dimanche 18 juin 2017

Un gaulliste peut-il faire alliance avec le Front national?

Suite à la publication sur ce blog de la Lettre de Nicolas Dupont-Aignan aux évêques de France, un lecteur m'envoie ce commentaire : "un type qui appelle à voter pour l'extrême-droite n'a pas de légitimité à se réclamer du gaullisme." 

A ceci, je voudrais apporter plusieurs réponses - en ce dimanche 18 juin :)


1°) Le Front national n'est pas un parti "d'extrême-droite". On peut dire et proclamer le contraire dans toutes les langues et sur tous les tons, cela fait bien sur les estrades des meetings et sur les plateaux de télévision, cela n'en fait pas une réalité politique pour autant. Du point de vue de la science politique, le Front national n'est pas un parti d'extrême-droite. Sa doctrine s'inscrit plutôt dans ce qu'on pourrait appeler le courant de la droite "classique", ou droite "ontologique", ou "vraie" droite - par opposition à la droite "moderne" actuellement incarnée par Les Républicains et La République en marche. Le Front national est un mouvement politique qui respecte la démocratie (souhaitant même la renforcer par un recours étendu au référendum) et les institutions républicaines ; il n'est pas anti-parlementaire, ni autoritaire, ni raciste. Le Ministère de l'Intérieur lui-même, du reste, ne le range pas dans la catégorie "extrême-droite", laquelle existe à part entière dans sa nomenclature et a attiré au premier tour des élections législatives 68319 électeurs représentant 0,30 % des suffrages exprimés.

2°) Si l'on considère que le Front national est d'extrême droite parce qu'il défend la France, son identité, sa souveraineté, son indépendance et sa grandeur, alors, sous ce rapport, le Général De Gaulle lui-même était d'extrême droite. Je vous invite à lire l'ouvrage "C'était De Gaulle" d'Alain Peyrefitte qui rapporte de nombreux propos du Général. Je vous assure que cela décape et remet les idées à l'endroit. Un exemple? "C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne se raconte pas d’histoire ! Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leurs djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français. Ceux qui prônent l’intégration ont une cervelle de colibri, même s’ils sont très savants. Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et les Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherez-vous de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées." Même le Front national n'a jamais osé tenir de tels propos.

Mais il faudrait écouter aussi la voix de gaullistes historiques, tels Marie-France Garaud - qui a apporté un soutien remarqué à Marine Le Pen entre les deux tours de l'élection présidentielle ; Alain Peyrefitte, qui défend la préférence nationale dans "La France en désarroi" ou Gilbert Pérol pour se rendre compte que le Front national est certainement et objectivement davantage d'inspiration gaulliste que le parti de François Baroin.

On peut se revendiquer à bon droit gaulliste tout en émettant des réserves sur tel ou tel aspect de la politique que le Général mena effectivement - pourvu que l'on n'en trahisse pas fondamentalement la pensée - car un disciple n'a pas vocation à répéter servilement l'enseignement de son maître ; un bon disciple s'approprie la doctrine du maître, mais il y ajoute sa touche personnelle et originale. Claude Tresmontant a écrit de belles pages à ce sujet (que nous publierons prochainement). Il n'est donc pas aberrant de voir dans le Front national, en dépit de sa singularité, un parti gaulliste, ou gaullien, ou néo-gaulliste - car par bien des aspects, il l'est effectivement.

Les Républicains qui se prétendent gaullistes se réfèrent en réalité à une icône fantasmée, à un De Gaulle mythique qui représente simplement dans leur esprit la résistance à l'extrême-droite. Mais ils font injure à l'histoire et au réel - pour des raisons idéologiques. Ils "récupèrent" indûment la figure du Général De Gaulle à des fins politiciennes alors que le Général de Gaulle n'appartient à personne : il appartient à la France. Personne n'a le droit de confisquer sa personne ni de s'arroger le monopole du label "gaulliste" - surtout pas ceux qui voient dans l'immigration de masse une "chance pour la France" et dans l'Europe monétaire l'horizon indépassable de l'avenir français.

3°) Quand bien même le Front national serait d'extrême-droite et le Général de Gaulle ne le serait pas, la philosophie politique du gaullisme ne réside pas dans le sectarisme et la division, mais dans le rassemblement et la réconciliation nationale. La Seconde Guerre mondiale est finie. La guerre d'Algérie est passée. On ne construit pas l'avenir en ravivant sans cesse les blessures de la mémoire française, en cultivant la rancoeur contre un "ennemi intérieur", en montant les Français les uns contre les autres. L'intérêt supérieur de la Patrie commande que l'on tourne la page des heures douloureuses de notre histoire et que l'on oriente résolument nos regards vers l'avenir. Les défis qui se présentent à nous sont colossaux et lourds de menace pour notre pays. L'heure n'est plus aux invectives ni aux anathèmes, mais à l'union nationale entre tous ceux qui aiment la France et ne veulent pas la voir mourir. C'est cela l'esprit gaulliste.

Que cela plaise ou non, le Front national représente aujourd'hui une force politique du courant national pesant entre 15 et 30 % des voix selon les élections. La droite gaulliste - véritablement gaulliste, c'est-à-dire nationale - ne pourra espérer accéder au pouvoir sans le Front national. C'est une réalité avec laquelle il faudra s'accorder. Un gaulliste authentique cherchera donc à établir des ponts avec le FN, non à bâtir des murs qui sépareraient et condamneraient la droite nationale à demeurer pour toujours dans l'opposition. La démarche de Nicolas Dupont-Aignan est, de ce point de vue, éminemment gaullienne. Il est sans doute l'un des hommes politiques français contemporains les plus fidèles au gaullisme réel. Quiconque aime le Général de Gaulle et aimerait connaître ce qu'il penserait aujourd'hui s'il était parmi nous devrait écouter attentivement Nicolas Dupont-Aignan.

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