise n'est pas facultative. Comme l'indiquait le Pape Pie XII dans son Exhortation Menti nostrae : "les dommages causés par les deux systèmes économiques (capitalisme et communisme) doivent convaincre tout le monde et spécialement les prêtres d'adhérer et de rester fidèles à la doctrine sociale de l'Eglise." Pour l'Episcopat français, "un des déficits les plus graves de l'heure présente est le mépris et l'ignorance de l'enseignement social de l'Eglise".
Ces dernières paroles, prononcées en avril 1954 lors de la deuxième Assemblée plénière de l'Episcopat, gardent toute leur actualité, dans un monde déboussolé et ballotté "par tout vent de doctrine" (Ep. 4. 14). Voilà pourquoi nous vous proposons une lecture continue du document de référence publié en 2004 synthétisant la pensée de l'Eglise catholique en matière sociale ; elle nous formera peu à peu à la connaissance de cette pensée, nous communiquera des points de repères forts qui seront autant de balises précieuses pour nous éviter de dériver ; elle nous permettra de vérifier la conformité de notre propre pensée à celle de l'Eglise que le Christ a instituée sur la terre pour nous montrer le Chemin, nous instruire de la Vérité, et nous conduire à la Vie.
Ces dernières paroles, prononcées en avril 1954 lors de la deuxième Assemblée plénière de l'Episcopat, gardent toute leur actualité, dans un monde déboussolé et ballotté "par tout vent de doctrine" (Ep. 4. 14). Voilà pourquoi nous vous proposons une lecture continue du document de référence publié en 2004 synthétisant la pensée de l'Eglise catholique en matière sociale ; elle nous formera peu à peu à la connaissance de cette pensée, nous communiquera des points de repères forts qui seront autant de balises précieuses pour nous éviter de dériver ; elle nous permettra de vérifier la conformité de notre propre pensée à celle de l'Eglise que le Christ a instituée sur la terre pour nous montrer le Chemin, nous instruire de la Vérité, et nous conduire à la Vie.
Nous découvrons aujourd'hui les deux documents introductifs au Compendium que le Vatican publie en préambule sur son site.
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SECRÉTAIRERIE D'ÉTAT
Son Éminence
le Cardinal RENATO RAFFAELE MARTINO
Président du Conseil Pontifical « Justice et Paix »
CITÉ DU VATICAN
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Du Vatican, 29 juin 2004
N. 559.332
Monsieur le Cardinal,
Au cours de son histoire et, en particulier, ces cent dernières années, l'Église n'a jamais renoncé — selon les paroles du Pape Léon XIII — à dire « le mot qui lui revient » sur les questions de la vie sociale. Continuant à élaborer et à actualiser le riche héritage de la doctrine sociale catholique, le Pape Jean-Paul II a publié, pour sa part, trois grandes encycliques — Laborem exercens, Sollicitudo rei socialis et Centesimus annus —, qui constituent des étapes fondamentales de la pensée catholique en la matière. Pour leur part, de nombreux évêques, dans chaque partie du monde, ont contribué ces derniers temps à approfondir la doctrine sociale de l'Église. Tout comme l'ont fait de nombreux spécialistes, sur chaque continent.
1. Il était donc souhaitable de pourvoir à la rédaction d'un compendium de toute la matière, en présentant d'une manière systématique les points fondamentaux de la doctrine sociale catholique. C'est de cela que s'est chargé de façon très louable le Conseil Pontifical « Justice et Paix », consacrant à cette initiative un travail intense durant ces dernières années.
Par conséquent, je suis heureux de la publication de l'ouvrage intitulé Compendium de la doctrine sociale de l'Église, partageant avec vous la joie de l'offrir aux croyants et à tous les hommes de bonne volonté, comme aliment de croissance humaine et spirituelle, personnelle et communautaire.
2. Cette œuvre montre que la doctrine sociale catholique a également valeur d'instrument d'évangélisation (cf. Centesimus annus, 54), car elle met en relation la personne humaine et la société à la lumière de l'Évangile. Les principes de la doctrine sociale de l'Église, qui reposent sur la loi naturelle, sont en outre confirmés et mis en valeur, dans la foi de l'Église, par l'Évangile du Christ.
Dans cette lumière, l'homme est avant tout invité à se découvrir comme être transcendant, dans chaque dimension de la vie, y compris celle qui est liée aux contextes sociaux, économiques et politiques. La foi conduit à sa plénitude la signification de la famille ; fondée sur le mariage entre un homme et une femme, elle constitue la cellule première et vitale de la société. En outre, elle éclaire la dignité du travail qui, en tant qu'activité de l'homme destinée à sa réalisation, a la priorité sur le capital et constitue un titre de participation aux fruits qui en découlent.
3. Ce texte fait également ressortir l'importance des valeurs morales, fondées sur la loi naturelle inscrite dans la conscience de chaque être humain, qui est donc tenu à la reconnaître et à la respecter. L'humanité demande aujourd'hui davantage de justice pour affronter le vaste phénomène de la mondialisation ; elle se soucie vivement de l'écologie et d'une gestion correcte des affaires publiques ; elle ressent la nécessité de sauvegarder la conscience nationale, sans toutefois perdre de vue le chemin du droit et la conscience de l'unité de la famille humaine. Le monde du travail, profondément modifié par les conquêtes technologiques modernes, connaît des niveaux de qualité extraordinaires, mais doit hélas enregistrer aussi des formes inédites de précarité, d'exploitation et même d'esclavage, au sein même des sociétés dites opulentes. En différents lieux de la planète, le niveau de bien-être continue à croître, mais le nombre des nouveaux pauvres augmente de façon menaçante et, pour diverses raisons, le fossé entre les pays moins développés et les pays riches s'élargit. Le marché libre, processus économique qui comporte des côtés positifs, manifeste toutefois ses limites. Par ailleurs, l'amour préférentiel pour les pauvres représente un choix fondamental de l'Église, qu'elle propose à tous les hommes de bonne volonté.
Voilà pourquoi l'Église ne peut pas cesser de faire entendre sa voix sur les res novae, typiques de l'époque moderne, car il lui revient d'inviter tous et chacun à se prodiguer pour que s'affirme toujours davantage une civilisation authentique orientée vers la recherche d'un développement humain intégral et solidaire.
4. Les questions culturelles et sociales actuelles concernent surtout les fidèles laïcs, appelés, comme le rappelle le Concile Œcuménique Vatican II, à gérer les choses temporelles en les ordonnant selon Dieu (cf. Lumen gentium, 31). On comprend donc bien l'importance fondamentale de la formation des laïcs, pour qu'ils contribuent au progrès de l'humanité, par la sainteté de leur vie et par la force de leur témoignage. Ce document entend les aider dans leur mission quotidienne.
Il est intéressant, par ailleurs, de remarquer que de nombreux éléments recueillis ici sont partagés par les autres Églises et Communautés ecclésiales, ainsi que par d'autres religions. Le texte a été élaboré de façon à servir non seulement ad intra, c'est-à-dire parmi les catholiques, mais aussi ad extra. De fait, les frères qui ont en commun avec nous le même Baptême, les disciples d'autres religions et tous les hommes de bonne volonté peuvent y trouver des occasions fécondes de réflexion et une impulsion commune pour le développement intégral de tout homme et de tout l'homme.
5. Tout en souhaitant que ce document aide l'humanité dans sa recherche active du bien commun, le Saint-Père invoque les bénédictions de Dieu sur ceux qui prendront le temps de réfléchir aux enseignements de la présente publication. En formulant aussi mes vœux personnels de succès pour cette œuvre, je félicite votre Éminence et les collaborateurs du Conseil Pontifical « Justice et Paix » pour l'important travail accompli, et vous prie de croire à mes sentiments très dévoués dans le Seigneur.
Angelo Card. Sodano
Secrétaire d'État
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PRÉSENTATION
Je suis heureux de présenter le document intitulé Compendium de la doctrine sociale de l'Église, élaboré à la demande du Pape Jean-Paul II, pour exposer de manière synthétique, mais exhaustive, l'enseignement social de l'Église.
Transformer la réalité sociale par la force de l'Évangile, témoignée par des femmes et des hommes fidèles à Jésus-Christ, a toujours été un défi et le demeure aujourd'hui encore, au début du troisième millénaire de l'ère chrétienne. L'annonce de Jésus-Christ, Bonne nouvelle de salut, d'amour, de justice et de paix, ne trouve pas facilement accueil dans le monde d'aujourd'hui, encore dévasté par les guerres, la misère et les injustices. C'est précisément pour cela que l'homme de notre temps a plus besoin que jamais de l'Évangile : de la foi qui sauve, de l'espérance qui éclaire et de la charité qui aime.
L'Église, experte en humanité, dans l'attente à la fois confiante et agissante, continue de regarder vers les « cieux nouveaux » et la « terre nouvelle » (2 P 3, 13) et de les indiquer à chaque homme, pour l'aider à vivre sa vie dans la dimension du sens authentique. « Gloria Dei vivens homo » : l'homme qui vit en plénitude sa dignité rend gloire à Dieu, qui la lui a donnée.
La lecture de ces pages est avant tout proposée pour soutenir et inciter l'action des chrétiens dans le domaine social, en particulier des fidèles laïcs, dont c'est le milieu spécifique ; toute leur vie doit être une œuvre féconde d'évangélisation. Tout croyant doit apprendre avant tout à obéir au Seigneur avec la force de la foi, à l'exemple de saint Pierre : « Maître, nous avons peiné toute une nuit sans rien prendre, mais sur ta parole je vais lâcher les filets » (Lc 5, 5). Tout lecteur de bonne volonté pourra connaître les motifs qui poussent l'Église à intervenir avec une doctrine dans le domaine social qui, à première vue, ne semble pas relever de sa compétence, ainsi que les raisons d'une rencontre, d'un dialogue, d'une collaboration pour servir le bien commun.
Mon prédécesseur, le regretté et vénéré Cardinal François-Xavier Nguyên Van Thuân, guida savamment, avec constance et prévoyance, la phase préparatoire fort complexe de ce document ; la maladie l'a empêché de la conclure par sa publication. Cette œuvre qui m'a été confiée et qui est maintenant remise aux lecteurs, porte donc le sceau d'un grand témoin de la Croix, fort dans la foi lors des terribles années sombres du Viêt-Nam. Il saura accueillir notre gratitude pour son précieux travail, dispensé avec amour et dévouement, et bénir tous ceux qui s'attarderont à réfléchir sur ces pages.
J'invoque l'intercession de saint Joseph, Gardien du Rédempteur et Époux de la Bienheureuse Vierge Marie, Patron de l'Église universelle et du travail, afin que ce texte puisse porter des fruits abondants dans la vie sociale comme instrument d'annonce évangélique, de justice et de paix.
Cité du Vatican, 2 avril 2004, Mémoire de Saint François de Paule.
Renato Raffaele Card. Martino
Président
+ Giampaolo Crepaldi
Secrétaire
mercredi 24 mai 2017
mardi 23 mai 2017
Le chrétien est fondamentalement démocrate
Le chrétien qui exerce un pouvoir politique doit en user selon les voies de Dieu. Il est appelé à gouverner ses frères à la manière de Dieu - c'est-à-dire avec amour, et un infini respect pour la liberté des hommes qui lui sont confiés.
Le chrétien ne peut envisager d'imposer sa politique de manière brutale, contre l'assentiment de ses concitoyens. Ce serait de toute façon contre-productif tant il est vrai que l'homme vomit ce qu'on cherche à lui faire avaler de force.
