"Si tout Etat a des devoirs envers l'humanité, il a des devoirs prioritaires envers la nation, ses intérêts, sa prospérité, son inscription dans la durée." (Jean-Louis Harouel)
vendredi 30 juin 2017
mercredi 28 juin 2017
mardi 27 juin 2017
"Le danger en France, ce n'est pas le Front national, c'est l'islamisme"
Dans un entretien accordé à Minute, Thierry Mariani, va dans le sens d'une recomposition nécessaire à droite avec le Front national : "la gauche a gagné lorsque François Mitterrand a su casser le tabou de la non-fréquentabilité du parti communiste. Je pense qu'on n'en est pas du tout là encore mais si, un jour, la droite veut gagner les élections, je dis que nous avons deux ans d'ici aux européennes pour faire en sorte que les gens qui partagent les mêmes valeurs, sans excès mais sans mollesse, puissent se retrouver".
Thierry Mariani pondère toutefois son propos par une analyse critique de l'évolution du programme du FN : "le programme économique avancé par Marine Le Pen pendant la présidentielle rappelle davantage le programme de François Mitterrand en 1981 qu'un programme de droite."
Mais la réalité lui fait penser, qu'au delà des partis, la droite doit se recomposer autour des hommes conscients des dangers réels qui menacent notre pays : "Le danger en France, aujourd'hui, ce n'est pas le Front national, c'est l'islamisme. Il faut regarder les évolutions des uns et des autres, les personnalités, et commencer au moins à discuter ensemble."
Comme d'autres avant lui, Thierry Mariani, en perdant son siège de député, recouvre une certaine liberté de parole. Il faut désormais passer aux actes pour être "constructif" et œuvrer ainsi au redressement de la France.
lundi 26 juin 2017
dimanche 25 juin 2017
La sociabilité constitutive de l'être humain et sa vocation à l'amour
COMPENDIUM
DE LA DOCTRINE SOCIALE
DE L'ÉGLISE
DE L'ÉGLISE
PREMIÈRE PARTIE
PREMIER CHAPITRE
PREMIER CHAPITRE
LE DESSEIN D'AMOUR DE DIEU
POUR L'HUMANITÉ
III. LA PERSONNE HUMAINE
DANS LE DESSEIN D'AMOUR DE DIEU
DANS LE DESSEIN D'AMOUR DE DIEU
a) L'Amour trinitaire, origine et fin de la personne humaine
34. La révélation dans le Christ du mystère de Dieu comme Amour trinitaire est en même temps la révélation de la vocation de la personne humaine à l'amour. Cette révélation illumine la dignité et la liberté personnelles de l'homme et de la femme et la sociabilité humaine intrinsèque dans toute leur profondeur : être une personne à l'image et à la ressemblance de Dieu implique donc aussi le fait d'exister en relation, en rapport avec l'autre “moi”, car Dieu lui-même, un et trine, est communion du Père, du Fils et de l'Esprit Saint.
Dans la communion d'amour qu'est Dieu, en qui les trois Personnes divines s'aiment mutuellement et sont l'Unique Dieu, la personne humaine est appelée à découvrir l'origine et le but de son existence et de l'histoire. Dans la Constitution pastorale « Gaudium et spes », les Pères conciliaires enseignent que quand le Seigneur Jésus prie le Père pour que “tous soient un..., comme nous nous sommes un” (Jn 17, 21-22), il ouvre des perspectives inaccessibles à la raison et il nous suggère qu'il y a une certaine ressemblance entre l'union des personnes divines et celle des fils de Dieu dans la vérité et dans l'amour. Cette ressemblance montre bien que l'homme, seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même, ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même.
35. La révélation chrétienne éclaire d'une lumière nouvelle l'identité, la vocation et le destin ultime de la personne et du genre humain. Chaque personne est créée par Dieu, aimée et sauvée en Jésus-Christ et elle se réalise en tissant de multiples relations d'amour, de justice et de solidarité avec les autres personnes, tout en agissant dans le monde de multiples façons. L'agir humain, quand il tend à promouvoir la dignité et la vocation intégrale de la personne, la qualité de ses conditions d'existence, la rencontre et la solidarité entre les peuples et les nations, est conforme au dessein de Dieu, qui ne manque jamais de manifester son amour et sa Providence envers ses enfants.
36. Les pages du premier livre de l'Écriture Sainte, qui décrivent la création de l'homme et de la femme à l'image et à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 26-27), renferment un enseignement fondamental quant à l'identité et à la vocation de la personne humaine. Elles nous disent que la création de l'homme et de la femme est un acte libre et gratuit de Dieu ; que l'homme et la femme constituent, parce qu'ils sont libres et intelligents, le "tu" créé par Dieu et que ce n'est que dans le rapport avec lui qu'ils peuvent découvrir et réaliser la signification pleine et authentique de leur vie personnelle et sociale ; qu'ils sont, précisément dans leur complémentarité et réciprocité, l'image de l'Amour trinitaire dans l'univers créé ; que c'est à eux, qui sont le sommet de la Création, que le Créateur confie la tâche d'ordonner la nature créée selon son dessein (cf. Gn 1, 28).
37. Le livre de la Genèse nous propose plusieurs points fondamentaux de l'anthropologie chrétienne : la dignité inaliénable de la personne humaine, dont la racine et la garantie se trouvent dans le dessein créateur de Dieu ; la sociabilité constitutive de l'être humain, avec pour prototype la relation originelle entre l'homme et la femme, dont la société est l'expression première de la communion des personnes ; la signification de l'action humaine dans le monde, qui est liée à la découverte et au respect de la loi naturelle que Dieu a imprimée dans l'univers créé, afin que l'humanité l'habite et le garde selon son projet. Cette vision de la personne humaine, de la société et de l'histoire est enracinée en Dieu et est éclairée par la réalisation de son dessein de salut.
samedi 24 juin 2017
vendredi 23 juin 2017
Jésus-Christ révèle à l'humanité que Dieu est Père et par conséquent frères et sœurs entre nous
COMPENDIUM
DE LA DOCTRINE SOCIALE
DE L'ÉGLISE
DE L'ÉGLISE
PREMIÈRE PARTIE
PREMIER CHAPITRE
PREMIER CHAPITRE
LE DESSEIN D'AMOUR DE DIEU
POUR L'HUMANITÉ
II. JÉSUS-CHRIST
ACCOMPLISSEMENT DU DESSEIN D'AMOUR DU PÈRE
b) La révélation de l'Amour trinitaire
30. Le témoignage du Nouveau Testament, avec la stupeur toujours nouvelle de celui qui a été foudroyé par l'amour indicible de Dieu (cf. Rm 8, 26), saisit, à la lumière de la pleine révélation de l'Amour trinitaire offerte par la Pâque de Jésus-Christ, la signification dernière de l'Incarnation du Fils et de sa mission parmi les hommes. Saint Paul écrit : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? Lui qui n'a pas épargné son propre Fils mais l'a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toute faveur? » (Rm 8, 31-32). Saint Jean utilise lui aussi un langage similaire : « En ceci consiste l'amour: ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c'est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés » (1 Jn 4, 10).
31. Le Visage de Dieu, progressivement révélé dans l'histoire du salut, resplendit en plénitude sur le Visage de Jésus-Christ Crucifié et Ressuscité. Dieu est Trinité : Père, Fils, Esprit Saint, réellement distincts et réellement un, parce que communion infinie d'amour. L'amour gratuit de Dieu pour l'humanité se révèle, avant tout, comme amour jailli du Père, dont tout provient ; comme communication gratuite que le Fils fait de lui, en se redonnant au Père et en se donnant aux hommes ; comme fécondité toujours nouvelle de l'amour divin que l'Esprit Saint répand dans le cœur des hommes (cf. Rm 5, 5).
Par les paroles, les œuvres et, de façon pleine et définitive, par sa mort et sa résurrection, Jésus-Christ révèle à l'humanité que Dieu est Père et que nous sommes tous appelés par grâce à devenir ses fils dans l'Esprit (cf. Rm 8, 15 ; Ga 4, 6), par conséquent frères et sœurs entre nous. C'est la raison pour laquelle l'Église croit fermement que la clé, le centre et la fin de toute histoire humaine se trouve en son Seigneur et Maître.
32. En contemplant la gratuité et la surabondance du don divin du Fils par le Père, que Jésus a enseigné et dont il a rendu témoignage en donnant sa vie pour nous, l'Apôtre Jean en saisit le sens profond et la conséquence la plus logique : « Bien-aimés, si Dieu nous a ainsi aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres. Dieu, personne ne l'a jamais contemplé. Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, en nous son amour est accompli » (1 Jn 4, 11-12). La réciprocité de l'amour est requise par le commandement que Jésus qualifie de nouveau et dont il dit qu'il est sien : « Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres » (Jn 13, 34). Le commandement de l'amour mutuel trace la voie permettant de vivre dans le Christ la vie trinitaire dans l'Église, Corps du Christ, et de transformer avec lui l'histoire jusqu'à son achèvement dans la Jérusalem céleste.
33. Le commandement de l'amour mutuel, qui constitue la loi de vie du peuple de Dieu, doit inspirer, purifier et élever tous les rapports humains dans la vie sociale et politique : Humanité veut dire appel à la communion interpersonnelle, car l'image et la ressemblance du Dieu trinitaire sont la racine de tout l'“ethos” humain... dont le commandement de l'amour est le sommet. Le phénomène culturel, social, économique et politique contemporain de l'interdépendance, qui intensifie et rend particulièrement évidents les liens qui unissent la famille humaine, met une fois de plus en relief, à la lumière de la Révélation, un nouveau modèle d'unité du genre humain dont doit s'inspirer en dernier ressort la solidarité. Ce modèle d'unité suprême, reflet de la vie intime de Dieu un en trois personnes, est ce que nous chrétiens désignons par le mot “communion”.
Source
30. Le témoignage du Nouveau Testament, avec la stupeur toujours nouvelle de celui qui a été foudroyé par l'amour indicible de Dieu (cf. Rm 8, 26), saisit, à la lumière de la pleine révélation de l'Amour trinitaire offerte par la Pâque de Jésus-Christ, la signification dernière de l'Incarnation du Fils et de sa mission parmi les hommes. Saint Paul écrit : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? Lui qui n'a pas épargné son propre Fils mais l'a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toute faveur? » (Rm 8, 31-32). Saint Jean utilise lui aussi un langage similaire : « En ceci consiste l'amour: ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c'est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés » (1 Jn 4, 10).
31. Le Visage de Dieu, progressivement révélé dans l'histoire du salut, resplendit en plénitude sur le Visage de Jésus-Christ Crucifié et Ressuscité. Dieu est Trinité : Père, Fils, Esprit Saint, réellement distincts et réellement un, parce que communion infinie d'amour. L'amour gratuit de Dieu pour l'humanité se révèle, avant tout, comme amour jailli du Père, dont tout provient ; comme communication gratuite que le Fils fait de lui, en se redonnant au Père et en se donnant aux hommes ; comme fécondité toujours nouvelle de l'amour divin que l'Esprit Saint répand dans le cœur des hommes (cf. Rm 5, 5).
