jeudi 1 juin 2017

Le rôle premier du chrétien en politique est de rendre témoignage à la vérité sur l'homme

Le chrétien en politique, avons-nous dit, est un homme respectueux de la liberté des autres. En aucun cas, il ne veut la contraindre par des moyens illégitimes. Il admet donc volontiers l'expression de pensées différentes de la sienne et consent à ce que celles-ci puissent s'imposer à la sienne - quand bien même ils les jugeraient objectivement nocives. La légitimité de la prédominance d'une pensée sur une autre est assurée par l'adhésion majoritaire du peuple gouverné. C'est lui qui détient la réalité du pouvoir politique sur la terre - sur la portion du territoire qu'il occupe à tout le moins. C'est lui le souverain. Les dirigeants politiques sont à son service. Il est remarquable à ce titre que le mot "ministre" signifie littéralement "serviteur".

Cela dit, si le chrétien est démocrate - fondamentalement démocrate - parce que infiniment respectueux de la la liberté humaine - comme Dieu l'est vis-à-vis de chacun de nous -, le chrétien est libre lui-aussi. Il n'est pas "suiviste" ni idolâtre de la volonté populaire. Ce que veut le peuple n'est pas nécessairement bon. Et ce qui est mal ne devient pas bon parce que le peuple l'a voulu. "Vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaire" proclamait au début des années 1980 un député socialiste à l'opposition de droite, médusée. Une telle conception n'est pas chrétienne : la Vérité n'est pas affaire de majorité. Celle-ci n'a pas toujours raison - et on doit pouvoir lui faire entendre raison. Ce qui fournit un motif supplémentaire de voir en la démocratie - avec la possibilité des alternances politiques qu'elle autorise - le moins mauvais de tous les systèmes.

Le rôle premier du chrétien en politique est de rendre témoignage à la Vérité. Non à la Vérité sur Dieu - cela ressort de la compétence de l'Eglise (dont il est certes lui-même un membre actif, mais il importe de bien distinguer militantisme politique et militantisme chrétien afin de respecter chaque action en son ordre) ; mais à la Vérité sur l'homme. Cette Vérité n'est pas spécifiquement chrétienne - même si le christianisme la reconnaît et la consacre en la surélevant en Jésus-Christ. La Vérité sur l'homme est inscrite dans la nature même de l'homme en sorte que tout homme peut parvenir à la connaître avec son intelligence et sa raison, qu'il soit chrétien ou non chrétien, croyant ou non croyant. La Vérité sur l'homme est universelle.

Tout découle de là. De l'homme. De l'idée que l'on s'en fait. De l'importance qu'on lui donne. Du bien que l'on croit être le sien. La politique ne consiste en rien d'autre que d'oeuvrer pour le bien de l'homme pris dans sa dimension sociale. Encore faut-il savoir de quoi l'on parle lorsque l'on parle de l'"homme" et de son "bien".

Pour le chrétien, l'homme est créé par Dieu - comme toute la nature et l'univers tout entier. Or, la Création divine n'est pas un chaos indifférencié, elle est structurée, ordonnée - elle obéit à des lois. Toute la réalité naturelle est gorgée d'intelligence. Il n'y a qu'à observer l'activité d'une ruche ou d'une fourmilière pour en être édifié. Aucune abeille ni aucune fourmi n'a jamais conçu une si prodigieuse organisation collective. Celle-ci est pourtant inscrite dans leur nature. Il est dans la nature de l'abeille et de la fourmi d'être un rouage d'une gigantesque et formidable communauté laborieuse - dont le principe d'organisation se situe ailleurs que dans les abeilles et les fourmis prises individuellement ou même collectivement.

L'homme n'est ni une abeille ni une fourmi - c'est entendu. A la différence des autres animaux, il est animé par un esprit qui possède en lui-même l'intelligence, la volonté et la liberté. Mais étant partie prenante d'une nature toute entière ordonnée, il est lui-même soumis à des lois - aux lois de sa propre nature. Ces lois ne sont pas des chaînes, mais les conditions objectives de son épanouissement. Tout n'est pas bon pour l'homme. Tout ne le rend pas plus humain. De l'importance de connaître ces lois de la nature humaine - que l'Eglise rassemble sous le vocable de "loi naturelle".

Nous l'avons lu sous la plume du Cardinal Sodano : "Les principes de la doctrine sociale de l'Église (...) reposent sur la loi naturelle". Il faudra donc s'interroger sur le contenu de cette loi naturelle pour connaître véritablement l'ossature de la pensée politique du chrétien. Contentons-nous d'affirmer pour le moment que le rôle du chrétien en politique est de contribuer au respect la loi naturelle, ou en d'autres termes de promouvoir une écologie intégrale, incluant l'homme lui-même comme un élément à part entière de la nature.

L'écologie humaine participe de l'écologie de l'environnement. Comme l'écrivait le Pape Benoît XVI dans son Message pour la Journée mondiale de prière pour la paix, le 1er janvier 2010 : "Quand l’écologie humaine est respectée dans la société, l’écologie proprement dite en tire aussi avantage. On ne peut exiger des jeunes qu’ils respectent l’environnement, si on ne les aide pas, en famille et dans la société, à se respecter eux-mêmes : le livre de la nature est unique, aussi bien à propos de l’environnement que de l’éthique personnelle, familiale et sociale. Les devoirs vis-à-vis de l’environnement découlent des devoirs vis-à-vis de la personne considérée en elle-même, et en relation avec les autres."

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