La manière chrétienne de gouverner doit être empreinte d'écoute, de dialogue. La tâche de l'homme politique chrétien consistera essentiellement à convaincre et... à se laisser convaincre le cas échéant, car "toute vérité dite par qui que ce soit vient de l'Esprit Saint" disait Saint Thomas d'Aquin. Cela ne signifie pas que le chrétien soit dénué de convictions fortes. Mais en politique, il n'est pas dogmatique. Il est à l'écoute de la voix de Dieu telle qu'elle s'exprime dans le tréfonds de sa conscience, et telle qu'elle peut se manifester aussi - telle une lumière jaillissante - dans le feu d'un débat contradictoire.
Parce que personne ne détient le monopole de la vérité en politique et que chacun peut apporter une contribution utile au débat public, le chrétien croit dans la vertu du pluralisme des idées politiques et de leur expression.
Parce qu'il sait que la liberté est un don de Dieu inscrit dans la nature même de l'homme, le chrétien croit dans la vertu de la démocratie et du suffrage universel. Il réprouvera a contrario tout passage en force, toute contrainte, toute violence. Il combattra avec la dernière énergie les systèmes totalitaires et les régimes dictatoriaux.
Bien entendu, le catholique peut se désoler quotidiennement de constater les effets délétères de la démocratie sur l'évolution du monde et de la société. Devant la pente mauvaise que prennent un certain nombre de pays, il peut avoir la tentation de se dire que la démocratie est décidément une chose trop sérieuse pour pouvoir être confiée au peuple. Il s'interrogera sur la maturité humaine, spirituelle et politique de ses contemporains et pourra mettre en doute leur discernement. Mais à l'instar de Winston Churchill, il gardera en mémoire que "La démocratie est le pire de tous les systèmes... à l'exception de tous les autres!" ; et que Dieu Lui-même se comporte ainsi avec nous : il nous laisse agir, même quand nous nous trompons, même quand nous faisons mal, même quand nous faisons le mal.
Le peuple est au chrétien engagé en politique ce que l'homme est pour Dieu. L'objet de toutes ses faveurs, de toutes ses prédilections, de toutes ses attentions ; mais aussi celui de toutes ses désillusions et de toutes ses déceptions. Le peuple que nous sommes appelés à servir peut être raide de nuque et dur de coeur - comme est l'homme pour Dieu. Il peut bien grogner, pleurnicher, récriminer, résister. Il n'empêche. C'est lui le souverain.
Le peuple n'a pas toujours raison. Mais c'est lui qui décide.
lundi 22 mai 2017
dimanche 21 mai 2017
Gouverner les hommes à la manière de Dieu
Dans le domaine politique, le catholique - intérieurement inspiré par l'Evangile et intellectuellement éclairé par la doctrine sociale de l'Eglise - se mettra au service de ses frères pour leur assurer un mieux-être matériel, culturel et social autant qu'il lui sera possible, avec les moyens qui seront à sa disposition - nécessairement limités.
Le catholique n'est pas Dieu. Il doit bien avoir conscience des limites de son pouvoir. Sa mission, avons-nous dit, n'est pas d'instaurer le Royaume de Dieu sur la terre - mais de bâtir la Civilisation de l'Amour qui est une réalité spirituelle qui grandit à mesure que l'on répond à l'appel de Dieu et que l'on fait sa volonté d'Amour sur la terre.
Il y a un lien indéfectible entre la vie éternelle - déjà commencée en Jésus-Christ et qui se déploie dans l'Eglise - et la vie ici-bas. C'est par nos actes concrets de chaque jour que nous travaillons à notre salut (Ph 2. 12) et que nous édifions la Cité céleste qui sera l'oeuvre conjointe de Dieu et des saints - dont les mérites resplendiront comme des pierres précieuses (cf. Ap 21. 19).
Le chrétien en politique est appelé par Dieu à une mission de service. C'est une belle et grande vocation, car il n'est rien de plus beau sur la terre que de servir ses frères.
Cette mission ne vise pas à imposer de force l'Evangile au peuple dont on a la charge. On pourrait s'en étonner a priori. Car la volonté ultime de Dieu est que l'humanité toute entière vive selon l'Evangile. On pourrait donc s'attendre à ce que Dieu demande aux chrétiens qu'ils usent du pouvoir temporel dont ils disposent pour accomplir Ses Voies. C'est du reste ainsi que les musulmans conçoivent leur relation au politique. Le pouvoir temporel est conçu dans l'islam comme l'instrument de la mise en oeuvre pratique de la Loi divine qui, seule, doit régir la vie des hommes, qu'ils y consentent... ou pas. Car le monde ne trouvera la paix que lorsque l'humanité toute entière sera soumise aux Commandements de Dieu. Le mot "islam" signifie tout à la fois "paix" et "soumission". La paix, pour un musulman, se trouve dans la soumission à Dieu. Et la soumission à Dieu conduit à la paix.
Dans le christianisme, la paix ne se trouve pas dans l'observance de la Loi - qui est impossible en l'état actuel de notre condition humaine (même si nous devons y tendre et y aspirer) - mais dans la grâce que Dieu nous fait, à nous pécheurs (qui transgressons sans cesse la Loi), de son Fils Jésus-Christ, mort et ressuscité pour notre salut. "En lui, par son sang, nous avons le rachat, le pardon de nos fautes" (Ep 1. 7). Saint Paul, à ce sujet, a une parole audacieuse : "Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire miséricorde à tous." (Rm 11. 32) Quant à Jésus, il dira à Sainte Faustine dans une révélation privée : "L’humanité ne trouvera pas la paix tant qu’elle ne se tournera pas avec confiance vers Ma miséricorde" (PJ 300).
La politique pour un chrétien n'est donc pas vu comme un moyen d'imposer l'Evangile. Cela tient du reste à la nature même de l'Evangile qui ne se reçoit et ne porte fruit que dans des coeurs libres et consentants (cf. Mc 4. 3-20).
Si le pouvoir politique est l'exercice par l'homme d'un pouvoir divin par délégation (cf. Gn 1. 28 ; Jn 19. 11), alors le catholique doit gouverner les hommes comme Dieu lui-même les gouverne.
Qu'est-ce à dire?
Que fait Dieu lorsqu'il gouverne les hommes?
D'abord, il les aime. L'Amour est premier dans le gouvernement de Dieu. On ne peut pas faire de la politique selon le Coeur de Dieu si l'on n'aime pas les hommes que l'on ambitionne de servir.
Parce que Dieu aime les hommes, il respecte entièrement leur liberté. Et c'est là un point fondamental. Dieu pourrait par exemple nous empêcher de faire le mal - nous amputer du pouvoir de pécher. Cela diminuerait sensiblement le nombre des malheurs sur cette terre. Mais ce faisant, il nous ôterait aussi la liberté... Il faut vraiment que la liberté soit une valeur cardinale du point de vue de Dieu pour qu'il sacrifie - temporairement - le bonheur de ses créatures sur la terre. Mieux vaut l'homme libre et souffrant, semble-t-il, que l'homme esclave et heureux. Et cela se comprend aisément : il ne peut y avoir de bonheur véritable sans liberté.
Mais Dieu ne se contente pas de nous voir faire le mal. Dans l'expérience de notre vie terrestre, Dieu nous enseigne, Dieu nous éduque, Dieu nous instruit - que nous en ayons conscience ou pas. Tout le travail de Dieu dans chacune de nos vies consiste à former peu à peu notre volonté de telle sorte qu'au Ciel, elle soit entièrement ordonnée à l'Amour et dans l'incapacité de pécher - non par défaut de liberté, mais par excès. Un alcoolique peut difficilement résister à l'attrait du bruit des glaçons dans un verre de whisky ; un homme sobre, si. Parce qu'il jouit d'un surcroît de liberté par rapport à l'homme alcoolique. Ainsi en sera-t-il au Ciel, lorsque Dieu nous aura désintoxiqué du péché (qui rend l'homme esclave et malheureux - cf. Jn 8. 34).
A l'image du gouvernement de Dieu sur les hommes, le catholique en politique doit tenir compte de l'état de l'opinion du peuple dont il a la charge - il ne doit pas brutaliser sa liberté. Mais tel un bon berger, il doit montrer un chemin ; il ne peut se contenter de suivre son troupeau - il méconnaîtrait alors sa tâche de pasteur qui est de conduire, non de laisser faire ni de laisser aller.
samedi 20 mai 2017
vendredi 19 mai 2017
L’influence de la franc-maçonnerie dans l’élaboration des normes sous la Ve République
C'est une thèse de droit de plus de 400 pages accessible en ligne, soutenue le 7 décembre 2016 à l'Université Paris II par Diane-Marie Palacio-Russo.
Dans son résumé, elle écrit :
"Les lois relatives à la contraception, à l’interruption volontaire de grossesse ou encore, plus récemment, à la bioéthique ou à l’interdiction du voile intégral sont (...) toutes réputées avoir reçu le soutien de la franc-maçonnerie. De la pure et simple rédaction dans des loges d’un texte voté ultérieurement, à la fameuse coalition parlementaire, sans oublier les innombrables ministres réputés maçons, l’influence des obédiences prendrait des formes diverses.
Ce travail a pour objet de démontrer la réalité de cette influence tout en en déterminant les spécificités : son identité, son fonctionnement, mais aussi son but et certaines de ses techniques la distinguent des autres auteurs d’influence. Ensuite, cette recherche s’attache à vérifier l’adéquation de la qualification de groupe d’intérêt que revendique la maçonnerie. La démarche adoptée emprunte aux outils proposés par la sociologie juridique, l’influence de la maçonnerie apparaissant comme un phénomène social, comptant parmi les causes de ces lois. En outre, le recours aux données statistiques, comparatives, historiques, à l’entretien, ainsi qu’à la légistique a permis de pallier les lacunes qu’auraient laissées les seules recherches bibliographiques."
Et en voici la conclusion :
"La première question à laquelle notre étude nous imposait de répondre était celle de la réalité de l’influence maçonnique. Ainsi, après avoir identifié la maçonnerie comme un véritable auteur de pressions, disposant d’outils uniques mais non moins efficaces, nous avons démontré la cohérence de son œuvre législative. Celle-ci apparaît entièrement dévouée au service de la promotion de l’idéologie du progrès. Ensuite, une analyse des travaux préparatoires des principaux textes auxquelles elle a contribué, a permis de distinguer ses techniques spécifiques d’influence.
Ensuite, se posait la question de la qualification de cette influence dont la réalité ne pouvait plus être contestée. A cet égard, nous avons pu constater qu’elle revendiquait elle- même la qualification de lobby. Les causes de cette revendication résident essentiellement dans l’évolution qu’a connue cette pratique, passant d’un statut ingrat, teinté de suspicion, à un véritable facteur de légitimité de la présence d’acteurs externes aux côtés du législateur. La justification d’une telle affirmation devait donc être vérifiée. Nos développements nous ont permis de déterminer que si la maçonnerie n’apparaissait pas comme un auteur « classique » de pressions, elle appartenait néanmoins à la catégorie, croissante dans son importance, des lobbyistes idéologiques. L’enjeu de cette qualification aurait pu paraître dérisoire il y a quelques années, mais le besoin, toujours plus pressant, de transparence a donné naissance à un corps de règles applicables aux auteurs d’influence. Néanmoins, l’analyse qui précède aura permis de mettre en exergue, outre son caractère embryonnaire, l’inadéquation de ce régime à cette pratique particulière du lobbying.