Par les paroles, les œuvres et, de façon pleine et définitive, par sa mort et sa résurrection, Jésus-Christ révèle à l'humanité que Dieu est Père et que nous sommes tous appelés par grâce à devenir ses fils dans l'Esprit (cf. Rm 8, 15 ; Ga 4, 6), par conséquent frères et sœurs entre nous. C'est la raison pour laquelle l'Église croit fermement que la clé, le centre et la fin de toute histoire humaine se trouve en son Seigneur et Maître.
32. En contemplant la gratuité et la surabondance du don divin du Fils par le Père, que Jésus a enseigné et dont il a rendu témoignage en donnant sa vie pour nous, l'Apôtre Jean en saisit le sens profond et la conséquence la plus logique : « Bien-aimés, si Dieu nous a ainsi aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres. Dieu, personne ne l'a jamais contemplé. Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, en nous son amour est accompli » (1 Jn 4, 11-12). La réciprocité de l'amour est requise par le commandement que Jésus qualifie de nouveau et dont il dit qu'il est sien : « Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres » (Jn 13, 34). Le commandement de l'amour mutuel trace la voie permettant de vivre dans le Christ la vie trinitaire dans l'Église, Corps du Christ, et de transformer avec lui l'histoire jusqu'à son achèvement dans la Jérusalem céleste.
33. Le commandement de l'amour mutuel, qui constitue la loi de vie du peuple de Dieu, doit inspirer, purifier et élever tous les rapports humains dans la vie sociale et politique : Humanité veut dire appel à la communion interpersonnelle, car l'image et la ressemblance du Dieu trinitaire sont la racine de tout l'“ethos” humain... dont le commandement de l'amour est le sommet. Le phénomène culturel, social, économique et politique contemporain de l'interdépendance, qui intensifie et rend particulièrement évidents les liens qui unissent la famille humaine, met une fois de plus en relief, à la lumière de la Révélation, un nouveau modèle d'unité du genre humain dont doit s'inspirer en dernier ressort la solidarité. Ce modèle d'unité suprême, reflet de la vie intime de Dieu un en trois personnes, est ce que nous chrétiens désignons par le mot “communion”.
Source
jeudi 22 juin 2017
Jésus manifeste qui est Dieu et comment il se comporte avec les hommes
COMPENDIUM
DE LA DOCTRINE SOCIALE
DE L'ÉGLISE
DE L'ÉGLISE
PREMIÈRE PARTIE
PREMIER CHAPITRE
PREMIER CHAPITRE
LE DESSEIN D'AMOUR DE DIEU
POUR L'HUMANITÉ
II. JÉSUS-CHRIST
ACCOMPLISSEMENT DU DESSEIN D'AMOUR DU PÈRE
a) En Jésus-Christ s'accomplit l'événement décisif de l'histoire de Dieu avec les hommes
28. La bienveillance et la miséricorde, qui inspirent l'action de Dieu et en offrent la clef d'interprétation, deviennent si proches de l'homme qu'elles assument les traits de l'homme Jésus, le Verbe fait chair. Dans le récit de Luc, Jésus décrit son ministère messianique avec les paroles d'Isaïe rappelant la signification prophétique du jubilé : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur » (4, 18-19 ; cf. Is 61, 1-2). Jésus se situe donc dans la ligne de l'accomplissement, non seulement parce qu'il accomplit ce qui avait été promis et qui était attendu par Israël, mais aussi en ce sens plus profond qu'en lui s'accomplit l'événement décisif de l'histoire de Dieu avec les hommes. De fait, il proclame : « Qui m'a vu a vu le Père » (Jn 14, 9). En d'autres termes, Jésus manifeste de façon tangible et d'une manière définitive qui est Dieu et comment il se comporte avec les hommes.
29. L'amour qui anime le ministère de Jésus parmi les hommes est celui qu'a expérimenté le Fils dans l'union intime avec le Père. Le Nouveau Testament nous permet de pénétrer dans l'expérience que Jésus vit et communique de l'amour de Dieu son Père — Abbà — et, par conséquent, au cœur même de la vie divine. Jésus annonce la miséricorde libératrice de Dieu à l'égard de ceux qu'il rencontre sur sa route, à commencer par les pauvres, les marginaux et les pécheurs, et il invite à le suivre parce que lui le premier, et de façon absolument originale, obéit au dessein d'amour de Dieu en tant que son envoyé dans le monde.
La conscience que Jésus a d'être le Fils exprime précisément cette expérience originelle. Le Fils a tout reçu, gratuitement, du Père : « Tout ce qu'a le Père est à moi » (Jn 16, 15). À son tour, il a pour mission de faire participer tous les hommes à ce don et à cette relation filiale : « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j'ai entendu de mon Père, je vous l'ai fait connaître » (Jn 15, 15).
Reconnaître l'amour du Père signifie pour Jésus s'inspirer, pour son action, de la même gratuité et de la même miséricorde de Dieu, génératrices de vie nouvelle, et devenir ainsi, par son existence, un exemple et un modèle pour ses disciples. Ceux-ci sont appelés à vivre comme lui et, après sa Pâque de mort et de résurrection, à vivre en lui et de lui, grâce au don surabondant de l'Esprit Saint, le Consolateur qui intériorise dans les cœurs le style de vie du Christ lui-même.
mercredi 21 juin 2017
mardi 20 juin 2017
lundi 19 juin 2017
Appelés à devenir le signe visible et l'instrument efficace de la gratuité divine dans le Jardin de la Création
COMPENDIUM
DE LA DOCTRINE SOCIALE
DE L'ÉGLISE
DE L'ÉGLISE
PREMIÈRE PARTIE
PREMIER CHAPITRE
PREMIER CHAPITRE
LE DESSEIN D'AMOUR DE DIEU
POUR L'HUMANITÉ
I. L'ACTION LIBÉRATRICE DE DIEU
DANS L'HISTOIRE D'ISRAËL
b) Principe de la création et action gratuite de Dieu
26. La réflexion prophétique et sapientielle aboutit à la manifestation première et à la source même du projet de Dieu sur l'humanité tout entière, quand elle parvient à formuler le principe de la Création de toutes les choses par Dieu. Dans le Credo d'Israël, affirmer que Dieu est Créateur ne signifie pas seulement exprimer une conviction théorique, mais aussi saisir l'horizon originel de l'action gratuite et miséricordieuse du Seigneur en faveur de l'homme. De fait, il donne librement l'être et la vie à tout ce qui existe. L'homme et la femme, créés à son image et à sa ressemblance (cf. Gn 1, 26-27), sont par conséquent appelés à être le signe visible et l'instrument efficace de la gratuité divine dans le jardin où Dieu les a placés pour cultiver et conserver les biens de la Création.
27. Le sens même de la Création trouve son expression dans l'action gratuite du Dieu créateur, même s'il est voilé et déformé par l'expérience du péché. Le récit du péché des origines (cf. Gn 3, 1-24) décrit en effet la tentation permanente et, en même temps, la situation de désordre où l'humanité se trouve après la chute des premiers parents. Désobéir à Dieu signifie se soustraire à son regard d'amour et vouloir gérer pour son propre compte l'existence et l'agir dans le monde. La rupture de la relation de communion avec Dieu provoque la rupture de l'unité intérieure de la personne humaine, de la relation de communion entre l'homme et la femme et de la relation harmonieuse entre les hommes et les autres créatures. C'est dans cette rupture originelle que doit être recherchée la racine la plus profonde de tous les maux qui entravent les relations sociales entre les personnes humaines et de toutes les situations qui, dans la vie économique et politique, attentent à la dignité de la personne, à la justice et à la solidarité.
dimanche 18 juin 2017
Un gaulliste peut-il faire alliance avec le Front national?
Suite à la publication sur ce blog de la Lettre de Nicolas Dupont-Aignan aux évêques de France, un lecteur m'envoie ce commentaire : "un type qui appelle à voter pour l'extrême-droite n'a pas de légitimité à se réclamer du gaullisme."
A ceci, je voudrais apporter plusieurs réponses - en ce dimanche 18 juin :)
1°) Le Front national n'est pas un parti "d'extrême-droite". On peut dire et proclamer le contraire dans toutes les langues et sur tous les tons, cela fait bien sur les estrades des meetings et sur les plateaux de télévision, cela n'en fait pas une réalité politique pour autant. Du point de vue de la science politique, le Front national n'est pas un parti d'extrême-droite. Sa doctrine s'inscrit plutôt dans ce qu'on pourrait appeler le courant de la droite "classique", ou droite "ontologique", ou "vraie" droite - par opposition à la droite "moderne" actuellement incarnée par Les Républicains et La République en marche. Le Front national est un mouvement politique qui respecte la démocratie (souhaitant même la renforcer par un recours étendu au référendum) et les institutions républicaines ; il n'est pas anti-parlementaire, ni autoritaire, ni raciste. Le Ministère de l'Intérieur lui-même, du reste, ne le range pas dans la catégorie "extrême-droite", laquelle existe à part entière dans sa nomenclature et a attiré au premier tour des élections législatives 68319 électeurs représentant 0,30 % des suffrages exprimés.
2°) Si l'on considère que le Front national est d'extrême droite parce qu'il défend la France, son identité, sa souveraineté, son indépendance et sa grandeur, alors, sous ce rapport, le Général De Gaulle lui-même était d'extrême droite. Je vous invite à lire l'ouvrage "C'était De Gaulle" d'Alain Peyrefitte qui rapporte de nombreux propos du Général. Je vous assure que cela décape et remet les idées à l'endroit. Un exemple? "C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne se raconte pas d’histoire ! Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leurs djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français. Ceux qui prônent l’intégration ont une cervelle de colibri, même s’ils sont très savants. Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et les Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherez-vous de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées." Même le Front national n'a jamais osé tenir de tels propos.
Mais il faudrait écouter aussi la voix de gaullistes historiques, tels Marie-France Garaud - qui a apporté un soutien remarqué à Marine Le Pen entre les deux tours de l'élection présidentielle ; Alain Peyrefitte, qui défend la préférence nationale dans "La France en désarroi" ou Gilbert Pérol pour se rendre compte que le Front national est certainement et objectivement davantage d'inspiration gaulliste que le parti de François Baroin.
On peut se revendiquer à bon droit gaulliste tout en émettant des réserves sur tel ou tel aspect de la politique que le Général mena effectivement - pourvu que l'on n'en trahisse pas fondamentalement la pensée - car un disciple n'a pas vocation à répéter servilement l'enseignement de son maître ; un bon disciple s'approprie la doctrine du maître, mais il y ajoute sa touche personnelle et originale. Claude Tresmontant a écrit de belles pages à ce sujet (que nous publierons prochainement). Il n'est donc pas aberrant de voir dans le Front national, en dépit de sa singularité, un parti gaulliste, ou gaullien, ou néo-gaulliste - car par bien des aspects, il l'est effectivement.
