dimanche 11 juin 2017

La loi morale prime sur la loi civile

La mission spécifique du chrétien en politique est de rendre témoignage à la vérité de l'homme - à la vérité sur l'homme.

Cette vérité est universelle. Elle est absolue. Nul ne peut y déroger légitimement. Car elle touche à la nature de l'homme. Elle n'est pas sujette à convention, ni à délibération démocratique. Elle est non négociable. Ainsi toute législation attentatoire à la dignité de la personne humaine est-elle nulle et non avenue. Quand bien même une majorité politique déciderait-elle par exemple de voter une loi sur le statut des Juifs, elle ne serait pas légitime à statuer. Car la majorité politique n'est pas le seul fondement de la légitimité politique. La majorité politique est libre de décider ce qu'elle veut, mais dans une certaine limite. Cette limite, pour le catholique, c'est la loi naturelle - c'est la vérité sur l'homme.

Autrement dit, il n'est pas vrai que la loi civile prime sur la loi morale - comme le déclarait naguère Jacques Chirac. Il est dangereux d'abandonner à la majorité politique le soin de définir le bien et le mal - dangereux et inapproprié, car la mission de l'homme politique n'est pas de définir les règles morales, mais d'agir moralement en vue du bien de l'homme. 

Que le chrétien soit fondamentalement démocrate ne signifie donc pas qu'il soit relativiste. Il est le témoin d'une vérité qui le dépasse, inscrite dans l'immanence de la nature et manifestée par la transcendance de la Révélation. Cette vérité, il a vocation à la porter, à la promouvoir, à la protéger. C'est le point de départ de l'action politique du catholique.

Nous disions précédemment qu'il n'y a d'absolu qu'en Dieu seul - et que toute réalité créée doit être relativisée. C'est vrai. L'homme n'est pas l'Absolu. Il est radicalement contingent, dépendant de Dieu quant à son être, tout entier relatif au Créateur. Mais cette vérité sur l'homme est absolue. Elle dépasse l'homme qui n'a pas inventé ce qu'il est. Ce qu'il est, il le reçoit. Il a à le découvrir. Il ne lui appartient pas de le changer. Cela ferait son malheur. Non seulement parce qu'il contrarierait les plans de son Créateur, mais parce qu'il contredirait son être propre. Or le bonheur d'un être n'est pas dans la négation ce qu'il est, mais tout au contraire dans le plein accomplissement des potentialités de sa nature.

La vérité sur l'homme est intouchable. La loi civile ne peut, en droit, déroger à la loi morale - ou loi naturelle, c'est-à-dire loi de la conservation et du développement des êtres. Elle ne le fait que trop, en fait. Le travail du catholique résidera donc pour l'essentiel à promouvoir une politique respectueuse de l'homme - de sa vie, de sa liberté, de sa dignité - et à rétablir un ordre civil conforme à la loi morale.

Si l'homme est relatif à Dieu dans l'ordre surnaturel, tout est relatif à l'homme dans l'ordre naturel - spécialement dans l'ordre politique. Mais cela ne fait pas de l'homme l'Absolu sur la terre. L'homme reste sous la dépendance de la loi morale - qui vient de Dieu et qui est discernable par tout homme appliquant son intelligence à l'analyse rationnelle du réel objectif.

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