La démonstration de la réalité d’une influence de la maçonnerie sous la Ve République et de son rattachement à la catégorie des groupes de pression à caractère idéologique gagne en intérêt si celle-ci ne fait pas que s’inscrire dans l’histoire. Or c’est là une question que soulève l’intérêt que la maçonnerie s’est toujours attachée à défendre. Une fois les grands chantiers qu’ont représenté la libéralisation sexuelle, les lois de bioéthique ou encore l’interdiction du port des signes religieux à l’école achevés, quelles conquêtes s’ouvrent encore à la maçonnerie ? En réalité, il apparaît que le législateur n’a pas toujours, sur ces points, totalement satisfait les maçons. En effet, alors que la question de la fin de vie est à nouveau débattue devant les assemblées, la maçonnerie souhaiterait que des dispositions plus libérales soient adoptées. La laïcité, également, ne semble pas totalement achevée. Certains territoires constituent des enjeux avoués de la maçonnerie actuelle, à l’instar de l’Alsace-Moselle, soumise aujourd’hui encore au Concordat, ou de Mayotte, où, comme l’écrit le professeur Michel VERPEAUX, « La départementalisation [...] organisée sur une longue période de vingt à trente ans [...] ne peut être assimilée à une sorte de coup de baguette magique qui transformerait la citrouille en carrosse. Des efforts d’adaptation sont nécessaires, qu’il s’agisse de l’établissement d’un état civil fiable, de l’extinction de l’activité judiciaire des cadis, de l’enseignement et de la maîtrise de la langue française [...] et de la place de la femme dans la société mahoraise. » Pour arriver à ses fins, elle devra surmonter un obstacle majeur, sa diversité, qui l’a parfois empêchée d’adopter une position unique, comme lors du débat relatif au mariage pour tous. En effet, bien qu’elle se vante de pouvoir livrer une réflexion échappant aux contingences politiques (immédiateté, fidélité à la ligne d’un parti...), elle est parfois rattrapée par ses clivages."
Source
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jeudi 18 mai 2017
mercredi 17 mai 2017
Bâtir la civilisation de l'Amour
La mission spécifique du chrétien dans le monde est de contribuer à l'édification de la civilisation de l'amour - pour reprendre une expression chère aux papes Paul VI et Jean-Paul II. Un chrétien engagé en politique doit l'avoir particulièrement à l'esprit.
Mais qu'est-ce à dire?
Une parole de Jean-Paul II peut nous aider à comprendre : "L'Eglise sait qu'aucune réalisation temporelle ne s'identifie avec le Royaume de Dieu - que toutes les réalisations ne font que refléter, et en un sens anticiper, la gloire du Royaume que nous attendons à la fin de l'histoire, lorsque le Seigneur reviendra. Mais cette attente ne pourra jamais justifier que l'on se désintéresse des hommes dans leur situation personnelle concrète et dans leur vie sociale, nationale et internationale, parce que celle-ci, - maintenant surtout - conditionne celle-là." (Jean-Paul II, Sollicitudo rei socialis, 1988)
Bâtir la civilisation de l'amour ne veut donc pas dire établir le Paradis sur la terre. "L'Eglise sait qu'aucune réalisation temporelle ne s'identifie avec le Royaume de Dieu..."
Le chrétien n'est pas millénariste - ni messianiste : il ne croit pas en la possibilité d'instaurer un monde parfait ici-bas. Il connait trop la fragilité de l'homme, ses limites, son péché. Il se méfie de tous ceux qui veulent faire l'ange, car l'expérience lui enseigne que "qui veut faire l'ange fait la Bête" comme disait Pascal.
Le chrétien est donc fondamentalement un réaliste. Il prend le monde tel qu'il est. Il sait qu'il ne le changera pas. Que l'homme restera toujours l'homme, avec ses grandeurs et ses bassesses. Que rien ni personne ne pourront rien y changer - sauf Dieu, au terme de notre parcours terrestre, à l'heure de notre divinisation.
Le chrétien en politique ne doit donc pas se tromper de combat.
Le Seigneur Jésus-Christ est venu pour sauver l'humanité et lui ouvrir les portes du ciel - non pour instaurer un régime politique sur la terre. Le dessein de Dieu sur le monde n'est pas politique. Ainsi, les préceptes divins communiqués à l'homme n'ont pas vocation à s'imposer à lui par la loi civile - ni leur transgression à être sanctionné pénalement par les tribunaux. En cela, le christianisme se distingue fondamentalement de l'islam. Il n'existe pas de Charia chrétienne.
La loi évangélique n'est pas destinée à devenir du droit positif ni à régir le comportement des hommes par la contrainte extérieure ; elle vise à transformer le coeur des hommes qui lui obéissent librement afin de les conformer davantage au Dieu vivant et de les prédisposer ainsi à recevoir le salut éternel au terme de leur pèlerinage terrestre.
Le christianisme distingue donc nettement ce qui relève de la vie religieuse, intérieure, spirituelle, et ce qui ressort de la vie politique, publique, temporelle. Dieu révèle à l'homme le chemin qui conduit au Ciel ; mais il ne nous donne aucune directive détaillée sur la manière de conduire la communauté des hommes sur cette terre. Nous avons suffisamment de ressources dans notre nature créée pour pouvoir exercer, dans la justice, notre mission de gouvernance de la terre (cf. Gn 1. 28). C'est du reste par cette mission déléguée ("Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l’avais reçu d’en haut", Jn 19. 11) que nous sommes véritablement à l'image de Dieu.
Cela dit : distinction ne signifie pas séparation. Comme le corps ne peut vivre séparé de l'âme, l'ordre politique ne peut se déployer en roue libre indépendamment de l'ordre religieux - ni a fortiori contre l'ordre religieux. Laisser la politique divaguer loin de l'ordre religieux ou s'en émanciper complètement exposerait l'humanité à tous les dangers. Car l'homme est un être religieux. Privé de son gouvernail religieux, il pourrait bien vite devenir inhumain.
Notre foi, qui nous commande de ne rien entreprendre pour établir la Cité parfaite sur la terre (en raison de son irréalisme dans l'état actuel de notre condition), nous sollicite vigoureusement afin que l'on ne "se désintéresse [pas] des hommes dans leur situation personnelle concrète et dans leur vie sociale, nationale et internationale." Il ne s'agit pas pour un chrétien de vouloir imposer ses convictions religieuses à des gens qui n'en veulent pas, mais au nom de ses convictions religieuses, et mû par elles, de contribuer activement au mieux-être terrestre des hommes qui, s'il n'est pas une fin en soi, est néanmoins souhaité par Dieu qui veut le bien de tous ses enfants.
Notre foi, qui nous commande de ne rien entreprendre pour établir la Cité parfaite sur la terre (en raison de son irréalisme dans l'état actuel de notre condition), nous sollicite vigoureusement afin que l'on ne "se désintéresse [pas] des hommes dans leur situation personnelle concrète et dans leur vie sociale, nationale et internationale." Il ne s'agit pas pour un chrétien de vouloir imposer ses convictions religieuses à des gens qui n'en veulent pas, mais au nom de ses convictions religieuses, et mû par elles, de contribuer activement au mieux-être terrestre des hommes qui, s'il n'est pas une fin en soi, est néanmoins souhaité par Dieu qui veut le bien de tous ses enfants.
mardi 16 mai 2017
Le catholique en politique est libre
Le catholique en politique est un homme libre.
Libre parce qu'il relativise les affaires humaines. "Mon Royaume n'est pas de ce monde" dit Jésus (Jn 18. 36). En conséquence : "Il faut rendre à César ce qui est à César" (Mt 22. 21). L'Evangile nous informe que la politique relève de la compétence humaine, non de Dieu. "Qui donc m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages ?" (Lc 12. 14).
Dieu a créé l'homme libre et doté d'une nature raisonnable. Il est capable par ses facultés naturelles de discerner ce qui est bon pour l'homme et pour la communauté. Il est capable de prendre soin du Jardin que Dieu lui donne à cultiver. Il n'a pas besoin qu'on le prenne par la main pour cela. Dieu est Père. Il n'est pas paternaliste. Il ne travaille pas à notre place.
Dieu nous enseigne ainsi la liberté. Il laisse l'homme à son propre conseil pour la gestion de ses propres affaires - non qu'il s'efface comme la mer se retire pour faire apparaître la terre ferme, mais Il suscite lui-même cette liberté humaine, il la pose dans l'être, donnant aux hommes les moyens de se gouverner eux-mêmes.
La nature fournit à l'homme tout ce qu'il faut pour ne pas avoir à solliciter l'aide surnaturelle de Dieu - comme dans le domaine de l'activité philosophique. Mais Dieu reste disponible aux sollicitations des hommes, à cause de sa grande miséricorde, jusque dans la conduite des affaires temporelles.
Dieu écoute les prières :
>> la prière de l'homme public en proie au doute face aux responsabilités du gouvernement des hommes - "Donne à ton serviteur un cœur attentif pour qu’il sache gouverner ton peuple et discerner le bien et le mal ; sans cela, comment gouverner ton peuple, qui est si important ?" (1 R 3. 9) ;
>> la prière de la communauté de l'Eglise intercédant pour les dirigeants politiques : "J'insiste avant tout pour qu'on fasse des prières de demande, d'intercession et d'action de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d'Etat et tous ceux qui ont des responsabilités afin que nous puissions mener notre vie dans le calme et la sécurité." (1 Tm 2, 1-2).
Mais quand Dieu agit à la demande des hommes, il ne procède pas par voie de miracles - sauf exceptions - ni de contrainte, mais en éclairant d'une lumière infuse l'intelligence de l'homme, en fortifiant sa volonté, en libérant sa liberté. Bref, en l'aidant à advenir davantage ce qu'il est.
La catholique est aussi un homme libre par rapport aux soucis du monde parce que sa boussole est celle de l'Evangile et de la doctrine inspirée de l'Eglise - il reste donc indépendant vis-à-vis des constructions de pensée élaborées par les hommes. Il ne sacrifie pas aux idoles et garde constamment son esprit critique en éveil. Par nature, le catholique est appelé à s'engager - à donner de son temps, de ses talents, de sa vie. Mais pas au point de dissoudre sa personnalité ni son originalité chrétienne. "Le catholique n'est pas un militant embrigadé" affirmait récemment Mgr Rey.
Le catholique en politique ne cesse d'être un catholique en mission d'évangélisation. Sa vocation fondamentale est de rendre témoignage au Christ en quelque manière. Le baptisé confirmé est toujours en service commandé, même dans ses activités les plus profanes. Car il n'est pas situation qui ne soit l'occasion d'aimer et de rendre témoignage à la vérité (Jn 18. 37).
lundi 15 mai 2017
La politique, c'est la charité en acte
Puisque le monde dans lequel nous vivons n'est pas la patrie définitive, le chrétien est invité à s'en détacher. Ses principales ressources, il doit les consacrer à la Cité céleste dont il est devenu citoyen par le baptême. "Tendez vers les réalités d'en haut, et non pas vers celles de la terre." (Col 3. 2) Son principal effort consistera à aimer - Dieu et ses frères -, à développer ses capacités d'amour pour ressembler chaque jour un peu plus à son divin modèle Jésus-Christ.
Mais se détacher du monde ne veut pas dire le mépriser, le rejeter, le fuir. Au contraire : c'est dans le monde que le chrétien est appelé à vivre du Ciel. C'est dans le monde qu'il est appelé à aimer ses frères et à les servir. C'est le monde même qui est le lieu de son apprentissage de l'amour - non le désert ou le cloître (sauf vocation spéciale). "Je ne prie pas pour que tu les retires du monde, mais pour que tu les gardes du Mauvais. Ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi, je n’appartiens pas au monde." (Jn 17. 15-16)
Le chrétien ne peut donc pas se désintéresser de la politique - au sens noble du terme -, car la politique est un service rendu aux hommes - l'exercice d'un amour de Charité. La politique, c'est la Charité en acte en tant qu'elle s'intéresse au sort des hommes pris collectivement et à leur avenir commun.
L'homme est un animal social ; il est dans sa nature de s'unir à d'autres hommes et de se constituer en communautés (familles, entreprises, nations...). On ne peut donc aimer les hommes en vérité si on n'aime pas les communautés qu'ils forment ensemble et desquelles ils reçoivent une part de leur identité personnelle - un part de leur être. Se mettre au service d'une communauté humaine, chercher son bien, c'est se mettre au service des tous les hommes qui la composent, c'est vouloir leur bien à tous, personnellement.