Les Républicains qui se prétendent gaullistes se réfèrent en réalité à une icône fantasmée, à un De Gaulle mythique qui représente simplement dans leur esprit la résistance à l'extrême-droite. Mais ils font injure à l'histoire et au réel - pour des raisons idéologiques. Ils "récupèrent" indûment la figure du Général De Gaulle à des fins politiciennes alors que le Général de Gaulle n'appartient à personne : il appartient à la France. Personne n'a le droit de confisquer sa personne ni de s'arroger le monopole du label "gaulliste" - surtout pas ceux qui voient dans l'immigration de masse une "chance pour la France" et dans l'Europe monétaire l'horizon indépassable de l'avenir français.
Les Républicains qui se prétendent gaullistes se réfèrent en réalité à une icône fantasmée, à un De Gaulle mythique qui représente simplement dans leur esprit la résistance à l'extrême-droite. Mais ils font injure à l'histoire et au réel - pour des raisons idéologiques. Ils "récupèrent" indûment la figure du Général De Gaulle à des fins politiciennes alors que le Général de Gaulle n'appartient à personne : il appartient à la France. Personne n'a le droit de confisquer sa personne ni de s'arroger le monopole du label "gaulliste" - surtout pas ceux qui voient dans l'immigration de masse une "chance pour la France" et dans l'Europe monétaire l'horizon indépassable de l'avenir français.
3°) Quand bien même le Front national serait d'extrême-droite et le Général de Gaulle ne le serait pas, la philosophie politique du gaullisme ne réside pas dans le sectarisme et la division, mais dans le rassemblement et la réconciliation nationale. La Seconde Guerre mondiale est finie. La guerre d'Algérie est passée. On ne construit pas l'avenir en ravivant sans cesse les blessures de la mémoire française, en cultivant la rancoeur contre un "ennemi intérieur", en montant les Français les uns contre les autres. L'intérêt supérieur de la Patrie commande que l'on tourne la page des heures douloureuses de notre histoire et que l'on oriente résolument nos regards vers l'avenir. Les défis qui se présentent à nous sont colossaux et lourds de menace pour notre pays. L'heure n'est plus aux invectives ni aux anathèmes, mais à l'union nationale entre tous ceux qui aiment la France et ne veulent pas la voir mourir. C'est cela l'esprit gaulliste.
samedi 17 juin 2017
Les principes de la justice et de la solidarité sociale sont inspirés par la gratuité de l'événement du salut réalisé par Dieu
COMPENDIUM
DE LA DOCTRINE SOCIALE
DE L'ÉGLISE
DE L'ÉGLISE
PREMIÈRE PARTIE
« La dimension théologique apparaît donc
nécessaire tant pour interpréter
que pour résoudre
les problèmes actuels
de la convivialité humaine »
(Centesimus annus, 55)
PREMIER CHAPITRE
LE DESSEIN D'AMOUR DE DIEU
POUR L'HUMANITÉ
I. L'ACTION LIBÉRATRICE DE DIEU
DANS L'HISTOIRE D'ISRAËL
a) La proximité gratuite de Dieu
20. Toute expérience religieuse authentique, dans toutes les traditions culturelles, conduit à une intuition du Mystère qui, bien souvent, parvient à saisir quelques traits du visage de Dieu. Il apparaît, d'un côté, comme l'origine de ce qui est, présence qui garantit aux hommes, organisés en société, les conditions de base de la vie, en mettant à la disposition de celle-ci les biens qui lui sont nécessaires; d'un autre côté, en revanche, il apparaît comme la mesure de ce qui doit être, comme présence qui interpelle l'action humaine — tant au niveau personnel qu'au niveau social — sur l'usage de ces mêmes biens dans le rapport avec les autres hommes. Dans chaque expérience religieuse se révèlent donc importantes, à la fois la dimension du don et de la gratuité, implicite dans l'expérience que la personne humaine fait de son existence avec les autres dans le monde, et les répercussions de cette dimension sur la conscience de l'homme, qui se sent interpellé à gérer de façon responsable et conviviale le don qu'il a reçu. Le témoignage de tout cela est la reconnaissance universelle de la règle d'or dans laquelle s'exprime, sur le plan des relations humaines, l'interpellation qui, du Mystère, parvient à l'homme : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux » (Mt 7, 12).23
21. Sur le fond, diversement partagé, de l'expérience religieuse universelle, se détache la Révélation que Dieu fait progressivement de lui-même au peuple d'Israël. Cette Révélation répond à la quête humaine du divin, d'une façon inattendue et surprenante, à travers les événements historiques, ponctuels et incisifs, par lesquels se manifeste l'amour de Dieu pour l'homme. Selon le livre de l'Exode, le Seigneur adresse cette parole à Moïse : « J'ai vu, j'ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte. J'ai entendu son cri devant ses oppresseurs ; oui, je connais ses angoisses. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et le faire monter de cette terre vers une terre plantureuse et vaste, vers une terre qui ruisselle de lait et de miel » (Ex 3, 7-8). La proximité gratuite de Dieu — qu'évoque son Nom même, qu'il révèle à Moïse, « Je suis celui qui est » (Ex 3, 14) — se manifeste par la libération de l'esclavage et par la promesse, en devenant action historique dont tire son origine le processus d'identification collective du peuple du Seigneur, grâce à l'acquisition de la liberté et de la terre dont Dieu lui fait don.
22. La gratuité de l'œuvre divine, historiquement efficace, s'accompagne constamment de l'engagement de l'Alliance proposé par Dieu et assumé par Israël. Sur le mont Sinaï, l'initiative de Dieu se concrétise par l'Alliance avec son peuple, auquel il donne le Décalogue des commandements révélés par le Seigneur (cf. Ex 19-24). Les « dix paroles » (Ex 34, 28 ; cf. Dt 4, 13; 10, 4) expriment les implications de l'appartenance à Dieu instituée par l'Alliance. L'existence morale est réponse à l'initiative aimante du Seigneur. Elle est reconnaissance, hommage à Dieu et culte d'action de grâce. Elle est coopération au dessein que Dieu poursuit dans l'histoire.
Les dix commandements, qui constituent un extraordinaire chemin de vie et indiquent les conditions les plus sûres pour une existence libérée de l'esclavage du péché, contiennent une expression privilégiée de la loi naturelle. Ils enseignent en même temps la véritable humanité de l'homme. Ils mettent en lumière les devoirs essentiels et donc, indirectement, les droits fondamentaux, inhérents à la nature de la personne humaine. Ils caractérisent la morale humaine universelle. Rappelés notamment par Jésus au jeune homme riche de l'Évangile (cf. Mt 19, 18), les dix commandements constituent les règles premières de toute vie sociale.
23. Du Décalogue découle un engagement concernant non seulement ce qui touche à la fidélité envers l'unique vrai Dieu, mais aussi les relations sociales au sein du peuple de l'Alliance. Ces dernières sont réglées, en particulier, par ce qui a été qualifié de droit du pauvre : « Se trouve-t-il chez toi un pauvre, d'entre tes frères...? Tu n'endurciras pas ton cœur ni ne fermeras ta main à ton frère pauvre, mais tu lui ouvriras ta main et tu lui prêteras ce qui lui manque » (Dt 15, 7-8). Tout ceci vaut aussi à l'égard de l'étranger : « Si un étranger réside avec vous dans votre pays, vous ne le molesterez pas. L'étranger qui réside avec vous sera pour vous comme un compatriote et tu l'aimeras comme toi-même, car vous avez été étrangers au pays d'Égypte. Je suis le Seigneur votre Dieu » (Lv 19, 33-34). Le don de la libération et de la terre promise, l'Alliance du Sinaï et le Décalogue sont donc intimement liés à une pratique qui doit régler, dans la justice et la solidarité, le développement de la société israélite.
24. Parmi les multiples dispositions qui tendent à rendre concret le style de gratuité et de partage dans la justice inspirée par Dieu, la loi de l'année sabbatique (célébrée tous les sept ans) et de l'année jubilaire (tous les cinquante ans) se distingue comme une orientation importante — bien que jamais pleinement réalisée — pour la vie sociale et économique du peuple d'Israël. En plus du repos des champs, cette loi prescrit la remise des dettes et une libération générale des personnes et des biens: chacun peut rentrer dans sa famille d'origine et reprendre possession de son patrimoine.
Cette législation veut établir que l'événement salvifique de l'exode et la fidélité à l'Alliance représentent non seulement le principe fondateur de la vie sociale, politique et économique d'Israël, mais aussi le principe régulateur des questions inhérentes aux pauvretés économiques et aux injustices sociales. Il s'agit d'un principe invoqué pour transformer continuellement et de l'intérieur la vie du peuple de l'Alliance, afin de la rendre conforme au dessein de Dieu. Pour éliminer les discriminations et les inégalités provoquées par l'évolution socio-économique, tous les sept ans la mémoire de l'exode et de l'Alliance est traduite en termes sociaux et juridiques, de façon à rapporter les questions de la propriété, des dettes, des prestations et des biens à leur signification la plus profonde.
25. Les préceptes de l'année sabbatique et de l'année jubilaire constituent une doctrine sociale in nuce. Ils montrent que les principes de la justice et de la solidarité sociale sont inspirés par la gratuité de l'événement du salut réalisé par Dieu, qu'ils n'ont pas seulement une valeur de correctif d'une pratique dominée par des intérêts et des objectifs égoïstes, mais qu'ils doivent plutôt devenir, en tant que prophetia futuri, la référence normative à laquelle chaque génération en Israël doit se conformer si elle veut être fidèle à son Dieu.
Ces principes deviennent le creuset de la prédication prophétique qui vise à les faire intérioriser. L'Esprit de Dieu, insufflé dans le cœur de l'homme — annonce les Prophètes — y fera s'enraciner les mêmes sentiments de justice et de miséricorde qui habitent le cœur du Seigneur (cf. Jr 31, 33 et Ez 36, 26-27). Alors la volonté de Dieu, exprimée dans le Décalogue donné sur le Sinaï, pourra s'enraciner de façon créative au plus intime de l'homme. De ce processus d'intériorisation dérivent une plus grande profondeur et un plus grand réalisme de l'action sociale, en rendant possible l'universalisation progressive de l'attitude de justice et de solidarité que le peuple de l'Alliance est appelé à assumer envers tous les hommes, de chaque peuple et nation.
Source
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vendredi 16 juin 2017
Bruno Gollnisch commente l'actualité politique
L'actualité de la semaine vue par Bruno Gollnisch :
– La vague Macron... une surprise ?
– République En Marche, instrument du « dégagisme » ?
– LR, front ripoublicain, trahisons et CSG
– Ils sont libéraux-libertaires, immigrationnistes, communautaristes, européistes... pourquoi les Français votent pour eux ?
– Une pierre dans le jardin du FN ?