L'action politique chez le chrétien participe donc de son élan d'amour vers le monde, de la geste du Christ le soir du Jeudi Saint qui se ceint d'un linge pour laver les pieds de ses disciples. S'engager en politique pour un chrétien, c'est se faire le serviteur de tous à l'image du Christ. "Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir" (Mc 10. 45).
C'est la raison pour laquelle "être catholique, ce n'est pas être politiquement neutre", comme le rappelait récemment Mgr Dominique Rey. Un catholique vivant dans la Cité ne peut être indifférent à la Chose publique. L'idée qu'il se fait de l'homme et du Bien commun le conduit à exercer un jugement sur la manière dont sont conduites les affaires publiques ; et il ne lui est pas défendu - bien au contraire - de prendre parti pour tel homme politique ou telle formation lui paraissant s'en rapprocher le plus.
Mais le catholique dans la Cité doit être lucide. Les erreurs et le péché se nichent dans toute oeuvre humaine. Aucune doctrine politique n'est parfaite - ni aucun acteur de la vie politique. Il faut donc composer avec l'ivraie. Sans se laisser étouffer par elle.
Mais le catholique dans la Cité doit être lucide. Les erreurs et le péché se nichent dans toute oeuvre humaine. Aucune doctrine politique n'est parfaite - ni aucun acteur de la vie politique. Il faut donc composer avec l'ivraie. Sans se laisser étouffer par elle.
dimanche 14 mai 2017
samedi 13 mai 2017
vendredi 12 mai 2017
Aimer le monde - mais non pas l'adorer
Dieu seul est l'Être absolu - en Lui seul réside la plénitude de la vie, de la joie, de la vérité, de l'amour. Lui seul mérite d'être adoré - car Il est l'unique Incréé. Tous les autres êtres procèdent de Lui par Création ; reçoivent de Lui l'existence et leur nature ; se trouvent dans un lien de dépendance ontologique avec Lui.
Aussi, toutes les réalités créées sont contingentes et relatives. Aucune ne peut être absolutisée. L'absolutisation de quelque réalité finie constitue le péché d'idolâtrie dans la Bible - contre lequel tonitruent les prophètes d'Israël à longueur de pages.
Un catholique désireux de se situer dans la Cité aura donc à coeur de ne pas rechercher dans la politique la solution à tous les maux et tous les problèmes. Car la politique n'est pas tout - et tout n'est pas politique. Aucune idéologie, aucune doctrine d'aucune sorte ne remédiera jamais à toutes les difficultés de notre pauvre humanité - toutes sont irrémédiablement marquées du sceau de la limite. Le catholique devra faire des choix - et aucun de ceux qu'il pourra faire ne sera pleinement satisfaisant. La perfection n'est pas de ce monde.
Cette affirmation de l'Absoluité de Dieu et de la relativité contingente du monde nous permet de comprendre en quoi réside le juste rapport au monde.
1. Nous devons aimer le monde
Puisque le monde est l'Oeuvre de Dieu, nous devons le recevoir avec gratitude comme un don de son Amour.
Nous devons le contempler, le scruter, chercher à le mieux connaître, à le mieux comprendre ; dégager les lois immanentes qui le régissent ; l'ausculter, l'écouter ; le respecter ; le penser - à partir des données concrètes et objectives qu'il nous livre.
Et puisque Dieu nous le confie, nous devons le garder : nous en sommes les gérants - les responsables.
Toute pensée fondée sur la haine du monde tel qu'il est ; toute philosophie articulée sur le primat de la culture et le déni de la nature ; toute idéologie visant à transformer radicalement le monde au mépris de ses lois ; sont irrecevables pour un catholique.
Car "Dieu a tant aimé le monde..." (Jn 3. 16)
2. Nous ne devons pas adorer le monde
Pour autant, nous ne devons pas idolâtrer le monde. Nous devons l'aimer - non pas l'adorer. Car le monde n'est pas Dieu. Il est imparfait, inachevé. Il est criblé de défauts. Cette situation s'est aggravée depuis la faute originelle de nos premiers parents. Depuis lors, "toute la création a été soumise au pouvoir du néant" (Rm 8. 20).
Le monde reste fondamentalement bon - puisque créé et voulu par Dieu ; mais il est désormais cassé, abîmé : il n'est plus le monde que Dieu avait imaginé pour l'homme - ce monde qui était sorti de Ses main à l'aube de la Création.
Le catholique ne doit donc pas considérer les évolutions du monde comme nécessairement bonnes en soi. Qu'il s'agisse par exemple de la mondialisation de l'économie ou de la libéralisation des moeurs, les phénomènes ne doivent pas être considérés a priori comme bénéfiques au seul motif qu'ils sont portés par le courant de l'histoire. Ils doivent être jugés à l'aune de la raison et de l'amour. Et s'il apparaît que tel phénomène conduit l'homme sur une mauvaise voie, alors il devra être corrigé.
L'homme a le pouvoir d'influer sur le cours des événements et de changer les mentalités. Que l'on songe par exemple à la loi Evin qui a bouleversé en profondeur nos habitudes en matière de tabagisme sur le lieu de travail. Ou à l'abolition de la peine de mort par François Mitterrand au début des années 1980 alors qu'une majorité de Français y était hostile : aujourd'hui, ce n'est plus le cas - les Français se sont faits à l'idée. Le corps social s'est adapté à ces nouvelles normes - non parce qu'elles étaient imposées d'en haut mais parce qu'elles étaient bonnes, conformes à la nature de l'homme.
Le catholique récusera donc tout fatalisme dans le domaine politique.
Il cherchera le vrai bien de l'homme et de la société.
Il se refusera à subir, résigné et impuissant, les évolutions pernicieuses.
Parce qu'il aime le monde, il ne cherchera pas à en bouleverser la structure fondamentale.
Parce qu'il n'absolutise pas le monde, il cherchera à l'améliorer autant que possible.
jeudi 11 mai 2017
Il n'y a d'absolu qu'en Dieu seul
Ce qu'il y a de plus fondamental en moi, c'est mon identité catholique. Elle prime sur toutes les autres composantes de ma personne - puisqu'à la racine de mon être, il y a Dieu, mon Créateur, duquel je reçois par le Christ et dans l'Esprit mon corps, mon âme, mon esprit ; mes dons, mes talents, mes charismes ; ma vocation, ma liberté et toute ma vie (ma famille, mes amis, mon métier ; mes inclinations intellectuelles et spirituelles ; toute mon histoire).
"Ne vous y trompez pas, mes frères bien-aimés, les présents les meilleurs, les dons parfaits, proviennent tous d’en haut, ils descendent d’auprès du Père des lumières, lui qui n’est pas, comme les astres, sujet au mouvement périodique ni aux éclipses." (Jacques 1. 16-17)
C'est à partir de cette Source fondamentale que je me situe dans la vie et particulièrement dans la Cité. Toutes mes pensées les plus profondes (métaphysiques, philosophiques, politiques - et bien entendu théologiques) sont le fruit de mon intimité avec le Christ et font écho au murmure de ma conscience façonnée au fil des ans par l'Evangile.
De là me vient l'idée qu'il n'y a d'absolu qu'en Dieu seul et que toutes les réalités créées sont contingentes. Toutes doivent être relativisées.
Je n'idolâtre par conséquent aucune réalité terrestre, naturelle, humaine : ni aucun régime politique, ni aucune appartenance naturelle, ni aucun parti politique, ni aucun homme, pas même les membres de ma propre famille. "Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi, et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi." (Mt 10. 37)
Aucun être d'aucune sorte - sinon Dieu - ne possède en soi la plénitude et ne peut rassasier complètement le coeur de l'homme - notre aspiration à la vie, à la joie, au bonheur. Il ne faut donc pas attendre des créatures ce qu'elle ne peuvent donner. Mais nous devons apprendre à les aimer, non seulement en raison de la satisfaction qu'elles nous procurent - et que nous recherchons en elles pour l'épanouissement de notre être -, mais parce qu'elles nous viennent de Dieu et nous sont un don de Dieu. Nous devons les recevoir comme un cadeau du Ciel, avec reconnaissance ; en prendre soin ; désirer leur bien ; et y contribuer autant que possible, pour apporter notre petite pierre à l'édification d'un monde plus juste, plus paisible, plus fraternel.
Puisqu'aucune réalité humaine n'est adorable : sur le plan politique, je n'idolâtre ni la République ni la France ; ni le parti au sein duquel je me suis engagé, ni ses responsables ; ni aucun penseur, ni aucune de mes réflexions personnelles. Car il n'y a de Solide, de Consistant, de Vérité - au sens absolu - qu'en Dieu seul. Tout le reste est frappé de précarité, d'incomplétude, d'imperfection et même de péché. Il y a du bon grain et de l'ivraie en toute réalité humaine - et c'est inextricablement mélangé.
Il est donc vain de chercher à établir le Paradis sur la terre. La vraie patrie, elle est au Ciel. En l'état actuel de la condition humaine, le bonheur parfait est inaccessible. C'est dans le contact spirituel avec Dieu qu'on peut y approcher et en saisir la promesse. Mais aussi longtemps que durera ce monde, il y aura le mystère du mal : des injustices, de la misère, de la pauvreté, des conflits, des guerres. Toutes les tentatives idéologiques de mettre un terme à la dimension tragique de l'existence, de faire table rase du passé pour bâtir un "monde nouveau" et façonner un "homme nouveau", se sont soldées par un échec sanglant : celui des grands totalitarismes du siècle passé qui se sont abîmés dans le chaos d'une barbarie inhumaine.
Il est important, me semble-t-il, d'avoir cela en perspective lorsque l'on veut réfléchir à l'organisation de la Cité et penser Politique.
mercredi 10 mai 2017
Catholique d'abord
Puisque l'actualité politique nous fournit un répit, je voudrais commencer à me présenter et à vous entretenir du présent blog.
J'ai intitulé ce site "Catholi-cité - Un catholique dans la cité". Car c'est en tant que citoyen catholique que je pense et entends ici m'exprimer.
Ce qu'il y a de plus fondamental en moi, par-delà mes convictions politiques, c'est mon identité catholique. Je suis catholique, d'abord et avant tout. Car au principe de mon être, avant même toute appartenance familiale, régionale, nationale, il y a Celui qui est à la source de mon existence et qui a fait de moi ce que je suis : Dieu, le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ, le Créateur de toutes choses.
C'est de Dieu que j'ai reçu "la vie, le mouvement et l'être" (Actes 17. 28) ; c'est Lui qui m'a donné ma famille ; qui m'a fait naître dans ce pays, à cette époque ; c'est à Lui que je dois tout de ce que je suis, tout ce que j'ai - et c'est Lui que j'aime et adore avant toute chose et par dessus tout. Sans Lui, je ne serais rien.
Le Dieu en lequel je crois est le Dieu personnel que la raison humaine découvre naturellement par l'expérience et le raisonnement logique s'appliquant à penser la réalité objective - ce qu'a admirablement démontré un auteur comme Claude Tresmontant.
Le Dieu en lequel je crois est le Dieu qui s'est révélé progressivement au peuple d'Israël, par les patriarches et les prophètes ; puis de manière définitive et indépassable en Jésus-Christ, le Fils éternel, "rayonnement de la gloire de Dieu, expression parfaite de son être" (He 1. 3).
Je crois en Jésus-Christ, vrai homme et vrai Dieu, mort et ressuscité pour le Salut de tous les hommes afin de nous arracher à l'esclavage du péché et de "nous délivrer de la puissance des ténèbres". En lui, "nous avons la rédemption, la rémission des péchés" (Col 1. 13).