– Buzzfeed balance, France inter attaque le grand satan Gollnisch
– Les obsessions de Jean-Louis Martinelli : reductio ad hitlerum et victoires sémantiques de Bruno Gollnisch
– Loi de « moralisation de la vie politique »... une arnaque ?
– Les députés européens Modem dans la tourmente... coupables ou innocents ?
– Rencontre Theresa May-Emmanuel Macron pour un « plan d’action contre le terrorisme » : faut-il traquer la « haine » sur internet... et laquelle ?
jeudi 15 juin 2017
Lettre de Nicolas Dupont-Aignan aux évêques de France
Dans une très belle lettre publiée le 8 novembre 2016 par l’hebdomadaire Famille chrétienne, Nicolas Dupont-Aignan répondait au texte de la Conférence épiscopale "Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique" publié le 14 octobre 2016. Le candidat à l’élection présidentielle présentait aux évêques de France les grandes lignes de son projet et défendait ses convictions.
(Il me semble que nous avons là une bonne base de travail pour l'établissement d'une "charte d'action politique" selon le souhait du P. Yves Bonnet.)
(Il me semble que nous avons là une bonne base de travail pour l'établissement d'une "charte d'action politique" selon le souhait du P. Yves Bonnet.)
Vous m'avez adressé, ainsi qu'à tous les Français, un texte essentiel, "Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique". À la veille d’une élection cruciale pour l’avenir de la France, vous analysez avec justesse les maux de la société française, les travers du personnel politique, la "tristesse" qu’il y a dans notre pays. Vous placez au niveau où ils doivent être l’exigence et le devoir du politique.
J’ai décidé d’être candidat à l’élection présidentielle pour proposer aux Français une autre politique dont je souhaite, dans les lignes qui suivent, vous présenter les principes fondamentaux. Je veux redonner confiance aux Français, leur dire que la France est dotée d’un destin incomparable et d’une mission universelle. Je veux m’adresser à tous les Français, je veux dialoguer, tout au long de la campagne, avec vous comme avec les autres autorités religieuses de notre pays.
Alors que se termine bientôt l’assemblée plénière des évêques, je veux d'abord vous dire que l’Église de France assume un rôle particulier, incarne un héritage considérable et porte une voix d'espérance. L'histoire de notre pays est une synthèse exceptionnelle. Tout à la fois fille aînée de l'Église et mère de la Révolution, la France a donné à ses relations avec le Saint-Siège une intensité particulière. Ses racines chrétiennes sont un élément constitutif de notre identité. Il suffit de considérer nos paysages pour s'en convaincre : la France est le pays d'Europe qui compte le plus de communes portant le nom d'un saint.
L'émergence de la nouvelle société fondée par la Révolution sur l'égalité civile et la liberté a pu secouer cet héritage, mais jamais l'effacer. La laïcité offre aujourd'hui un cadre au sein duquel les catholiques français apportent leur pleine et généreuse contribution à la communauté nationale. Le dialogue entre l'État et l'épiscopat est un rouage essentiel de la démocratie car l'État protège la liberté de conscience et la sécurité des croyants dans leur recherche de sens.
Le gaullisme, dans la continuité duquel je m’inscris, est la synthèse de plusieurs inspirations, notamment de certains courants chrétiens : le personnalisme d’Emmanuel Mounier, le catholicisme social d’Albert de Mun et le catholicisme libéral de Chateaubriand. Ces courants ont participé, chacun à leur manière, avec la figure extraordinaire de Charles Péguy, à la formation intellectuelle du général de Gaulle. Ils ont fondé ses choix et déterminé des principes politiques qui éclairent aujourd’hui ma démarche.
Le bien commun est le fondement du politique, son ambition primordiale. Il doit guider les décisions publiques mais aussi dicter le comportement des hommes politiques. Aujourd’hui, les Français n’ont malheureusement plus confiance en leurs représentants. Certaines pratiques, certaines méthodes, certaines décisions ont rompu le lien, pourtant indispensable, entre les Français et leurs élus. "Quiconque parle en Français et non en politicien est sûr d’être compris" écrivait Bernanos. Pour redonner confiance aux Français dans leur classe politique, il faut les entendre et leur redonner le pouvoir.
Il est indispensable de retrouver l’esprit originel de la Vème République. Les Français doivent être consultés par référendum sur les questions essentielles qui concernent l’avenir de notre pays. Le retour de la confiance passe aussi par un autre comportement des hommes politiques qui ont le devoir d’être exemplaires, intègres, conscients de leur responsabilité particulière, à l’écoute des Français et de leurs préoccupations. Redonner le pouvoir aux Français, c’est aussi donner tout son sens et toute sa force à la souveraineté du peuple. Les traités européens doivent être renégociés car ils effacent, dans de trop nombreux domaines, la liberté de la France, la capacité des Français à être maîtres de leur destin.
La liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes fonde la nouvelle organisation de l’Europe que je défends devant les Français. Pour moi, l’idéal européen est une confédération de peuples libres œuvrant les uns avec les autres, forts de leurs atouts, de leurs spécificités et de leurs volontés propres. En les niant, à coups de référendums ignorés et de politiques imposées à des États souverains, les technocrates bruxellois font mourir l'Europe dans le cœur des peuples. Dans l’encyclique "Laudato si", le Pape François rappelle l'importance de la souveraineté des États dans la recherche de solutions communes entre les peuples.
L'incapacité des Européens à élaborer une stratégie commune face à la crise migratoire, le choix des Britanniques de quitter l’Union européenne et la crise économique lancinante de notre continent nous obligent à repenser la construction européenne. L'Europe doit être bâtie autour de projets concrets liés aux grands enjeux de notre temps : la lutte contre le cancer, les nouvelles technologies, l’aide au développement. Le poids de l'histoire, les enjeux planétaires qui intéressent tous les peuples, rendent vitale la coopération entre nos États. Les liens forgés par des siècles d'échanges, de concurrence, de conflits parfois terribles et de réconciliations fructueuses sont un socle sur lequel nous devons nous appuyer pour nous projeter dans l'avenir.
Dans cette élection présidentielle, je veux incarner une nouvelle façon de faire de la politique, plus humble, plus bienveillante, plus attentive aux inquiétudes des Français.
La politique est d’abord au service des plus faibles. Le pouvoir n’est fécond et porteur d’espoir que s’il est soumis à l’exigence de justice. Le devoir du politique est de garantir les droits bafoués et violés, en particulier les droits des pauvres, des petits, des faibles, dans une société traversée par l’injustice et la violence. La France incarne, depuis des siècles, un idéal de justice. La grande ordonnance de 1256, promulguée par Saint-Louis, exige que "nul ne sera privé de son droit sans faute reconnue et sans procès". Elle fonde notre conception de la justice et l’égalité des Français devant la loi. La mission essentielle de l’État est d’assurer la sécurité des Français et de protéger leurs droits. C’est la condition du contrat social que nous devons, comme vous l’indiquez, repenser.
Pour le général de Gaulle, la question sociale "domine tout et les peuples libres peuvent bien se ruiner en armements, l'épée de Damoclès restera suspendue tant que, dans la société, chaque homme ne trouvera pas sa place, sa part et sa dignité". Les Français expriment aujourd’hui un sentiment d’abandon et de déclassement insupportable, généré par des décennies de chômage de masse, de pauvreté grandissante et de croissance économique atone. Les inégalités de plus en plus criantes font naître un ressentiment dangereux pour l’unité nationale. Notre pays n’a pas le droit de laisser sur le bord du chemin les accidentés de la vie. C’est l’honneur de notre nation de leur tendre la main.
La participation, entre un libéralisme débridé et un socialisme annihilant, trace une autre voie économique et sociale pour notre pays. Les citoyens doivent participer à la marche de leur entreprise de la même façon qu’ils participent à la vie politique du pays. Je veux développer la participation, moyen indispensable pour associer les entrepreneurs et les salariés autour d’une ambition commune. Nous devons, par la participation de tous à une stratégie économique nationale, soutenir les initiatives et relocaliser, dans notre pays, un million d’emplois. C’est l’unique moyen de réduire réellement le chômage qui mine notre société.
Dans la crise actuelle, dans la perte de sens que vous décrivez, la famille est un repère essentiel. Elle est la cellule de base de notre société, source d’épanouissement et de partage. Soumis à des choix politiques ineptes, les familles rencontrent pourtant de plus en plus de difficultés. Elles ont subi, ces dernières années, une diminution grave de leurs aides et de leurs allocations. Au-delà de ces aspects sociaux, c’est le sens même de la famille qui a été mis en cause. Si les droits des couples de même de sexe doivent être reconnus, je veux affirmer l’unique filiation biologique père-mère. Je suis, à cet égard, fermement opposé à l’indignité qu’est la GPA. Comment peut-on justifier la commercialisation de la maternité ? L’argent ne peut pas acheter la vie ni permettre l’exploitation des femmes dans ce qu’il y a de plus intime, de plus fort et de plus beau.
De la même façon que la famille unit les personnes, la nation rassemble un peuple. Aujourd’hui, les Français se sentent menacés. Ils doutent de la capacité de notre pays à demeurer une nation unie et fraternelle. Les attentats terroristes, le terreau salafiste nous poussent à questionner l'islam et à chercher les voies de son exercice libre et paisible dans notre pays. Tous les Français appartiennent à une même communauté de destin dont les règles sont fixées par la loi. Je propose aux Français de déterminer de nouvelles conditions, plus strictes et plus exigeantes, de l’exercice du culte musulman sur notre sol. Ce nouveau cadre est la garantie de l’unité nationale.
Le chaos qui règne au Moyen-Orient et dans certaines parties d'Afrique est à l'origine d'une crise migratoire dont les effets se répercutent jusqu'en France. L’arrivée des migrants sollicite notre devoir de charité et de générosité, l’Eglise y prend, à raison, toute sa part. Mais le rôle d’un responsable politique est de dépasser l’émotion pour préserver la cohésion nationale. Certains n’ont pas toujours compris mes positions de fermeté sur le contrôle des frontières nationales, sur l’expulsion des migrants qui ne sont pas des réfugiés, au sens de la convention de Genève. D’aucuns voudraient élargir de façon inconditionnelle l'accueil des réfugiés à l'ensemble des migrants. Leur accueil sur notre sol est conditionné par deux contraintes : notre capacité d'accueil et une exigence de prudence. Je me réjouis que le Pape ait récemment invoqué cette exigence.
Inquiète de son devenir, confrontée à un chômage trop important, à une pauvreté écrasante, incapable d’assimiler les populations actuellement présentes sur son sol, la France n’est pas en mesure d’assurer l’accueil des migrants, dans les proportions actuelles. Notre devoir moral est de permettre à ces populations de vivre dignement chez elles. Pour cela, notre politique étrangère doit être de nouveau au service de la paix. Je propose aussi un plan ambitieux de développement de l’Afrique.