Le Dieu en lequel je crois est donc fondamentalement Amour. "Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé." (Jn 3. 16-17).
En vertu de cette foi chrétienne, je crois en l'inspiration des Saintes Ecritures et tient la Bible comme authentique Parole de Dieu - avec la Tradition qui en est la source et le courant porteur.
Je crois dans le don du Saint Esprit aux disciples du Christ au jour de la Pentecôte et par suite, dans le caractère surnaturel de l'Eglise catholique fondée par Jésus-Christ sur l'Apôtre Pierre : "Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle." (Mt 16. 18). Je crois donc au charisme d'infaillibilité de l'Eglise pour interpréter la Parole de Dieu, et dans l'autorité de son Magistère (l'enseignement du Pape - successeur de Saint Pierre sur le siège apostolique de Rome - et des évêques unis à lui) : "Et moi, dit le Christ ressuscité, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde." (Mt 28. 20) "Qui vous écoute m'écoute" déclarait encore le Seigneur à ses Apôtres (Lc 10. 16).
La base, pour un penseur catholique, ce sont donc : les Saintes Ecritures, la Tradition de l'Eglise (notamment la Tradition interprétative de la Bible) et les textes officiels du Magistère, notamment le Catéchisme de l'Eglise catholique et - pour le propos qui nous intéresse sur ce blog - le fonds constituant la doctrine sociale de l'Eglise récemment synthétisée dans un Compendium que tout honnête homme devrait avoir dans sa bibliothèque.
Le Figaro vient ensuite... :)
mardi 9 mai 2017
Refonder la droite nationale
Marion Maréchal Le Pen vient d'annoncer sa décision de se retirer pour un temps de la vie politique.
C'est évidemment bien triste pour tous ceux - dont je suis - qui l'aimaient beaucoup et voyaient en elle une nouvelle Jeanne d'Arc.
J'ai toujours été frappé pour ma part de son immense popularité, bien au-delà des frontière du Front national. Je me souviens en particulier de l'ovation reçue à la conférence de Philippe de Villiers à Versailles le 16 décembre 2016 à laquelle elle avait tenue à participer. C'est la première fois que je voyais un Le Pen acclamé en dehors d'une enceinte Front national! J'avais remarqué aussi la très grande courtoisie des journalistes à son égard, qui contrastait avec l'extrême dureté qu'ils manifestaient habituellement à l'égard de Jean-Marie ou de Marine.
Dans l'esprit de beaucoup, Marion Maréchal-Le Pen incarnait indubitablement l'avenir du Front national - voire l'avenir de la France. Son retrait de la vie politique - officiellement pour des motifs d'ordre personnel - fait donc l'effet d'un électrochoc dans les milieux nationaux.
Pourtant, comme je l'ai écrit le soir du 7 mai, la défaite cuisante de Marine au second tour de l'élection présidentielle doit conduire à une remise en question de la stratégie et des hommes qui assument aujourd'hui une responsabilité dans cet échec.
Malgré tous les efforts consentis par Marine Le Pen pour dédiaboliser le Front national, il apparaît évident aujourd'hui que les noms de "Le Pen" et de "Front national" restent un repoussoir. C'est bien entendu injuste et regrettable - un signe manifeste de l'immaturité politique de nombre de nos concitoyens. Il n'empêche. Il faut en prendre acte.
Le Front national doit renoncer à son nom pour adopter une appellation moins guerrière et plus rassembleuse. On est certes ici dans l'ordre du symbolique. Mais c'est important. Le nom dit quelque chose de l'être que l'on nomme - et ce ne sont pas les chrétiens qui me démentiront! :)
Le Front doit renoncer aussi à mon avis, au moins pour un temps, aux Le Pen. Chacun sait ce que le courant national doit à Jean-Marie, puis à Marine Le Pen. L'un et l'autre ont fait émerger le Mouvement national du néant pour le conduire jusqu'aux plus hauts sommets. Nous leur en garderons une gratitude éternelle. Mais après 45 ans d'exercice du pouvoir au sein du FN, il y a clairement besoin de renouveau et de sang neuf. Pour grandir et vivre sa vie d'homme, un enfant doit quitter son père et sa mère. Il est temps, me semble-t-il, que la droite nationale s'émancipe de la famille Le Pen pour se développer et s'épanouir.
L'expérience que Marion accumulera dans le monde de l'entreprise ne pourra que lui être bénéfique - elle profitera un jour aussi au Mouvement national. Parmi les causes de la défaite sans doute trouve-t-on aussi un discours politique trop politicien et insuffisamment enraciné dans les réalités de la vie quotidienne. Un ressourcement pour quelques années dans la vie civile ne pourra que bonifier une Marion que l'on reverra assurément jouer un rôle politique majeur en France. Je lui vois un destin et peut-être sera-ce elle qui conduira finalement la droite nationale à la victoire.
En attendant, il faut travailler à la refondation du FN pour en faire une authentique force de gouvernement - ce qu'il fut à l'époque de Bruno Mégret, mais ce qu'il a cessé d'être après que nombre de ses cadres soient partis avec le "félon".
Pour cela, il faudra revoir la ligne politique et procéder à un rééquilibrage en remettant l'immigration et les enjeux démographiques au centre du projet politique, et en rétablissant le volet sur la politique familiale et le combat pour les valeurs.
Pour autant, je ne suis pas d'accord avec Robert Ménard pour renoncer à la sortie de l'euro et faire l'impasse sur l'économique et le social. Sur le plan de la stratégie purement politicienne, ce serait contre-productif puisque l'euro cristallise - à juste titre - le mécontentement des Français bien au-delà des clivages ordinaires. Vers qui se tourneraient ces électeurs hostiles à l'euro si le FN s'y ralliait - contre toute raison, car une politique authentiquement nationale ne peut être autrement que souveraine? C'est le mérite de Florian Philippot que de l'avoir compris.
Pour aller plus au fond : le Front national doit présenter un programme économique solide, cohérent et réellement alternatif au libéralisme mondialiste. Il doit à mon avis préconiser un libéralisme national, seul à même de garantir une politique sociale généreuse et solidaire. Mais dans son essence, ce libéralisme-là est en opposition avec la politique de l'Union européenne. Les tensions seront donc inévitables - et le bras de fer inéluctable. N'en déplaise à Robert Ménard, on ne pourra pas faire l'économie d'une confrontation avec l'UE. Ce qui effraiera toujours les pusillanimes.
On peut certes envisager de différer la sortie de l'euro. Proposer un premier contrat aux Français excluant la sortie de l'euro - pour un premier quinquennat par exemple. Puis, dans le cas où le premier contrat aurait donné satisfaction, suggérer un second qui inclurait, lui, la sortie de l'euro. Mais cela suppose deux choses :
1°) que l'UE consente au libéralisme national de la France (ce qui est douteux) de manière à ce que nous puissions décider librement par exemple de nos tarifs douaniers (autrement dit : que l'UE puisse survivre aux revendications nationales d'un de ses principaux Etats-membres - étant entendu que si ça n'était pas le cas, alors c'en serait fini de l'UE, et donc de l'euro) ;
2°) dans l'hypothèse où la première condition serait remplie : que l'euro existe encore au moment où le second contrat serait proposé aux Français (ce qui est encore plus douteux : l'euro finira par exploser tout seul, ce qui est la plus mauvaise manière d'en finir avec la monnaie unique, mais réglera une bonne fois les problèmes métaphysiques de la droite nationale à ce sujet).
lundi 8 mai 2017
Soirée électorales du 2e tour des élections présidentielles sur TV Libertés
La vidéo commence à 23'30. Des analyses originales, comme vous n'en avez pas entendu hier soir sur les chaînes de TV.
dimanche 7 mai 2017
Réflexions après la défaite
Triste soirée pour la France.
Les Français ont voté à contre-coeur pour la continuation de la politique de François Hollande en apportant massivement leurs suffrages à Emmanuel Macron. Il sont tombés dans le piège de l'épouvantail fasciste qu'on leur a brandi tout au long de cette campagne du second tour. Il y a donc une part non négligeable du vote des Français qui procède de l'irrationnel, et a lourdement pesé sur le résultat final de cette élection.
Marine Le Pen a annoncé une "transformation profonde" du Front national. Je pense qu'il faudra y songer en effet. Sa réaction manifeste bien que le problème se situe prioritairement de ce côté là.
Le changement de nom ne suffira pas. Il faudra revoir la ligne politique et l'équipe dirigeante. Quel que soit le mérite de Marine Le Pen dans l'essor du Front national depuis 2011, elle a affiché clairement ses limites au cours de cette campagne du second tour. Ses faiblesses ont éclaté au grand jour lors du débat de l'entre-deux tour. Peut-être son avenir politique est-il mort en ce sinistre soir du 3 mai.
Le Front national doit dorénavant se fixer un objectif, un seul : s'attacher à devenir une force politique de gouvernement. Il ne suffit pas d'avoir raison. Il faut être capable de diriger le pays.
Marine doit-elle céder sa place de Présidente du Front national? Je pense que oui. La jeune Marion doit-elle lui succéder? Je n'en suis pas sûr. Elle est extrêmement jeune et peut-être le FN doit-il faire une pause avec les Le Pen. Nous avons besoin d'une figure nouvelle, compétente, crédible, séduisante. Je songe ce soir à Jean Messiha qui pourrait avoir l'étoffe d'un leader, et dont les origines égyptiennes pourrait désarçonner les professionnels de l'anti-racisme. Mais peut-être est-il trop récent au FN? Je pense aussi à Nicolas Dupont-Aignan qui pourrait prendre le leadership d'une droite nationale rénovée et plus gaullienne.
Marine doit-elle céder sa place de Présidente du Front national? Je pense que oui. La jeune Marion doit-elle lui succéder? Je n'en suis pas sûr. Elle est extrêmement jeune et peut-être le FN doit-il faire une pause avec les Le Pen. Nous avons besoin d'une figure nouvelle, compétente, crédible, séduisante. Je songe ce soir à Jean Messiha qui pourrait avoir l'étoffe d'un leader, et dont les origines égyptiennes pourrait désarçonner les professionnels de l'anti-racisme. Mais peut-être est-il trop récent au FN? Je pense aussi à Nicolas Dupont-Aignan qui pourrait prendre le leadership d'une droite nationale rénovée et plus gaullienne.
samedi 6 mai 2017
CDF - Note doctrinale concernant certaines questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique
CONGRÉGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI
NOTE DOCTRINALE
concernant certaines questions sur
concernant certaines questions sur
l’engagement et le comportement
des catholiques dans la vie politique
des catholiques dans la vie politique
La Congrégation pour la Doctrine de la Foi, après avoir pris, entre autres, l’avis du Conseil pontifical pour les Laïcs, a jugé opportun de publier la présente «Note doctrinale concernant certaines questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique». Cette Note est adressée aux évêques de l’Église catholique, et de manière spéciale aux hommes politiques catholiques ainsi qu’à tous les fidèles laïcs appelés à participer à la vie publique et politique dans les sociétés démocratiques.
I. Un enseignement constant
1. En deux mille ans d’histoire, l’engagement des chrétiens dans le monde s’est réalisé sous des formes diverses. L’une d’entre elles a été la participation à l’action politique : les chrétiens, affirmait un écrivain ecclésiastique des premiers siècles, «participent à la vie publique comme citoyens»[1]. Parmi ses saints, l’Église vénère beaucoup d’hommes et de femmes qui ont servi Dieu par leur engagement généreux dans les activités politiques et gouvernementales. L'un d'entre eux, saint Thomas More, proclamé Patron des responsables de gouvernement et des hommes politiques, a su témoigner jusqu’à la mort de «la dignité inaliénable de la conscience»[2]. Bien que soumis à diverses formes de pressions psychologiques, il a refusé tout compromis et, sans renier «sa constante fidélité à l’autorité et aux institutions légitimes» qui l’avait distingué, il a affirmé par sa vie et par sa mort que l'«on ne peut séparer l’homme de Dieu, ni la politique de la morale»[3].
Les sociétés démocratiques actuelles, dans lesquelles, à juste titre, tous sont appelés à participer à la gestion des affaires publiques dans un climat de vraie liberté[4], requièrent des formes nouvelles et plus larges de participation à la vie publique de la part des citoyens, qu’ils soient chrétiens ou non. En effet, tous peuvent contribuer, par leur vote, à l’élection des législateurs et des responsables de gouvernement, et, par d’autres moyens aussi, à l’élaboration des orientations politiques et des choix législatifs qui, selon eux, servent le mieux le bien commun[5]. Dans un système politique démocratique, la vie ne pourrait se dérouler de manière profitable sans un engagement actif, responsable et généreux de tous. Encore que cela implique «une grande diversité et complémentarité de formes, de niveaux, de tâches et de responsabilités»[6].
En accomplissant leurs devoirs civils normaux, «guidés par leur conscience chrétienne»[7], selon les valeurs conformes à cette conscience, les fidèles réalisent aussi la tâche qui leur est propre d’animer chrétiennement l’ordre temporel, tout en en respectant la nature et la légitime autonomie[8], et en coopérant avec les autres citoyens, selon leur compétence spécifique et sous leur propre responsabilité[9]. Il résulte de cet enseignement fondamental du Concile Vatican II que «les fidèles laïcs ne peuvent absolument pas renoncer à la participation à la ‘politique’, à savoir à l’action multiforme, économique, sociale, législative, administrative, culturelle, qui a pour but de promouvoir, organiquement et par les institutions, le bien commun»[10]. Ce bien commun inclut la défense et la promotion de réalités telles que l’ordre public et la paix, la liberté et l’égalité, le respect de la vie humaine et de l’environnement, la justice, la solidarité, etc.
La présente Note ne prétend pas proposer de nouveau l’intégralité de l’enseignement de l’Église en la matière, qui est d’ailleurs repris dans ses lignes essentielles dans le Catéchisme de l’Église catholique, mais elle veut simplement rappeler quelques principes propres à la conscience chrétienne qui inspirent l’engagement social et politique des catholiques dans les sociétés démocratiques [11]. Et cela parce que, ces derniers temps, souvent par suite du cours rapide des événements, sont apparues des orientations ambiguës et des positions contestables, qui rendent utile la clarification de dimensions et d’aspects importants d’une telle question.
II. Quelques points-clés dans le débat culturel et politique actuel
II. Quelques points-clés dans le débat culturel et politique actuel
2. La société civile se trouve aujourd’hui dans un processus culturel complexe qui signe la fin d’une époque et l’incertitude pour celle qui se profile à l’horizon. Les grandes conquêtes auxquelles on assiste invitent à vérifier quel chemin positif l’humanité a parcouru dans le progrès et dans l’acquisition de conditions de vie plus humaines. La croissance de responsabilité vis-à-vis de pays encore en voie de développement est évidemment un signe de grande importance qui montre une sensibilité grandissante pour le bien commun. Mais en même temps, il n’est pas possible de passer sous silence les graves dangers vers lesquels certaines tendances culturelles voudraient orienter les législations, et par voie de conséquence les comportements des futures générations.
On constate aujourd’hui un certain relativisme culturel qui se manifeste de manière évidente en érigeant en théorie et en défendant le pluralisme éthique, qui est la preuve de la décadence et de la dissolution de la raison et des principes de la loi morale naturelle. Dans la ligne de cette tendance, il n’est malheureusement pas rare de rencontrer, dans des déclarations publiques, des assertions qui soutiennent qu’un tel pluralisme éthique est la condition de la démocratie[12]. Il en résulte que, d’une part, les citoyens revendiquent la plus complète autonomie pour leurs choix moraux, tandis que, de l’autre, les législateurs pensent qu’il faut respecter cette liberté de choix, en formulant des lois qui font fi des principes de l’éthique naturelle pour se montrer indulgent uniquement envers certaines orientations culturelles ou morales transitoires[13], comme si toutes les conceptions possibles de la vie avaient une égale valeur. En même temps, en s’appuyant de façon trompeuse sur la valeur de la tolérance, on demande à une bonne partie des citoyens – et notamment aux catholiques – de renoncer à participer à la vie sociale et politique de leur pays selon la conception de la personne et du bien commun qu’ils pensent humainement vraie et juste, qui serait à mettre en œuvre par les moyens licites que le système juridique démocratique met de façon égale à la disposition de tous les membres de la communauté politique. L’histoire du XXe siècle suffit à montrer que les citoyens qui ont raison sont ceux qui jugent totalement fausse la thèse relativiste selon laquelle il n’existe pas une norme morale enracinée dans la nature même de l’homme, au jugement de laquelle doit se soumettre toute conception de l’homme, du bien commun et de l’État.
3. Cette conception relativiste du pluralisme n’a rien à voir avec la légitime liberté qu’ont les citoyens catholiques de choisir, parmi les opinions politiques compatibles avec la foi et la loi morale naturelle, celle qui, selon leur propre critère, correspond le mieux aux exigences du bien commun. La liberté politique n’est pas fondée, et ne peut pas l’être, sur l’idée relativiste selon laquelle toutes les conceptions du bien de l’homme ont la même vérité et la même valeur, mais sur le fait que les activités politiques visent, pour chaque cas, à la réalisation extrêmement concrète du vrai bien humain et social, dans un contexte historique, géographique, économique, technologique et culturel bien déterminé. La réalisation concrète et la diversité des circonstances engendrent généralement une pluralité d’orientations et de solutions, qui doivent toutefois être moralement acceptables. Il n’appartient pas à l’Église de formuler des solutions concrètes – et encore moins des solutions uniques – pour des questions temporelles que Dieu a laissées au jugement libre et responsable de chacun, bien qu’elle ait le droit et le devoir de prononcer des jugements moraux sur des jugements temporels, lorsque la foi et la loi morale le requièrent[14]. Si les chrétiens sont tenus «de reconnaître la légitime multiplicité et diversité des options temporelles»[15], ils sont également appelés à s’opposer à une conception du pluralisme marquée par le relativisme moral, qui est nuisible pour la vie démocratique elle-même, celle-ci ayant besoin de fondements vrais et solides, c’est-à-dire de principes éthiques qui, en raison de leur nature et de leur rôle de fondement de la vie sociale, ne sont pas «négociables».
En ce qui concerne le militantisme politique concret, il faut noter que le caractère contingent de certains choix en matière sociale, le fait que diverses stratégies sont souvent possibles pour réaliser ou garantir une même valeur substantielle de fond, la possibilité d’interpréter de manière différente certains principes fondamentaux de la théorie politique, ainsi que la complexité technique d’une bonne partie des problèmes politiques, tout cela explique le fait qu’il y ait en général une pluralité de partis à l’intérieur desquels les catholiques puissent choisir de militer, pour exercer – surtout à travers la représentation parlementaire – leurs droits et leurs devoirs dans la construction de la vie civile de leur pays [16]. Ce constat évident ne peut cependant se confondre avec un pluralisme indéterminé dans le choix des principes moraux et des valeurs fondamentales auxquels on se réfère. La légitime pluralité des options temporelles garde intacte la source d’où provient l’engagement des catholiques dans la politique, et cette dernière se réfère directement à la doctrine morale et sociale chrétienne. C’est à cet enseignement que les laïcs catholiques doivent toujours se conformer pour avoir la certitude que leur participation à la vie politique est empreinte d’une responsabilité cohérente à l’égard des réalités temporelles.
L’Église a conscience que si, d’une part, le chemin de la démocratie exprime au mieux la participation directe des citoyens aux choix politiques, d’autre part, il n’est possible que dans la mesure où il est fondé sur une juste conception de la personne[17]. Sur ce principe, l’engagement des catholiques ne peut tolérer aucun compromis, car, autrement, le témoignage de la foi chrétienne dans le monde, ainsi que l’unité et la cohérence interne des fidèles eux-mêmes, feraient défaut. La structure démocratique sur laquelle entend se construire un État moderne aurait une certaine fragilité si elle ne prenait pas comme fondement le caractère central de la personne. C’est d’ailleurs le respect de la personne qui rend possible la participation démocratique. Comme l’enseigne le Concile Vatican II, «la sauvegarde des droits de la personne est en effet la condition indispensable pour que les citoyens, individuellement ou en groupe, puissent participer activement à la vie et à la gestion de la Nation»[18].
4. À partir de là, s’étend le réseau complexe des problématiques actuelles, qui n’ont pas eu à affronter les questions des siècles passés. Les conquêtes scientifiques ont en effet permis d’atteindre des objectifs qui ébranlent les consciences et qui obligent à trouver des solutions susceptibles de respecter les principes éthiques d’une manière cohérente et solide. On assiste au contraire à des tentatives de législation qui visent à briser le caractère intangible de la vie humaine, sans tenir compte des conséquences qui en découlent pour l’existence et l’avenir des peuples dans le domaine de la formation de la culture et des comportements sociaux. Dans une telle situation, les catholiques ont le droit et le devoir d’intervenir pour rappeler le sens le plus profond de la vie et des responsabilités qui incombent à tous en cette matière. Dans la droite ligne de l’enseignement constant de l’Église, Jean-Paul II a maintes fois répété que ceux qui sont engagés directement dans les instances législatives ont «une obligation précise de s’opposer» à toute loi qui s’avère un attentat contre la vie humaine. Pour eux, comme pour tout catholique, il est impossible de participer à des campagnes d’opinion en faveur de telles lois, et il n’est permis à personne de les soutenir par son vote [19]. Comme l’a enseigné Jean-Paul II dans l'encyclique Evangelium vitae à propos du cas où il ne serait pas possible d’éviter ou d’abroger totalement une loi permettant l’avortement déjà en vigueur ou mise au vote, cela n’empêche pas qu'«un parlementaire, dont l’opposition personnelle absolue à l’avortement serait manifeste et connue de tous, pourrait licitement apporter son soutien à des propositions destinées à limiter les préjudices d’une telle loi et à en diminuer ainsi les effets négatifs sur le plan de la culture et de la moralité publique».[20]
Dans ce contexte, il faut ajouter que la conscience chrétienne bien formée ne permet à personne d’encourager par son vote la mise en œuvre d’un programme politique ou d’une loi dans lesquels le contenu fondamental de la foi et de la morale serait évincé par la présentation de propositions différentes de ce contenu ou opposées à lui. Parce que la foi est un tout indivisible, il n’est pas logique d’isoler un de ses éléments au détriment de la totalité de la doctrine catholique.
L’engagement politique en faveur d’un aspect isolé de la doctrine sociale de l’Église ne suffit pas à répondre totalement à la responsabilité pour le bien commun. Les catholiques ne peuvent pas non plus songer à déléguer à d’autres l’engagement qu’ils ont reçu de l’Évangile de Jésus Christ, pour que la vérité sur l’homme et sur le monde puisse être annoncée et atteinte.