Dans le concert des nations, l’incapacité des dirigeants français à porter la voix originale de la France est un obstacle à la paix. Notre pays doit retrouver sa voix diplomatique gaullienne fondée sur l’indépendance des peuples et le dialogue entre les nations. La recherche d'une position équilibrée sur la scène internationale est une condition de la résolution des conflits qui affectent notamment le Moyen-Orient. Cette résolution passe par la recherche de solutions conjointes avec la Russie concernant la Syrie. La démocratie ne s'exporte pas avec des bombes. Nulle transition politique ne peut être envisagée en Syrie sans la coopération des grandes puissances prenant part directement ou indirectement au conflit. Le prix de l'irresponsabilité, de l'aventurisme et de la vision idéologique des puissants est toujours payé par les plus faibles, les populations civiles. La situation effroyable des chrétiens d’Orient nous le rappelle tous les jours.
Le politique doit se consacrer à protéger ce qui est fragile. La politique est l'art de "transformer le monde en séjour humain". Préserver la richesse de notre écosystème, assurer un cadre de vie sain et viable, c'est être au service des hommes. À l'heure où l'activité humaine fait peser une menace peut-être fatale sur le vivant, je rappelle ce que le Pape Pie XII affirmait déjà en 1950 : "le monde animal […] mérite le respect de l’homme. Tout désir inconsidéré de tuer des animaux, toute inhumanité, toute cruauté ignoble envers eux doivent être condamnés". La recherche de la seule rentabilité est incompatible avec la nécessaire bienveillance à l’égard de la nature. L'État doit accompagner la transition énergétique et impulser une politique environnementale, en s'appuyant notamment sur les fleurons de l'industrie française qui élaborent les technologies propres de demain. Celles-ci doivent être au service de l’homme et de son milieu naturel.
La France est dotée d’une mission particulière, elle porte une voix singulière. Contre les idéologies, la violence et l’injustice, notre pays incarne un autre modèle, une autre politique : une certaine idée de la France, fondée sur la souveraineté du peuple, la liberté des hommes, l’espérance de la justice et la défense de la paix. Chaque Français doit être fidèle à ce message pluriséculaire et en être le porte-parole.
Daignez, Messeigneurs, Messieurs les Évêques de France, agréer l'expression de ma très respectueuse considération.
Nicolas Dupont-Aignan
mercredi 14 juin 2017
mardi 13 juin 2017
Elaborer un projet politique fidèle à la doctrine sociale de l'Eglise
Chers amis, je livre aujourd'hui à votre méditation un texte du Père Yannick Bonnet, prêtre à Carnac (Bretagne), publié le 22 mai 2017 sur son blog.
Que faire, après... la Berezina?
A cette question, connaissant la prédilection divine pour la Fille aînée de l'Eglise, j'ai répondu : nous pouvons être sûrs que, si Dieu a permis l'élection au sommet de l'Etat d'un serviteur du mondialisme financier athée (...), ce ne peut être, pour notre pays, qu'en vue de tirer du mal actuel un bien à venir supérieur (...).
Le vote final, massif semble-t-il, des "catholiques" pour le président élu, montre qu'à force de voter sans connaître les points-clés de la Doctrine sociale de l' Eglise, à force de mettre l'économie au premier rang de leurs soucis, à force de voter pour le "moindre mal", nos pauvres coreligionnaires n'ont plus aucun discernement.
Paradoxalement, c'est un autre élément positif : ils ont besoin d'un réveil douloureux, eh bien, ils vont l'avoir! Je laisse à leur illusion tous ceux qui s'imaginent que les législatives peuvent faire contrepoids à la présidentielle, ils rêvent! Il ne reste donc plus qu'une piste, elle implique de ne plus penser en termes d'élections, ce qui évitera les querelles d'ego, et elle nous impose de travailler à élaborer un projet politique de renouveau spirituel, moral, culturel, fidèle à la doctrine sociale de l'Eglise.
Il est capital de montrer qu'un tel projet doit être totalement fondé sur le réel, étranger à toute idéologie. La liberté d'entreprendre n'a jamais impliqué de se rattacher au libéralisme. Le souci des défavorisés n'a jamais impliqué de s'inféoder au socialisme. Les qualificatifs de droite ou de gauche sont piégés, ce qui permet à certains de se baptiser centristes, en picorant ici ou là pour bâtir leur propre idéologie!
Au fond, la France a besoin d'une charte d'action politique, au sens le plus noble du terme, et donc le moins politicien! Je suis convaincu qu'il y a dans notre pays des personnes de qualité qui ont le talent et le désintéressement nécessaires pour élaborer une telle charte, encore faudra-t-il qu'elles acceptent de collaborer sans état d'âme ni arrière pensée, ce qui n'est jamais facile en pays "gaulois"!
Car il est essentiel que ce projet réunisse des personnalités diverses et qu'il ne soit pas étiqueté au nom d'un individu, essentiel qu'il soit fondamentalement français et "Doctrine sociale de l'Eglise", essentiel qu'il ne vise pas une prise de pouvoir mais une prise de conscience, qu'il soit vulgarisable au profit de notre jeunesse et des personnes de bonne volonté.
C'est probablement trop tôt pour que l'on puisse y parvenir, mais comme disait Guillaume d'Orange : "Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer". J'invite donc tous ceux qui me liront à prier avec ferveur pour qu'une sorte d'union sacrée se fasse pour l'élaboration d'une telle charte pour le renouveau de la Fille aînée de l' Eglise, ce qui ne peut qu'être agréable à notre Seigneur bien-aimé (...).
Père Yannik Bonnet
lundi 12 juin 2017
dimanche 11 juin 2017
La loi morale prime sur la loi civile
La mission spécifique du chrétien en politique est de rendre témoignage à la vérité de l'homme - à la vérité sur l'homme.
Cette vérité est universelle. Elle est absolue. Nul ne peut y déroger légitimement. Car elle touche à la nature de l'homme. Elle n'est pas sujette à convention, ni à délibération démocratique. Elle est non négociable. Ainsi toute législation attentatoire à la dignité de la personne humaine est-elle nulle et non avenue. Quand bien même une majorité politique déciderait-elle par exemple de voter une loi sur le statut des Juifs, elle ne serait pas légitime à statuer. Car la majorité politique n'est pas le seul fondement de la légitimité politique. La majorité politique est libre de décider ce qu'elle veut, mais dans une certaine limite. Cette limite, pour le catholique, c'est la loi naturelle - c'est la vérité sur l'homme.
Autrement dit, il n'est pas vrai que la loi civile prime sur la loi morale - comme le déclarait naguère Jacques Chirac. Il est dangereux d'abandonner à la majorité politique le soin de définir le bien et le mal - dangereux et inapproprié, car la mission de l'homme politique n'est pas de définir les règles morales, mais d'agir moralement en vue du bien de l'homme.
Que le chrétien soit fondamentalement démocrate ne signifie donc pas qu'il soit relativiste. Il est le témoin d'une vérité qui le dépasse, inscrite dans l'immanence de la nature et manifestée par la transcendance de la Révélation. Cette vérité, il a vocation à la porter, à la promouvoir, à la protéger. C'est le point de départ de l'action politique du catholique.
Nous disions précédemment qu'il n'y a d'absolu qu'en Dieu seul - et que toute réalité créée doit être relativisée. C'est vrai. L'homme n'est pas l'Absolu. Il est radicalement contingent, dépendant de Dieu quant à son être, tout entier relatif au Créateur. Mais cette vérité sur l'homme est absolue. Elle dépasse l'homme qui n'a pas inventé ce qu'il est. Ce qu'il est, il le reçoit. Il a à le découvrir. Il ne lui appartient pas de le changer. Cela ferait son malheur. Non seulement parce qu'il contrarierait les plans de son Créateur, mais parce qu'il contredirait son être propre. Or le bonheur d'un être n'est pas dans la négation ce qu'il est, mais tout au contraire dans le plein accomplissement des potentialités de sa nature.
La vérité sur l'homme est intouchable. La loi civile ne peut, en droit, déroger à la loi morale - ou loi naturelle, c'est-à-dire loi de la conservation et du développement des êtres. Elle ne le fait que trop, en fait. Le travail du catholique résidera donc pour l'essentiel à promouvoir une politique respectueuse de l'homme - de sa vie, de sa liberté, de sa dignité - et à rétablir un ordre civil conforme à la loi morale.
Si l'homme est relatif à Dieu dans l'ordre surnaturel, tout est relatif à l'homme dans l'ordre naturel - spécialement dans l'ordre politique. Mais cela ne fait pas de l'homme l'Absolu sur la terre. L'homme reste sous la dépendance de la loi morale - qui vient de Dieu et qui est discernable par tout homme appliquant son intelligence à l'analyse rationnelle du réel objectif.
samedi 10 juin 2017
vendredi 9 juin 2017
Un nouvel ordre social, économique et politique pour renouveler la société humaine
Nous poursuivons notre lecture continue du Compendium de la doctrine sociale de l'Eglise et en achevons l'introduction.
COMPENDIUM
DE LA DOCTRINE SOCIALE
DE L'ÉGLISE
INTRODUCTION
UN HUMANISME INTÉGRAL ET SOLIDAIRE
c) Au service de l'entière vérité de l'homme
13. Ce document est un acte de service rendu par l'Église aux hommes et aux femmes de notre temps, auxquels elle offre le patrimoine de sa doctrine sociale, selon le style de dialogue par lequel Dieu lui-même, en son Fils unique fait homme, s'adresse aux hommes ainsi qu'à des amis (cf. Ex 33, 11 ; Jn 15, 14-15), il s'entretient avec eux (cf. Ba 3, 38). S'inspirant de la Constitution pastorale Gaudium et spes, ce document considère lui aussi l'homme comme l'axe de tout son exposé, l'homme « dans son unité et sa totalité, l'homme, corps et âme, cœur et conscience, pensée et volonté ». Dans cette perspective, « aucune ambition terrestre ne pousse l'Église; elle ne vise qu'un seul but : continuer, sous l'impulsion de l'Esprit consolateur, l'œuvre même du Christ, venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver, non pour condamner, pour servir, non pour être servi » (Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 3).
14. Grâce à ce document, l'Église entend fournir une contribution de vérité à la question de la place de l'homme dans la nature et dans la société, affrontée par les civilisations et les cultures dans lesquelles s'exprime la sagesse de l'humanité. S'enracinant dans un passé souvent millénaire, celles- ci se manifestent sous les formes de la religion, de la philosophie et du génie poétique de tous les temps et de tous les peuples, en offrant des interprétations de l'univers et de la convivialité humaine et en tentant de donner un sens à l'existence et au mystère qui l'entoure. Qui suis-je? Pourquoi la douleur, le mal, la mort, malgré tous les progrès? À quoi servent tant de conquêtes si leur prix est bien souvent insupportable? Qu'y aura-t-il après cette vie? Ces questions de fond caractérisent l'itinéraire de la vie humaine. À cet égard, on peut se souvenir de l'exhortation « Connais-toi toi-même », sculptée dans l'architrave du temple de Delphes, qui témoigne de la vérité fondamentale selon laquelle l'homme, appelé à se distinguer d'entre tous les êtres créés, est homme précisément dans la mesure où, de par sa constitution, il est orienté vers sa propre connaissance.