Quand l’action politique est confrontée à des principes moraux qui n’admettent ni dérogation, ni exception, ni aucun compromis, l’engagement des catholiques devient plus évident et se fait lourd de responsabilités. Face à ces exigences éthiques fondamentales auxquelles on ne peut renoncer, les chrétiens doivent en effet savoir qu’est en jeu l’essence de l’ordre moral, qui concerne le bien intégral de la personne. Tel est le cas des lois civiles en matière d’avortement et d’euthanasie (à ne pas confondre avec le renoncement à l’acharnement thérapeutique qui, même du point de vue moral, est légitime), qui doivent protéger le droit primordial à la vie, depuis sa conception jusqu’à sa fin naturelle. De la même manière, il faut rappeler le devoir de respecter et de protéger les droits de l’embryon humain. De même, il faut préserver la protection et la promotion de la famille, fondée sur le mariage monogame entre personnes de sexe différent, et protégée dans son unité et sa stabilité, face aux lois modernes sur le divorce : aucune autre forme de vie commune ne peut en aucune manière lui être juridiquement assimilable, ni ne peut recevoir, en tant que telle, une reconnaissance légale. De même, la garantie de liberté d’éducation des enfants est un droit inaliénable des parents, reconnu entre autre par les Déclarations internationales des droits humains. Dans cette même ligne, il faut penser à la protection sociale des mineurs et à la libération des victimes des formes modernes d’esclavage (que l’on pense par exemple à la drogue et à l’exploitation de la prostitution). On ne peut exclure de cette liste le droit à la liberté religieuse et le développement dans le sens d’une économie qui soit au service de la personne et du bien commun, dans le respect de la justice sociale, du principe de solidarité humaine et de la subsidiarité, qui veut que «les droits de toutes les personnes, de toutes les familles et de tous les groupes, et que l’exercice de ces droits, soient reconnus»[21]. Enfin, comment ne pas voir dans ces exemples le grand thème de la paix. Une vision irénique et idéologique tend parfois à donner un sens profane à la valeur de la paix, tandis que, dans d’autres cas, on se limite à un jugement éthique sommaire, oubliant la complexité des raisons en question. La paix est toujours «œuvre de la justice et effet de la charité»[22]; elle exige le refus radical et absolu de la violence et du terrorisme, et elle requiert un engagement constant et vigilant de la part de ceux qui ont une responsabilité politique.
III. Principes de la doctrine catholique sur la laïcité et le pluralisme
III. Principes de la doctrine catholique sur la laïcité et le pluralisme
5. Face à ces questions, s’il est permis d’admettre une pluralité de méthodologies qui reflètent des sensibilités et des cultures différentes, aucun fidèle chrétien ne peut cependant en appeler au principe du pluralisme et de l’autonomie des laïcs en politique pour favoriser des solutions qui compromettent ou qui atténuent la sauvegarde des exigences éthiques fondamentales pour le bien commun de la société. En soi, il ne s’agit pas de «valeurs confessionnelles», car de telles exigences éthiques sont enracinées dans l’être humain et appartiennent à la loi morale naturelle. Elles n’exigent pas de ceux qui les défendent la profession de la foi chrétienne, même si la doctrine de l’Église les confirme et les protège toujours et partout comme un service désintéressé de la vérité sur l’homme et sur le bien commun de la société civile. D’autre part, on ne peut nier que la politique doit aussi se référer à des principes qui possèdent une valeur absolue précisément parce qu’ils sont au service de la dignité de la personne et du vrai progrès humain.
6. Le rappel qui est souvent fait en ce qui concerne la «laïcité» et qui devrait guider l’engagement des catholiques exige une clarification, et pas seulement d’ordre terminologique. La promotion en conscience du bien commun de la société politique n’a rien à voir avec le «confessionnalisme» ou l’intolérance religieuse. Pour la doctrine morale catholique, la laïcité, comprise comme autonomie de la sphère civile et politique par rapport à la sphère religieuse et ecclésiastique – mais pas par rapport à la sphère morale –, est une valeur acquise et reconnue par l’Église, et elle appartient au patrimoine de civilisation déjà atteint[23]. Jean-Paul II a maintes fois mis en garde contre les périls qu’entraîne toute confusion entre la sphère religieuse et la sphère politique. «On arrive à des situations très délicates lorsqu’une norme spécifiquement religieuse devient, ou tend à devenir, loi de l’État, sans que l’on tienne compte comme on le devrait de la distinction entre les compétences de la religion et celles de la société politique. Identifier loi religieuse et loi civile peut effectivement étouffer la liberté religieuse et aller jusqu’à limiter ou nier d’autres droits inaliénables de l’homme»[24]. Tous les fidèles sont bien conscients que les actes spécifiquement religieux (profession de la foi, accomplissement des actes de culte ou des Sacrements, doctrines théologiques, communication réciproque entre les autorités religieuses et les fidèles, etc.) restent hors de la compétence de l’État, qui ne doit pas s’en mêler, et qui ne peut en aucune manière y obliger ou les empêcher, sauf en cas de nécessité fondée sur l’ordre public. La reconnaissance des droits civils et politiques, ainsi que la mise à disposition des services publics, ne peuvent être conditionnés par des convictions ou des prestations de nature religieuse de la part des citoyens.
Il en va tout autrement du droit et du devoir des citoyens catholiques, comme de tous les autres citoyens, de rechercher sincèrement la vérité, de promouvoir et de défendre par des moyens licites les vérités morales concernant la vie sociale, la justice, la liberté, le respect de la vie et des autres droits de la personne. Le fait que certaines de ces vérités soient aussi enseignées par l’Église ne réduit en rien la légitimité civile ni la «laïcité» de l’engagement de ceux qui se reconnaissent en elles, indépendamment du rôle que la recherche rationnelle et la certitude procédant de la foi ont joué dans leur reconnaissance par chaque citoyen. En effet, la «laïcité» désigne en premier lieu l’attitude de qui respecte les vérités procédant de la connaissance naturelle sur l’homme qui vit en société, même si ces vérités sont enseignées aussi par une religion particulière, car la vérité est une. Ce serait une erreur de confondre la juste autonomie que les catholiques doivent avoir en politique, avec la revendication d’un principe qui fait fi de l’enseignement moral et social de l’Église.
Par son intervention dans ce domaine, le Magistère de l’Église n’entend pas exercer un pouvoir politique ni supprimer la liberté d’opinion des catholiques sur des questions contingentes. Il veut au contraire – conformément à sa mission – éduquer et éclairer la conscience des fidèles, surtout de ceux qui se consacrent à la vie politique, afin que leur action reste toujours au service de la promotion intégrale de la personne et du bien commun. L’enseignement social de l’Église n’est pas une ingérence dans le gouvernement des pays. Il établit assurément un devoir moral de cohérence pour les fidèles laïcs, intérieur à leur conscience, qui est unique et une. «Dans leur existence, il ne peut y avoir deux vies parallèles, d’un côté la vie qu’on nomme ‘spirituelle’ avec ses valeurs et ses exigences ; et de l’autre, la vie dite ‘séculière’, c’est-à-dire la vie de famille, de travail, de rapports sociaux, d’engagement politique, d’activités culturelles. Le sarment greffé sur la vigne qui est le Christ donne ses fruits en tout secteur de l’activité et de l’existence. Tous les secteurs de la vie laïque, en effet, rentrent dans le dessein de Dieu, qui les veut comme le ‘lieu historique’ de la révélation et de la réalisation de la charité de Jésus Christ à la gloire du Père et au service des frères. Toute activité, toute situation, tout engagement concret – comme, par exemple, la compétence et la solidarité dans le travail, l’amour et le dévouement dans la famille et dans l’éducation des enfants, le service social et politique, la présentation de la vérité dans le monde de la culture – tout cela est occasion providentielle pour un exercice continuel de la foi, de l’espérance et de la charité’»[25].
Vivre et agir en politique conformément à sa conscience ne revient pas à se plier à des positions étrangères à l’engagement politique ou à une forme de confessionnalisme ; mais c’est l’expression par laquelle les chrétiens apportent une contribution cohérente pour que, à travers la politique, s’instaure un ordre social plus juste et conforme à la dignité de la personne humaine.
Dans les sociétés démocratiques, toutes les propositions sont soumises à discussion et évaluées librement. Les personnes qui, au nom du respect de la conscience individuelle, voudraient voir dans le devoir moral qu’ont les chrétiens d’être en harmonie avec leur conscience un élément pour les disqualifier politiquement, leur refusant le droit d’agir en politique conformément à leurs convictions sur le bien commun, tomberaient dans une forme de laïcisme intolérant. Dans une telle perspective en effet, on entend refuser à la foi chrétienne non seulement toute importance politique et culturelle, mais jusqu’à la possibilité même d’une éthique naturelle. S’il en était ainsi, la voie serait ouverte à une anarchie morale qui ne pourrait jamais être identifiée à une forme quelconque de pluralisme légitime. La domination du plus fort sur le faible serait la conséquence évidente d’une telle position. D’autre part, la marginalisation du christianisme ne pourrait servir à l’avenir envisagé d’une société, ni à la concorde entre les peuples. De plus, elle minerait les fondements culturels et spirituels de la civilisation[26].
IV. Considérations sur des aspects particuliers
IV. Considérations sur des aspects particuliers
7. Dans des circonstances récentes, il est arrivé que, même au sein de certaines associations ou organisations d’inspiration catholique, sont apparues des orientations en faveur de forces et de mouvements politiques qui, sur des questions éthiques fondamentales, ont exprimé des positions contraires à l’enseignement moral et social de l’Église. De tels choix et de telles connivences, parce qu’ils sont en contradiction avec des principes fondamentaux de la conscience chrétienne, ne sont pas compatibles avec l’appartenance à des associations ou à des organisations qui se définissent comme catholiques. De manière analogue, il faut noter que, dans certains pays, certaines revues et certains périodiques catholiques ont donné à leurs lecteurs, à l’occasion de choix politiques, une orientation ambiguë et incohérente, interprétant de manière équivoque le sens de l’autonomie des catholiques en politique, sans prendre en considération les principes auxquels on devrait se référer.
La foi en Jésus Christ, qui s’est présenté lui-même comme «la voie, la vérité et la vie» (Jn 14, 6), demande aux chrétiens un effort pour participer, avec un plus grand engagement, à l’édification d’une culture qui, inspirée de l’Évangile, propose à nouveau le patrimoine de valeurs et de contenu de la Tradition catholique. La nécessité de présenter en termes culturels modernes le fruit de l’héritage spirituel, intellectuel et moral du catholicisme apparaît aujourd’hui marquée par une urgence qu’on ne peut différer, notamment pour éviter le risque d’une dispersion culturelle des catholiques. En outre, la densité culturelle acquise et la maturité d’expérience dans l’engagement politique que les catholiques ont su développer, dans divers pays, surtout dans les décennies qui ont suivi la seconde guerre mondiale, ne peuvent susciter en eux aucun complexe d’infériorité en regard d’autres propositions dont l’histoire récente a montré la faiblesse ou l’échec radical. Il ne suffit pas de penser, et ce serait réducteur, que l’engagement social des catholiques puisse se limiter à une simple transformation des structures, car, si à la base il n’y a pas une culture capable de recevoir, de justifier et d’envisager les exigences qui découlent de la foi et de la morale, les transformations reposeront toujours sur des fondements fragiles.
La foi n’a jamais prétendu enfermer les éléments socio-politiques dans un cadre rigide, ayant conscience que la dimension historique dans laquelle vit l’homme impose de tenir compte de situations imparfaites et souvent en rapide mutation. À cet égard, il faut rejeter les positions politiques et les comportements qui s’inspirent d’une vision utopique qui, transformant la tradition de la foi biblique en une espèce de prophétisme sans Dieu, manipule le message religieux, en dirigeant la conscience vers un espoir purement terrestre, qui annule ou réduit la tension chrétienne vers la vie éternelle.
En même temps, l’Église enseigne qu’il n’existe pas d’authentique liberté sans vérité. «La vérité et la liberté, en effet, vont de pair ou bien elles périssent misérablement ensemble», a écrit Jean-Paul II[27]. Dans une société où la vérité n’est pas recherchée et où on ne cherche pas à l’atteindre, toute forme d’exercice authentique de la liberté est aussi affaiblie, ouvrant la voie à une attitude libertaire et à un individualisme qui nuisent à la protection du bien de la personne et de la société entière.