15. L'orientation donnée à l'existence, à la vie en société et à l'histoire dépend, en grande partie, des réponses apportées aux questions relatives à la place de l'homme dans la nature et dans la société. C'est à ces questions que le présent document entend offrir sa contribution. Le sens profond de l'existence humaine se révèle, en effet, dans la libre recherche de la vérité, capable d'offrir une orientation et une plénitude de vie, recherche pour laquelle ces interrogations sollicitent incessamment l'intelligence et la volonté de l'homme. Elles expriment la nature humaine au plus haut niveau, car elles requièrent de la personne une réponse qui mesure la profondeur de son engagement par rapport à sa propre existence. Il s'agit, en outre, d'interrogations essentiellement religieuses : « Quand elle procède à une enquête intégrale sur le “pourquoi des choses”, à la recherche de l'ultime et plus complète réponse, alors la raison humaine atteint son sommet et s'ouvre à la religiosité. La religiosité représente en effet l'expression la plus haute de la personne humaine, parce qu'elle est le sommet de sa nature rationnelle. Elle surgit de l'aspiration profonde de l'homme à la vérité et elle est à la base de la recherche libre et personnelle du divin qu'elle accomplit » (Jean-Paul II, Discours à l'Audience générale du 19 octobre 1983).
16. Les interrogations radicales qui accompagnent dès le commencement le chemin des hommes acquièrent, à notre époque, une importance encore plus grande en raison de l'ampleur des défis, de la nouveauté des scénarios, des choix décisifs que les générations actuelles sont appelées à faire.
Le premier de ces défis, auxquels l'humanité d'aujourd'hui est confrontée, est celui de la vérité même de l'être-homme. La frontière et la relation entre la nature, la technique et la morale sont des questions qui interpellent à coup sûr la responsabilité personnelle et collective à l'égard des comportements à assumer par rapport à ce que l'homme est, à ce qu'il peut faire et à ce qu'il doit être. Un deuxième défi est posé par la compréhension et par la gestion du pluralisme et des différences à tous les niveaux : de pensée, d'option morale, de culture, d'adhésion religieuse, de philosophie du développement humain et social. Le troisième défi est la mondialisation, dont la signification est plus large et plus profonde que le simple aspect économique, car une nouvelle époque s'est ouverte dans l'histoire et concerne le destin de l'humanité.
17. Les disciples de Jésus-Christ se sentent concernés par ces interrogations ; ils les portent eux aussi dans leur cœur et veulent s'engager, avec tous les hommes, dans la recherche de la vérité et du sens de l'existence personnelle et sociale. Ils contribuent à cette recherche par leur généreux témoignage du don que l'humanité a reçu : Dieu lui a adressé sa Parole au cours de l'histoire, et il y est même entré pour dialoguer avec elle et pour lui révéler son dessein de salut, de justice et de fraternité. En son Fils, Jésus-Christ, devenu homme, Dieu nous a libérés du péché et nous a indiqué le chemin sur lequel marcher et le but vers lequel tendre.
d) Sous le signe de la solidarité, du respect et de l'amour
18. L'Église chemine avec toute l'humanité au long des routes de l'histoire. Elle vit dans le monde et, bien que n'étant pas de ce monde (cf. Jn 17, 14-16), elle est appelée à le servir en suivant sa vocation intime. Une telle attitude — que l'on trouve également dans ce document — est soutenue par la profonde conviction qu'il est important pour le monde de reconnaître l'Église comme réalité et ferment de l'histoire, tout comme l'Église ne peut pas ignorer ce qu'elle a reçu de l'histoire et de l'évolution du genre humain. Le Concile Vatican II a voulu apporter une éloquente démonstration de sa solidarité, de son respect et de son amour envers la famille humaine en instaurant avec elle un dialogue sur de nombreux problèmes, « en les éclairant à la lumière de l'Évangile, et en mettant à la disposition du genre humain la puissance salvatrice que l'Église, conduite par l'Esprit Saint, reçoit de son Fondateur. C'est en effet l'homme qu'il s'agit de sauver, la société humaine qu'il faut renouveler » (Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 3)
19. L'Église, signe de l'amour de Dieu pour les hommes dans l'histoire et de la vocation de l'ensemble du genre humain à l'unité dans la filiation de l'unique Père, entend encore proposer à tous les hommes, grâce à ce document sur la doctrine sociale, un humanisme à la hauteur du dessein d'amour de Dieu sur l'histoire, un humanisme intégral et solidaire, capable d'animer un nouvel ordre social, économique et politique, fondé sur la dignité et sur la liberté de toute personne humaine, à mettre en œuvre dans la paix, dans la justice et dans la solidarité. Cet humanisme peut être réalisé si les hommes et les femmes, individuellement, et leurs communautés, savent cultiver les valeurs morales et sociales en eux-mêmes et les diffuser dans la société. Alors, avec le nécessaire secours de la grâce divine, surgiront des hommes vraiment nouveaux, artisans de l'humanité nouvelle.
Source
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jeudi 8 juin 2017
Un document pour encourager le dialogue avec tous ceux qui désirent sincèrement le bien de l'homme
Nous poursuivons aujourd'hui notre lecture continue de l'introduction du Compendium de la doctrine sociale de l'Eglise.
COMPENDIUM
DE LA DOCTRINE SOCIALE
DE L'ÉGLISE
INTRODUCTION
UN HUMANISME INTÉGRAL ET SOLIDAIRE
b) La signification de ce document
7. Le chrétien sait qu'il peut trouver dans la doctrine sociale de l'Église les principes de réflexion, les critères de jugement et les directives d'action sur la base desquels promouvoir un humanisme intégral et solidaire. Diffuser cette doctrine constitue, par conséquent, une priorité pastorale authentique, afin que les personnes, éclairées par celle-ci, soient capables d'interpréter la réalité d'aujourd'hui et de chercher des voies appropriées à l'action : « L'enseignement et la diffusion de la doctrine sociale font partie de la mission d'évangélisation de l'Église » (Jean-Paul II, Encycl. Sollicitudo rei socialis, 41)
Dans cette perspective, la publication d'un document illustrant les lignes fondamentales de la doctrine sociale de l'Église et la relation entre cette doctrine et la nouvelle évangélisation a été considérée comme très utile. Le Conseil Pontifical « Justice et Paix », qui l'a élaboré et en porte la pleine responsabilité, s'est prévalu pour ce faire d'une vaste consultation, impliquant ses Membres et ses Consulteurs, certains Dicastères de la Curie romaine, les Conférences épiscopales de divers pays, des évêques, ainsi que des experts des questions traitées.
8. Ce document entend présenter de manière globale et systématique, bien que sous une forme synthétique, l'enseignement social, fruit d'une sage réflexion magistérielle et expression des efforts constants de l'Église dans la fidélité à la grâce salvifique du Christ et dans la sollicitude aimante pour le sort de l'humanité. Les aspects théologiques, philosophiques, moraux, culturels et pastoraux les plus importants de cet enseignement sont ici rappelés de façon organique en lien avec les questions sociales. De la sorte, la fécondité de la rencontre entre l'Évangile et les problèmes que l'homme affronte au long de son cheminement historique est ainsi témoignée.
En étudiant ce Compendium, il sera bon d'avoir présent à l'esprit que les citations des textes du Magistère sont extraites de documents ayant des niveaux d'autorité différents. À côté des documents conciliaires et des encycliques figurent aussi des discours des Papes ou des documents élaborés par les Dicastères du Saint-Siège. Comme chacun le sait, mais il est bon de le souligner, le lecteur doit être conscient qu'il s'agit de différents niveaux d'enseignement. Cette publication, qui se limite à exposer les lignes fondamentales de la doctrine sociale, laisse aux Conférences épiscopales la responsabilité d'en faire les applications opportunes requises par la diversité des situations locales.
9. Ce document offre un cadre global des lignes fondamentales du « corpus doctrinal » de l'enseignement social catholique. Ce cadre permet d'affronter correctement les questions sociales de notre époque. Celles-ci exigent d'être considérées selon une vision d'ensemble, car elles sont caractérisées par une interconnexion toujours plus grande, se conditionnent mutuellement et concernent toujours plus la famille humaine tout entière. L'exposé des principes de la doctrine sociale entend suggérer une méthode organique dans la recherche de solutions aux problèmes, afin que le discernement, le jugement et les choix correspondent à la réalité et que la solidarité et l'espérance puissent aussi avoir une incidence efficace sur les situations contemporaines complexes. En effet, ces principes se renvoient les uns aux autres et s'éclairent mutuellement, dans la mesure où ils expriment l'anthropologie chrétienne, illuminée par la Révélation de l'amour de Dieu pour la personne humaine. Cependant, il faut dûment tenir compte que l'écoulement du temps et l'évolution des contextes sociaux nécessiteront des réflexions constantes et mises à jour sur les différents thèmes exposés ici, pour interpréter les nouveaux signes des temps.
10. Ce document se propose comme un instrument au service du discernement moral et pastoral des événements complexes qui caractérisent notre époque ; comme un guide pour inspirer, au niveau individuel et collectif, des comportements et des choix qui permettent de regarder vers l'avenir avec confiance et espérance ; comme une aide aux fidèles au sujet de l'enseignement de la morale sociale. Il peut en découler un engagement nouveau, capable de répondre aux exigences de notre temps, en fonction des besoins et des ressources de l'homme, mais surtout un désir ardent de mettre en valeur, sous de nouvelles formes, la vocation propre aux différents charismes ecclésiaux en fonction de l'évangélisation du social, car tous les membres de l'Église participent à sa dimension séculière. Enfin, ce texte est proposé pour encourager le dialogue avec tous ceux qui désirent sincèrement le bien de l'homme.
11. Les premiers destinataires de ce document sont les évêques, qui trouveront les formes les mieux adaptées à sa diffusion et à son interprétation correcte. De fait, il appartient à leur « munus docendi » d'enseigner que « selon le dessein de Dieu Créateur, les réalités terrestres elles-mêmes et les institutions humaines sont également ordonnées au salut des hommes, et qu'en conséquence elles peuvent contribuer d'une façon non négligeable à l'édification du Corps du Christ » (Concile Œcuménique Vatican II, Décret Christus Dominus, 12). Les prêtres, les religieux et les religieuses et, en général, les formateurs y trouveront un guide pour leur enseignement et un instrument de service pastoral. Les fidèles laïcs, qui cherchent le Royaume des Cieux et à qui il revient « d'éclairer et d'orienter », selon Dieu, « toutes les réalités temporelles » (Concile Œcuménique Vatican II, Const. dogm. Lumen gentium, 31) y trouveront une lumière pour leur engagement spécifique. Les communautés chrétiennes pourront utiliser ce document afin d'analyser objectivement les situations, les éclairer à la lumière des paroles immuables de l'Évangile, et y puiser des principes de réflexion, des critères de jugement et des orientations pour l'action.
12. Ce document est également proposé à nos frères des autres Églises et Communautés ecclésiales, aux disciples des autres religions, ainsi qu'à tous ceux, hommes et femmes de bonne volonté, qui s'efforcent de servir le bien commun : qu'ils veuillent l'accueillir comme le fruit d'une expérience humaine universelle, constellée d'innombrables signes de la présence de l'Esprit de Dieu. C'est un trésor de choses nouvelles et anciennes (cf. Mt 13, 52) que l'Église veut partager, pour remercier Dieu, de qui descend « tout don excellent, toute donation parfaite » (Jc 1, 17). Le fait qu'aujourd'hui les religions et les cultures manifestent leur disponibilité au dialogue et ressentent l'urgence d'allier leurs efforts pour favoriser la justice, la fraternité, la paix et la croissance de la personne humaine est un signe d'espérance.
L'Église catholique unit en particulier ses efforts à ceux que réalisent dans le domaine social les autres Églises et Communautés ecclésiales, tant au niveau de la réflexion doctrinale qu'au niveau pratique. Avec elles, l'Église catholique est convaincue que de l'héritage commun des enseignements sociaux conservés par la tradition vive du peuple de Dieu dérivent des incitations et des orientations pour une collaboration toujours plus étroite dans la promotion de la justice et de la paix.
Source
7. Le chrétien sait qu'il peut trouver dans la doctrine sociale de l'Église les principes de réflexion, les critères de jugement et les directives d'action sur la base desquels promouvoir un humanisme intégral et solidaire. Diffuser cette doctrine constitue, par conséquent, une priorité pastorale authentique, afin que les personnes, éclairées par celle-ci, soient capables d'interpréter la réalité d'aujourd'hui et de chercher des voies appropriées à l'action : « L'enseignement et la diffusion de la doctrine sociale font partie de la mission d'évangélisation de l'Église » (Jean-Paul II, Encycl. Sollicitudo rei socialis, 41)
Dans cette perspective, la publication d'un document illustrant les lignes fondamentales de la doctrine sociale de l'Église et la relation entre cette doctrine et la nouvelle évangélisation a été considérée comme très utile. Le Conseil Pontifical « Justice et Paix », qui l'a élaboré et en porte la pleine responsabilité, s'est prévalu pour ce faire d'une vaste consultation, impliquant ses Membres et ses Consulteurs, certains Dicastères de la Curie romaine, les Conférences épiscopales de divers pays, des évêques, ainsi que des experts des questions traitées.
8. Ce document entend présenter de manière globale et systématique, bien que sous une forme synthétique, l'enseignement social, fruit d'une sage réflexion magistérielle et expression des efforts constants de l'Église dans la fidélité à la grâce salvifique du Christ et dans la sollicitude aimante pour le sort de l'humanité. Les aspects théologiques, philosophiques, moraux, culturels et pastoraux les plus importants de cet enseignement sont ici rappelés de façon organique en lien avec les questions sociales. De la sorte, la fécondité de la rencontre entre l'Évangile et les problèmes que l'homme affronte au long de son cheminement historique est ainsi témoignée.
En étudiant ce Compendium, il sera bon d'avoir présent à l'esprit que les citations des textes du Magistère sont extraites de documents ayant des niveaux d'autorité différents. À côté des documents conciliaires et des encycliques figurent aussi des discours des Papes ou des documents élaborés par les Dicastères du Saint-Siège. Comme chacun le sait, mais il est bon de le souligner, le lecteur doit être conscient qu'il s'agit de différents niveaux d'enseignement. Cette publication, qui se limite à exposer les lignes fondamentales de la doctrine sociale, laisse aux Conférences épiscopales la responsabilité d'en faire les applications opportunes requises par la diversité des situations locales.
9. Ce document offre un cadre global des lignes fondamentales du « corpus doctrinal » de l'enseignement social catholique. Ce cadre permet d'affronter correctement les questions sociales de notre époque. Celles-ci exigent d'être considérées selon une vision d'ensemble, car elles sont caractérisées par une interconnexion toujours plus grande, se conditionnent mutuellement et concernent toujours plus la famille humaine tout entière. L'exposé des principes de la doctrine sociale entend suggérer une méthode organique dans la recherche de solutions aux problèmes, afin que le discernement, le jugement et les choix correspondent à la réalité et que la solidarité et l'espérance puissent aussi avoir une incidence efficace sur les situations contemporaines complexes. En effet, ces principes se renvoient les uns aux autres et s'éclairent mutuellement, dans la mesure où ils expriment l'anthropologie chrétienne, illuminée par la Révélation de l'amour de Dieu pour la personne humaine. Cependant, il faut dûment tenir compte que l'écoulement du temps et l'évolution des contextes sociaux nécessiteront des réflexions constantes et mises à jour sur les différents thèmes exposés ici, pour interpréter les nouveaux signes des temps.
10. Ce document se propose comme un instrument au service du discernement moral et pastoral des événements complexes qui caractérisent notre époque ; comme un guide pour inspirer, au niveau individuel et collectif, des comportements et des choix qui permettent de regarder vers l'avenir avec confiance et espérance ; comme une aide aux fidèles au sujet de l'enseignement de la morale sociale. Il peut en découler un engagement nouveau, capable de répondre aux exigences de notre temps, en fonction des besoins et des ressources de l'homme, mais surtout un désir ardent de mettre en valeur, sous de nouvelles formes, la vocation propre aux différents charismes ecclésiaux en fonction de l'évangélisation du social, car tous les membres de l'Église participent à sa dimension séculière. Enfin, ce texte est proposé pour encourager le dialogue avec tous ceux qui désirent sincèrement le bien de l'homme.
11. Les premiers destinataires de ce document sont les évêques, qui trouveront les formes les mieux adaptées à sa diffusion et à son interprétation correcte. De fait, il appartient à leur « munus docendi » d'enseigner que « selon le dessein de Dieu Créateur, les réalités terrestres elles-mêmes et les institutions humaines sont également ordonnées au salut des hommes, et qu'en conséquence elles peuvent contribuer d'une façon non négligeable à l'édification du Corps du Christ » (Concile Œcuménique Vatican II, Décret Christus Dominus, 12). Les prêtres, les religieux et les religieuses et, en général, les formateurs y trouveront un guide pour leur enseignement et un instrument de service pastoral. Les fidèles laïcs, qui cherchent le Royaume des Cieux et à qui il revient « d'éclairer et d'orienter », selon Dieu, « toutes les réalités temporelles » (Concile Œcuménique Vatican II, Const. dogm. Lumen gentium, 31) y trouveront une lumière pour leur engagement spécifique. Les communautés chrétiennes pourront utiliser ce document afin d'analyser objectivement les situations, les éclairer à la lumière des paroles immuables de l'Évangile, et y puiser des principes de réflexion, des critères de jugement et des orientations pour l'action.
12. Ce document est également proposé à nos frères des autres Églises et Communautés ecclésiales, aux disciples des autres religions, ainsi qu'à tous ceux, hommes et femmes de bonne volonté, qui s'efforcent de servir le bien commun : qu'ils veuillent l'accueillir comme le fruit d'une expérience humaine universelle, constellée d'innombrables signes de la présence de l'Esprit de Dieu. C'est un trésor de choses nouvelles et anciennes (cf. Mt 13, 52) que l'Église veut partager, pour remercier Dieu, de qui descend « tout don excellent, toute donation parfaite » (Jc 1, 17). Le fait qu'aujourd'hui les religions et les cultures manifestent leur disponibilité au dialogue et ressentent l'urgence d'allier leurs efforts pour favoriser la justice, la fraternité, la paix et la croissance de la personne humaine est un signe d'espérance.
L'Église catholique unit en particulier ses efforts à ceux que réalisent dans le domaine social les autres Églises et Communautés ecclésiales, tant au niveau de la réflexion doctrinale qu'au niveau pratique. Avec elles, l'Église catholique est convaincue que de l'héritage commun des enseignements sociaux conservés par la tradition vive du peuple de Dieu dérivent des incitations et des orientations pour une collaboration toujours plus étroite dans la promotion de la justice et de la paix.
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mercredi 7 juin 2017
Le salut que le Seigneur Jésus nous a acquis englobe aussi ce monde
Nous commençons aujourd'hui notre lecture continue du Compendium de la doctrine sociale de l'Eglise.
COMPENDIUM
DE LA DOCTRINE SOCIALE
DE L'ÉGLISE
INTRODUCTION
UN HUMANISME INTÉGRAL ET SOLIDAIRE
a) À l'aube du troisième millénaire
1. L'Église, peuple en marche, s'avance dans le troisième millénaire de l'ère chrétienne, guidée par le Christ, « le grand Pasteur » (He 13, 20) : Il est la Porte Sainte (cf. Jn 10, 9) que nous avons franchie durant le Grand Jubilé de l'année 2000. Jésus-Christ est le Chemin, la Vérité et la Vie (cf. Jn 14, 6) : en contemplant le Visage du Seigneur, nous confirmons notre foi et notre espérance en Lui, unique Sauveur et accomplissement de l'histoire.
L'Église continue d'interpeller tous les peuples et toutes les Nations, car ce n'est que dans le nom de Jésus que le salut est donné à l'homme. Le salut, que le Seigneur Jésus nous a acquis « à un prix précieux » (cf. 1 Co 6, 20; 1 P 1, 18-19), se réalise dans la vie nouvelle qui attend les justes après la mort, mais il englobe aussi ce monde, dans les domaines de l'économie et du travail, de la technique et de la communication, de la société et de la politique, de la communauté internationale et des rapports entre les cultures et les peuples. Jésus est venu apporter le salut intégral qui saisit tout l'homme et tous les hommes, en les ouvrant à la perspective merveilleuse de la filiation divine.
2. En cette aube du troisième millénaire, l'Église ne se lasse pas d'annoncer l'Évangile qui donne le salut et la liberté authentique même dans les choses temporelles, en rappelant la recommandation solennelle adressée par Paul à son disciple Timothée : « Proclame la Parole, insiste à temps et à contretemps, réfute, menace, exhorte, avec une patience inlassable et le souci d'instruire. Car un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l'oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres en quantité et détourneront l'oreille de la vérité pour se tourner vers les fables. Pour toi, sois prudent en tout, supporte l'épreuve, fais œuvre de prédicateur de l'Évangile, acquitte-toi à la perfection de ton ministère » (2 Tm 4, 2-5).
3. Aux hommes et aux femmes de notre temps, ses compagnons de voyage, l'Église offre aussi sa doctrine sociale. De fait, quand l'Église accomplit sa mission d'annoncer l'Évangile, elle atteste à l'homme, au nom du Christ, sa dignité propre et sa vocation à la communion des personnes ; elle lui enseigne les exigences de la justice et de la paix, conformes à la sagesse divine. Cette doctrine a une profonde unité, qui jaillit de la Foi en un salut intégral, de l'Espérance en une justice pleine et de la Charité qui rend tous les hommes vraiment frères dans le Christ : c'est une expression de l'amour de Dieu pour le monde, qu'il a tant aimé jusqu'à « donner son Fils unique » (Jn 3, 16). La loi nouvelle de l'amour embrasse l'humanité tout entière et ne connaît pas de limites, car l'annonce du salut dans le Christ s'étend « jusqu'aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8).