8. A ce propos, il est bon de rappeler une vérité qui n’est pas toujours perçue aujourd’hui ou qui n’est pas formulée de manière exacte dans l’opinion publique courante : le droit à la liberté de conscience, et spécialement à la liberté religieuse, proclamé par la Déclaration Dignitatis humanæ du Concile Vatican II, se fonde sur la dignité ontologique de la personne humaine, et en aucun cas sur une égalité qui n’existe pas entre les religions et entre les systèmes culturels humains[28]. Dans cette ligne, le Pape Paul VI a affirmé que «le Concile ne fonde en aucune manière ce droit sur le fait que toutes les religions et toutes les doctrines, même erronées, qui touchent à ce domaine, auraient une valeur plus ou moins égale. Ce droit, il le fonde sur la dignité de la personne humaine, qui exige de ne pas être soumise à des contraintes extérieures tendant à opprimer sa conscience dans la recherche de la vraie religion et dans l’adhésion à celle-ci»[29]. L’affirmation de la liberté de conscience et de la liberté religieuse ne contredit donc en rien la condamnation de l’indifférentisme et du relativisme religieux par la doctrine catholique[30], bien plus, elle est en parfaite syntonie avec elle.
V. Conclusion
9. Les orientations données dans cette Note veulent éclairer un des aspects les plus importants de l’unité de la vie chrétienne : la cohérence entre la foi et la vie, entre l’Évangile et la culture, rappelée par le Concile Vatican II. Le Concile exhorte les fidèles à «s’acquitter avec fidélité de leurs tâches terrestres, et cela en se laissant conduire par l’esprit de l’Évangile. Ils s’éloignent de la vérité ceux qui, sachant que nous n’avons pas ici-bas de cité permanente, mais que nous cherchons à atteindre la cité future, croient, pour cela, pouvoir négliger leurs devoirs terrestres en perdant de vue que la foi même crée une obligation plus grande de les accomplir, en fonction de la vocation propre à chacun». Puissent les fidèles être désireux de pouvoir «mener toutes leurs activités terrestres en unissant dans une vivante synthèse tous les efforts humains, familiaux, professionnels, scientifiques ou techniques, et les valeurs religieuses, sous la haute ordonnance desquelles tout est coordonné à la gloire de Dieu»[31].
V. Conclusion
9. Les orientations données dans cette Note veulent éclairer un des aspects les plus importants de l’unité de la vie chrétienne : la cohérence entre la foi et la vie, entre l’Évangile et la culture, rappelée par le Concile Vatican II. Le Concile exhorte les fidèles à «s’acquitter avec fidélité de leurs tâches terrestres, et cela en se laissant conduire par l’esprit de l’Évangile. Ils s’éloignent de la vérité ceux qui, sachant que nous n’avons pas ici-bas de cité permanente, mais que nous cherchons à atteindre la cité future, croient, pour cela, pouvoir négliger leurs devoirs terrestres en perdant de vue que la foi même crée une obligation plus grande de les accomplir, en fonction de la vocation propre à chacun». Puissent les fidèles être désireux de pouvoir «mener toutes leurs activités terrestres en unissant dans une vivante synthèse tous les efforts humains, familiaux, professionnels, scientifiques ou techniques, et les valeurs religieuses, sous la haute ordonnance desquelles tout est coordonné à la gloire de Dieu»[31].
Le Souverain Pontife Jean-Paul II, durant l’audience du 21 novembre 2002, a approuvé cette Note, qui avait été décidée par la Session ordinaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, et il en a ordonné la publication.
Rome, au siège de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le 24 novembre 2002, Solennité du Christ Roi de l’Univers.
JOSEPH CARD. RATZINGER
PréfetJOSEPH CARD. RATZINGER
TARCISIO BERTONE, S.D.B.
Archevêque émérite de Vercelli
Secrétaire
[1] Lettre à Diognète, 5, 5. Cf. aussi Catéchisme de l’Église catholique, n. 2240.
[2] Jean-Paul II, Motu proprio pour la proclamation de S. Thomas More Patron des responsables de gouvernement et des hommes politiques (31 octobre 2000), n. 1: AAS 93 (2001), p. 76; La Documentation catholique 97 (2000), p. 1001.
[3] Ibid., n. 4: AAS, l.c., pp. 78.79; La Documentation catholique, l.c., pp. 1002.1003.
[4] Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 31; Catéchisme de l’Église catholique, n. 1915.
[5] Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 75.
[6] Jean-Paul II, Exhort. apost. post-synodale Christifideles laici (30 décembre 1988), n. 42: AAS 81 (1989), p 472; La Documentation catholique 86 (1989), p. 177 . La présente note doctrinale se rapporte évidemment à l’engagement politique des fidèles laïcs. Les Pasteurs ont le droit et le devoir de proposer les principes moraux également dans l’ordre social; «mais l’engagement actif dans les partis politiques est réservé aux laïcs» (Jean-Paul II, Exhort. apost. post-synodale Christifideles laici, n. 60: AAS, l.c., p. 511; La Documentation catholique 86 [1989], p. 189). Cf. aussi Congrégation pour le Clergé, Directoire pour le ministère et la vie des prêtres (31 mars 1994), n. 33; La Documention catholique 91 (1994), p. 367.
[7] Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 76.
[8] Ibid. n. 36.
[9] Cf. Conc. œcum. Vat. II, Décr. Apostolicam actuositatem, n. 7; Const. dogm. Lumen gentium, n. 36; Const. past. Gaudium et spes, nn. 31 et 43.
[10] Jean-Paul II, Exhort. apost. post-synodale Christifideles laici (30 décembre 1988), n. 42: AAS 81 (1989), p 472; La Documentation catholique 1986 (1989), p. 177.
[11] Dans les deux derniers siècles, le Magistère pontifical a abordé bien souvent les principales questions concernant l’ordre social et politique. Cf. Léon XIII, encycl. Diuturnum illud (29 juin 1881): ASS 14 (1881/82), pp. 4ss; encycl. Immortale Dei (1er novembre 1885): ASS 18 (1885/86), pp. 162ss; encycl. Libertas præstantissimum (20 juin 1888): ASS 20, (1887/88), pp. 593ss; encycl. Rerum novarum (15 mai 1891): ASS 23 (1890/91), pp. 643 ss.; La Documentation catholique 25 (1931), col. 1449-1467; Benoît XV, encycl. Pacem Dei munus pulcherrimum (23 mai 1920): AAS 12 (1920), pp. 209ss.; La Documentation catholique 3 (1920/1), col. 209-218; Pie XI, encycl. Quadragesimo anno (15 mai 1931) AAS 23 (1931), pp. 190 ss; La Documentation catholique 25 (1931/1), col. 1403-1450; encycl. Mit brennender Sorge (14 mars 1937): AAS 29 (1937) 145-167; La Documentation catholique 37 (1937/1), col. 901-936; encycl. Divini redemptoris (19 mars 1937): AAS29 (1937), pp. 78 ss.; La Documentation catholique 37 (1937/1), col. 937-984; Pie XII, encycl. Summi Pontificatus (20 octobre 1939): AAS 31 (1939), pp. 423ss.; La Documentation catholique 40 (1939), col. 1251-1275; Radio-messages de Noël 1941-1944; Jean XXIII, encycl. Mater et Magistra (15 mai 1961): AAS 53 (1961), pp. 401-464; La Documentation catholique 58 (1961), col. 945-990; encycl. Pacem in terris (11 avril 1963): AAS 55 (1963), pp. 257-304; La Documentation catholique 60 (1963), col. 513-546; Paul VI, encycl. Populorum progressio (26 mars 1967): AAS 59 (1967), pp. 257-299; La documentation catholique 64 (1967), col. 673-704; Lett. apost. Octogesima adveniens (14 mai 1971): AAS 63 (1971), pp. 401-441; La Documentation catholique 68 (1971), pp. 502-513.
[12] Cf. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus (1er mai 1991), n. 46: AAS 83 (1991), pp. 850-851; La Documentation catholique 99 (1991), pp. 541-542; encycl. Veritatis splendor (6 août 1993), n. 101: AAS 85 (1993), pp. 1112-1113; La Documentation catholique 90 (1993), p. 935; Discours au Parlement italien, n. 5: L’Osservatore Romano, 14 novembre 2002; La Documentation catholique 99 (2002), pp. 1004-1005.
[13] Cf. Jean-Paul II, Encycl. Evangelium vitæ (25 mars 1995), n. 22: AAS 87 (1995), p. 425-426; La Documentation catholique 92 (1995), p. 361.
[14] Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 76.
[15] Ibid., n. 75.
[16] Cf. Ibid., nn.43 et 75.
[17] Cf. ibid., n. 25.
[18] Ibid., n. 73.
[19] Cf. Jean-Paul II, Encycl. Evangelium vitæ (25 mars 1995), n. 73: AAS 87 (1995), pp. 486-487; La Documentation catholique 92 (1995), pp. 388-389.
[20] Ibid.
[21] Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 75.
[22] Catéchisme de l’Église catholique, n. 2304.
[23] Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 76.
[24] Jean-Paul II, Message pour la célébration de la Journée mondiale de la Paix 1991: «Si tu veux la paix, respecte la conscience de tout homme», IV (8 décembre 1990): AAS 83 (1991), pp. 414-415; La Documentation catholique 88 (1991), pp. 55.
[25] Jean-Paul II, Exhort. apost. post-synodale Christifideles laici (30 décembre 1988), n. 59: AAS 81 (1989), p. 509; La Documentation catholique 86 (1989), p. 189. Le passage cité est tiré du Concile œcuménique Vatican II (Décr. Apostolicam actuositatem, n. 4).
[26] Cf. Jean-Paul II, Discours au Corps diplomatique accrédité près le Saint Siège (10 janvier 2002) : AAS 94 (2002), pp. 327-332; La Documentation catholique 99 (2002), pp. 104-106.
[27] Jean-Paul II, Encycl. Fides et ratio (14 septembre 1998), n. 90: AAS 91 (1999), p. 75; La Documentation catholique 95 (1998), p. 934.
[28] Cf. Conc. œcum. Vat. II, Décl. Dignitatis humanæ, n. 1: «Le Concile déclare que Dieu a lui-même fait connaître au genre humain la voie par laquelle en le servant, les hommes peuvent obtenir le salut et parvenir à la béatitude. Cette unique vraie religion, nous croyons qu’elle subsiste dans l’Église catholique et apostolique». Cela n’empêche pas l’Église de considérer avec un vrai respect les différentes traditions religieuses, et même de reconnaître qu’il y a en elles des «éléments de vérité et de bonté». Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 16; Décr. Ad gentes, n. 11; Décl. Nosta ætate, n. 2; Jean-Paul II, encycl. Redemptoris missio (7 décembre 1990), n. 55: AAS 83 (1991), pp. 302-304; La Documentation catholique 88 (1991), p. 173; Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Décl. Dominus Iesus (6 août 2000), nn. 2; 8; 21: AAS 92 (2000), pp. 743-744; 748-749; 762-763; La Documentation catholique 97 (2000), pp. 812-813; 814-815; 820.
[29] Cf. Paul VI, Discours au Sacré Collège et à la Prélature romaine (20 décembre 1976): Insegnamenti di Paolo VI, 14 (1976), pp. 1088-1089; La Documentation catholique 74 (1977), pp. 54-55.
[30] Cf. Pie IX, Encycl. Quanta cura (8 décembre 1864): ASS 3 (1867), p. 162; Léon XIII, encycl. Immortale Dei (1er novembre 1885): ASS 18 (1885), pp. 170-171; Pie XI, encycl.. Quas primas (11 décembre 1925): AAS 17 (1925), pp. 604-605; Catéchisme de l’Église catholique, n. 2108; Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Décl. Dominus Iesus (6 août 2000), n. 22: AAS 92 (2000), pp. 763-764; La Documentation catholique 97 (2000), p. 820.
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