4. En se découvrant aimé de Dieu, l'homme comprend sa dignité transcendante, il apprend à ne pas se contenter de soi et à rencontrer l'autre dans un tissu de relations toujours plus authentiquement humaines. Des hommes rendus nouveaux grâce à l'amour de Dieu sont en mesure de changer les règles et la qualité des relations, ainsi que les structures sociales : ce sont des personnes capables d'apporter la paix là où sont les conflits, de construire et de cultiver des rapports fraternels là où se trouve la haine, de chercher la justice là où domine l'exploitation de l'homme par l'homme. Seul l'amour est capable de transformer de façon radicale les rapports que les êtres humains entretiennent entre eux. Inséré dans cette perspective, tout homme de bonne volonté peut entrevoir les vastes horizons de la justice et du développement humain dans la vérité et dans le bien.
5. L'amour se trouve en face d'un vaste labeur auquel l'Église veut contribuer, notamment par sa doctrine sociale, qui concerne tout l'homme et s'adresse à tous les hommes. Tant de frères nécessiteux attendent de l'aide, tant d'opprimés attendent la justice, tant de chômeurs attendent du travail, tant de peuples attendent le respect. « Est-il possible que dans notre temps il y ait encore des personnes qui meurent de faim, qui restent condamnées à l'analphabétisme, qui manquent des soins médicaux les plus élémentaires, qui n'aient pas de maison où s'abriter? Le tableau de la pauvreté peut être étendu indéfiniment, si nous ajoutons les nouvelles pauvretés aux anciennes, nouvelles pauvretés que l'on rencontre souvent dans des secteurs et des catégories non dépourvus de ressources économiques, mais exposés à la désespérance du non-sens, au piège de la drogue, à la solitude du grand âge ou de la maladie, à la mise à l'écart ou à la discrimination sociale. (...) Par ailleurs, comment nous tenir à l'écart des perspectives d'un désastre écologique, qui fait que de larges zones de la planète deviennent inhospitalières et hostiles à l'homme? Ou devant les problèmes de la paix, souvent menacée, avec la hantise de guerres catastrophiques? Ou devant le mépris des droits humains fondamentaux de tant de personnes, spécialement des enfants? » (Jean-Paul II, Lettre apost. Novo millennio ineunte, 50-51)
6. L'amour chrétien pousse à dénoncer, à proposer et à s'engager en vue de projets culturels et sociaux, vers une action effective qui incite tous ceux qui ont sincèrement à cœur le sort de l'homme à offrir leur contribution. L'humanité comprend toujours plus clairement qu'elle est liée par un unique destin qui requiert une prise commune de responsabilité, inspirée par un humanisme intégral et solidaire : elle voit que cette unité de destin est souvent conditionnée et même imposée par la technique et par l'économie et ressent le besoin d'une plus grande prise de conscience morale, qui oriente le cheminement commun. Stupéfaits par les multiples innovations technologiques, les hommes de notre temps désirent fortement faire tendre le progrès au véritable bien de l'humanité d'aujourd'hui et de demain.
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mardi 6 juin 2017
lundi 5 juin 2017
dimanche 4 juin 2017
"Le véritable malheur de la chrétienté est d'avoir perdu son identité"
Dom Louis-Marie, père abbé du Barroux, est interrogé dans La Nef du mois de juin. Extrait.
Dans notre monde européen sécularisé et de plus en plus matérialiste, la montée de l’islam est-elle une chance ou un danger ? Et que pensez-vous des débats que l’islam suscite, percevez-vous en particulier un risque dans l’émergence d’un « catholicisme identitaire » ?
Dans notre monde européen sécularisé et de plus en plus matérialiste, la montée de l’islam est-elle une chance ou un danger ? Et que pensez-vous des débats que l’islam suscite, percevez-vous en particulier un risque dans l’émergence d’un « catholicisme identitaire » ?
La montée de l'islam ne peut pas être une chance en soi pour la France. Dom Gérard disait que la Providence pouvait s'en servir mais un peu comme un défi ou même une épreuve. L'islam est omniprésent et, dans l'ensemble, pas du tout intégré et, à mon avis, non intégrable pour des raisons de fond. Le Coran n'invite pas à la réflexion mais plutôt à la soumission : c'est un tissu d'affirmations catégoriques et non une histoire comme dans la Bible, qui exige une interprétation. L'islam ne connaît ni la distinction entre le spirituel et le temporel, ni la juste liberté religieuse.
L'islam progresse sur fond d'une dialectique de fait entre d'un côté, les tenants du terrorisme et, de l'autre, les tenants d'un islam irénique qui investissent le sport, la mode, l'alimentation et la finance. Je vous avoue que j'ai été effrayé, lors d'un passage à Paris, de voir de nombreux jeunes arborant le tee-shirt d'un club de foot aux armes des émirats. Je me suis dit que ces jeunes étaient prêts pour la mosquée. Certes, les Occidentaux ont une très lourde responsabilité dans le désordre qui règne en Orient. Nos interventions en Irak, en Libye et ailleurs sont des fautes politiques graves.
Il y a, bien sûr, le risque d'un catholicisme identitaire qui se sert de la religion comme d'un moyen politique, mais le véritable danger actuel est l'ignorance, le relativisme et la paresse intellectuelle d'un grand nombre de responsables politiques et religieux. Le véritable malheur de la chrétienté est d'avoir perdu son identité. Mais providentiellement, selon la grande loi de toute l'histoire du salut, ce grave défi peut être l'occasion d'un retour vers le Seigneur, de la conversion du cœur, de la gloire du martyre et, il ne faut pas l'oublier, il y a les bonnes semences répandues par Benoît XVI à Ratisbonne dans son discours et récemment au Caire par le pape François.
Le Christ est mort et ressuscité, ne l'oublions pas, c'est notre force et notre espérance.
samedi 3 juin 2017
"Les parlementaires ne se préoccupent pas de la nature humaine"
Avant les législatives, le Père Stalla-Bourdillon, Directeur du service pastoral d’études politiques, et aumônier de l'Assemblée nationale, invite politiques et citoyens, dans une Tribune au Figaro publiée le 31 mai, à se pencher sur les questions spirituelles, essentielles à la société.
À quelques jours des résultats de l’élection de nos futurs députés, les experts se succèdent pour prédire les conséquences d’une large victoire ou les effets d’une absence de majorité absolue pour le nouveau gouvernement. La dramatisation médiatique ira croissante jusqu’au second tour. En vérité, une autre question se joue dans cette élection, beaucoup moins visible : celle de la représentation que se font les parlementaires du sens de la vie humaine.
Partons d’un constat : les parlementaires français ne parviennent plus à articuler une pensée sur le sens de la vie. L’état de décomposition de la vie politique en France semble le résultat de la disqualification systématique des questions d’ordre spirituel. En effet, comment y aurait-il un projet politique possible sans un sens de l’homme préalablement défini ? À quelques rares exceptions dans les différentes formations politiques, les parlementaires ne se préoccupent pas de la nature humaine. Cet aspect est sans doute sorti un peu trop vite du champ de la pensée politique. Et notre société se trouve d’autant plus fragilisée qu’elle assiste à une activité politique qui n’assume plus la dimension spirituelle d’une personne.
Rappelons que notre vie s’organise autour de l’ordre des corps (dimension matérielle), l’ordre de l’esprit (la dimension intellectuelle) et l’ordre de la charité (dimension spirituelle). Blaise Pascal, à qui l’on doit cette distinction, ne faisait que mettre des mots sur une réalité dont chacun fait l’expérience.
D’où vient cette absence de considération pour l’accomplissement humain qui fragilise tant l’autorité de la parole politique ? De deux erreurs.
La première s’appelle le matérialisme pratique. Il est devenu surhumain de réfléchir au sens de sa vie. C’est même un tabou, et l’on se censure pour ne pas trahir son propre questionnement et son ignorance. En refusant obstinément de s’attarder sur quelques questions essentielles, notre société accélère son délitement. Seule la conscience d’un appel à découvrir le sens de l’existence libère notre énergie et inspire l’engagement. Seul ce qui nous transcende nous humanise vraiment : la vie de l’esprit. Notre société souffre d’un interdit très oppressant qui a fini par contaminer la classe politique elle-même : l’interdit d’interroger le sens profond des choses et l’articulation des trois ordres.
La seconde erreur plonge ses racines dans une mauvaise compréhension de la loi de séparation de l’État et de l’Église. La loi de 1905 n’est plus seulement un cadre juridique nécessaire permettant à chacun d’exprimer ses convictions. Elle est devenue une étrange interdiction faite au monde politique de réfléchir aux choses spirituelles. On a substitué la notion de laïcité à l’effort intellectuel et spirituel qu’exige la vie. On a cru avoir résolu l’énigme en s’interdisant de la formuler. Cette norme s’impose désormais aux politiques eux-mêmes, qui sont les moins capables d’intégrer les questions religieuses et spirituelles. La laïcité les immunise contre tout risque de verser dans le questionnement même philosophique. Il y a une présomption de culpabilité à l’égard de celui qui s’interroge. Une réflexion existentielle est déjà suspecte d’accointance religieuse. C’est face à l’apothéose de la pensée matérialiste, gardienne de la légitimité politique, que l’on est en droit de s’inquiéter sur les travaux de la prochaine assemblée nationale.
Comprenons que toutes les réformes à venir, qu’elles soient économiques, culturelles, éducatives ou sociales, ressortent d’une certaine conception de l’existence. Le travail législatif ne peut faire l’impasse sur la diversité des représentations des uns et des autres. La loi ne définira jamais ce qu’est l’être humain, et c’est heureux, mais les lois votées ici ou là permettent d’en discerner une certaine représentation. Il est probable que cette mandature, comme les précédentes, sera appelée à légiférer sur d’épineuses questions d’éthique médicale ou de justice sociale. La possibilité de s’interroger sur la résonance spirituelle des décisions politiques est trop rarement évoquée.
Les espaces de réflexion pour les parlementaires sont rares où la conscience de chacun, l’écoute et le partage peuvent librement s’exprimer. L’idée que nous nous faisons de ce que nous sommes et de ce que signifie notre existence mortelle reste toujours à préciser. Ce progrès ne vient pas d’abord d’une utilisation débridée de nos techniques, mais d’une idée plus juste de ce qui fonde notre commune dignité. Pour résister aux effets d’une économie mondialisée, aux technologies toujours plus envahissantes ou à la tyrannie de l’instantanéité, il serait bienvenu de discuter en politique de quelques fondamentaux de l’humain. Il revient aux citoyens d’y encourager leurs élus.
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